Le sociologue devenu marchand de vins canadiens au Japon

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Jamie Paquin a lancé Heavenly Vines il y a 10 ans | Photo : Marie-Pier Mercier

« Quand les Japonais pensent au Canada, ce qui leur vient en tête, ce sont les grands espaces, nos rudes hivers, le hockey ou le sirop d’érable, mais certainement pas nos grands vins! » Depuis 10 ans, Jamie Paquin est à la tête de Heavenly Vines, une boutique spécialisée uniquement dans les vins canadiens à Tokyo. Une bouteille à la fois, il entend bien faire changer le regard que porte le Japon sur notre pays.

Je ne suis pas là à brandir un drapeau canadien par patriotisme, affirme-t-il. Je le fais parce que nos vins sont excellents et parce que notre vignoble canadien est arrivé à une certaine maturité. Le Canada est prêt à prendre sa place sur l’échiquier mondial du vin.

Entre Toronto et Tokyo : une trajectoire imprévue

Jamie Paquin se destinait à une carrière universitaire en sociologie. En 2005, alors qu’il est étudiant au doctorat à l’Université York, à Toronto, il reçoit une invitation impossible à refuser : le gouvernement japonais lui offre de financer la poursuite de ses travaux de recherche universitaire à Tokyo. Il s’envole aussitôt pour la capitale nippone et, 15 ans plus tard, il y vit toujours.

Mais par quel concours de circonstances le natif de Brockville, en Ontario, a-t-il pu changer sa trajectoire pour devenir marchand de vin canadien au Japon?

J’ai découvert à Tokyo une culture de la gastronomie d’un raffinement époustouflant, dit-il. Je me suis laissé porter par la vague de cet intérêt naissant jusqu’à être happé par la passion du vin. Ensuite, je n’ai pas su revenir en arrière. J’ai carrément abandonné la vie universitaire pour me consacrer à mon projet de mise en valeur du vin canadien.

C’est lors d’une visite au Canada que son idée d’entreprise Heavenly Vines commence à germer. Tant qu’à être de passage chez lui, aussi bien en profiter pour déguster des vins locaux. Il se rend à la LCBO, la régie des alcools de l’Ontario, pour faire le plein de bonnes bouteilles.

Jamie Paquin se sent comme un homme qui vient de découvrir un trésor.

Ce à quoi j'ai goûté m'a jeté à terre. J’ai su à ce moment précis que j’avais trouvé ma niche : je serais importateur de vins canadiens au Japon.

Jamie Paquin

C’est en 2011 que Jamie Paquin et son épouse, Nozomi Mihara, ouvrent en plein cœur de Tokyo la boutique Heavenly Vines. Des vins de l’Ontario, de la Nouvelle-Écosse, en passant par la Colombie-Britannique et même le Québec, les bouteilles que le couple choisit soigneusement se destinent autant aux individus qu’aux restaurants partout au Japon.

L’objectif de Jamie Paquin : faire découvrir à sa communauté d’accueil ce que le Canada a de plus beau à offrir au peuple japonais : De très grands vins taillés sur mesure pour le palais des Japonais et Japonaises.

Le peuple japonais, passionné de bon vin

Après la Chine, le Japon est le deuxième pays consommateur de vin en Asie. Avec une population de 37 millions, la capitale, Tokyo, est un marché particulièrement prometteur pour quiconque importe du vin.

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Heavenly Vines se spécialise dans la vente de vins canadiens à Tokyo. | Photo : Courtoisie / Jamie Paquin

La particularité du peuple japonais, c’est qu’il a d’excellentes connaissances sur le vin, selon Jamie Paquin : Ils sont des dizaines de milliers de Japonais à suivre des cours très sérieux sur le vin.

Les pinots noirs canadiens, en particulier ceux du Niagara, en Ontario, ont particulièrement la cote à Tokyo. Mais pour Heavenly Vines, celui qui se vend le mieux demeure de loin le Nova 7 de Benjamin Bridge, un vin mousseux rosé demi-sec de la Nouvelle-Écosse qui se marie à merveille avec des sushis.

Mais contrairement à ce qu’on peut penser, on ne mange pas que des sushis ici! Les restaurants français et italiens sont partout à Tokyo. Nos vins canadiens qui sont reconnus pour leur équilibre, le fruit généreux, la minéralité et la fraîcheur se prêtent parfaitement à des accords gastronomiques mémorables.  

Créer des ponts entre le Canada et le Japon

Jamie Paquin ne tarit pas d’éloges sur sa terre d’accueil. Le Japon est un pays riche et complexe, et surtout méconnu des Canadiens et Canadiennes.

Au Canada, si vous voyez quelque chose aux nouvelles sur le Japon, il est toujours question de haute technologie. Mais moi, ce que je constate ici, c’est que beaucoup de nos acheteurs utilisent encore un fax! Les Japonais sont plus vieille école que ce qu’on perçoit de l’extérieur.

Quel est le plus grand défi à relever pour une personne étrangère en affaires au Japon? C’est de gagner la confiance des clients! estime-t-il. Les Japonais ont un immense appétit pour l'éducation; ils veulent développer des connaissances approfondies sur un tas de choses. C’est la clé pour moi : je dois me servir de mes vins uniques au monde pour nourrir cette soif de savoir.

Après 10 ans en affaires, Jamie Paquin est prêt à monter une marche de plus. Selon lui, pour générer de la croissance, il faut développer un projet de tourisme viticole au Canada : Je veux que mes clients au Japon puissent voir de leurs propres yeux la beauté et la richesse de notre vignoble canadien.

Évidemment, le contexte mondial actuel force l’entrepreneur à faire preuve de patience. Mais une fois la crise sanitaire passée, Jamie Paquin est prêt à ouvrir les vannes.

Après 15 ans loin de chez lui, a-t-il la nostalgie du Canada? Je ne m’ennuie surtout pas du Canada entre novembre et avril!

Jamie Paquin a lancé Heavenly Vines il y a 10 ans | Photo : Marie-Pier Mercier