La cacophonie nutritionnelle vous fait-elle souffrir?

par  Catherine Lefebvre et Bernard Lavallée

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Les conseils en nutrition fusent de toutes parts et sont parfois contradictoires. Se pourrait-il que la cacophonie alimentaire engendre une anxiété chez ceux et celles qui ne savent plus comment manger? | Photo : getty images/istockphoto / KucherAV

On parle d’alimentation sur toutes les tribunes : on voit constamment défiler les grands titres sensationnalistes, les régimes de l’heure, les panacées alimentaires pour prévenir tous les maux de la Terre… Parle-t-on trop d’alimentation dans les médias, au point d'entraîner de l’anxiété au moment de passer à table?

Le duo de nutritionnistes Catherine Lefebvre et Bernard Lavallée anime le balado On s’appelle et on déjeune(Nouvelle fenêtre), où on fait part de découvertes liées à l’univers de l’alimentation et discute de sujets qui font réfléchir. À écouter sur OHdio!

Ça, c’est bon ou pas?

En tant que nutritionnistes, on a l'habitude de se faire demander si un certain aliment est bon, voire essentiel à une bonne santé, ou au contraire toxique. C’est normal. 

Les consommatrices et consommateurs sont bombardés d'informations à propos de l’alimentation. Il n’est pas toujours évident de savoir si ces dernières proviennent de sources crédibles ou si elles sont suffisamment nuancées. Sans compter que les informations présentées semblent souvent contradictoires d’une année à l’autre.

La cacophonie nutritionnelle

Le terme cacophonie nutritionnelle a été inventé par le sociologue français Claude Fischler, directeur au Centre national de la recherche scientifique. Selon lui, le phénomène se décrit comme le fait de recevoir régulièrement des messages contradictoires en nutrition et de ne plus savoir comment les interpréter.

D’ailleurs, plus on perçoit des messages contradictoires en nutrition, plus le stress entourant l’alimentation augmente et moins on sait quels aliments choisir. Cette confusion affecte la santé globale, puisque les messages à propos de l’alimentation sont parfois si discordants qu’ils peuvent entraîner un stress généralisé autour de l’assiette.

Prendre un pas de recul

S’informer en alimentation à partir de sources fiables, c’est bien. Encore faut-il savoir interpréter ces messages et les traduire, afin d’en prendre et d’en laisser en fonction de sa réalité. 

Par exemple, l’Organisation mondiale de la santé recommande aux gens depuis 2003 de ne pas dépasser 10 % de leur apport en énergie totale sous forme de sucres libres. Comment ce message a-t-il été interprété?

Cette recommandation, qui avait pour objectif d’inviter les gens à diminuer leur consommation de sucre, a plutôt été perçue par plusieurs comme un appel à éliminer tout le sucre de leur vie. 

Certains fabricants alimentaires ont alors sauté sur l’occasion pour offrir de nouveaux produits sans sucre ajouté, sans sucre tout court ou sucrés naturellement . De toute évidence, cette recommandation a causé beaucoup de bruit, si bien que plusieurs personnes ont développé une phobie du sucre.

Des exemples comme cela, il y en a plusieurs. Des médias en tout genre annoncent que tel aliment ou tel ingrédient augmente le risque de souffrir d’une maladie grave. On apprend que l’ingrédient en question se retrouve dans plusieurs aliments qu’on consomme régulièrement, sans même le savoir. Ça fait peur!

L’industrie agroalimentaire s’adapte à la demande de la clientèle et conçoit des produits sans ceci ou sans cela pour remédier à l’angoisse généralisée dans la population. Afin d’obtenir un produit tout de même intéressant au goût, l’ajout d’autres ingrédients vient souvent en renfort pour éviter un fiasco gustatif.

Et cela nous ramène à la question de départ : ça [insérer le nouvel ingrédient de l’heure], c’est bon ou pas?

Objectif : la sainte paix!

Dans notre émission L’anxiété alimentaire, avec Jean-Sébastien Girard(Nouvelle fenêtre), ce dernier nous raconte comment il a passé une bonne partie de sa vie au régime, à percevoir les aliments comme des dangers. Récemment, il a appris à cuisiner, tout simplement. Et cela a considérablement amélioré sa relation avec les aliments, et, par conséquent, a apaisé son anxiété alimentaire. 

On m’a tellement dit qu'il fallait faire à manger, que ça faisait la différence, raconte-t-il. Je n’ai donc pas ce rapport-là quand je cuisine de dire : "Oh! Ça, c’est du beurre, est-ce qu’il y en a une cuillère à thé de trop?" Je me dis : "Au moins, je suis en train de le faire moi-même." Alors, on dirait que pour tout ce que je fais, je m’autorise à cuisiner la vraie recette.

Il a pris goût à cuisiner des aliments qu’il aime. Et il ne perçoit plus les aliments comme des dangers. C’est déjà très, très bien.

Les conseils en nutrition fusent de toutes parts et sont parfois contradictoires. Se pourrait-il que la cacophonie alimentaire engendre une anxiété chez ceux et celles qui ne savent plus comment manger? | Photo : getty images/istockphoto / KucherAV