Les 176 jours d’octobre : autoportraits d’une communauté qui veut s’unir

par  Alexis Boulianne

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Maxime Perreault et Jessica Goulet, du Perles et Paddock posent en compagnie de Dominic Laflamme. | Photo : Collaboration / Dominic Laflamme

Quand Dominic Laflamme a commencé à prendre une photo par jour, au début d’octobre, c’était pour – gentiment – tourner en ridicule le « défi 28 jours » du premier ministre du Québec, qui venait alors d’annoncer la fermeture des salles à manger des restaurants en zone rouge. Mais 176 « jours d’octobre » plus tard, l’initiative du restaurateur a pris une autre tournure et lui fait dire que le Québec a besoin d’une « vraie » communauté de la restauration.

Armé d’une ardoise et d’une craie, le copropriétaire du Quartier Général, de l’État-Major et de la pizzeria Heirloom a eu l’idée d’immortaliser chaque journée d’octobre, souvent dans l’humour et la dérision. De fil en aiguille, des photos monochromes de ses collègues de la restauration ont commencé à faire leur apparition. Puis, sa série d’autoportraits ludiques l’a mené à contacter davantage de chefs et des propriétaires d’établissements pour faire partie du projet.

Ce que j’en ai retiré, ce sont les dialogues que j’ai eus avec les gars et les filles qui sont sur les photos, estime Dominic. Mon seul regret, c’est de ne pas avoir enregistré les conversations. Ça aurait fait un podcast incroyable!

Son expérience hors du commun lui a permis de se rapprocher des gens de sa communauté et de tisser des liens avec eux. Il se souvient de moments touchants, souvent drôles, parfois tristes, qu’il a vécus durant ses aventures photographiques. Ce qui l’habite, c’est surtout cette conscience des défis immenses que ses collègues et lui-même ont dû affronter, souvent chacun et chacune de son côté. On a tous vécu la crise sanitaire d’une façon différente, même si on fait le même métier, dit-il.

Dominic raconte cette soirée où il s’est présenté au Hoogan et Beaufort, le restaurant du chef Marc-André Jetté. Je le connaissais de vue, mais cette soirée-là, je suis arrivé à 18 h 30 et je suis rentré tard, un peu amoché, résume-t-il en riant. Les liens qu’il a tissés durant ses visites dans les restaurants de la ville se sont souvent transformés en début d’amitié.

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Dominic Laflamme et le propriétaire du Ferreira Café | Photo : Collaboration / Dominic Laflamme

Carlos Ferreira m’a accueilli chez lui et je suis reparti avec une caisse de vin et une bouteille d’huile d’olive! mentionne Dominic Laflamme. 

Il y a une communauté qui est à créer. C’est une business difficile, mais il y a très peu de personnes qui se connaissent. Les gens étaient contents d’accueillir quelqu’un chez eux.

Dominic Laflamme, propriétaire des restaurants Quartier Général, État-Major et Heirloom

Parmi les restaurants de Dominic Laflamme, seule la pizzeria est rentable présentement et aide à garder les autres à flots. Au Quartier Général, en ce moment, il y a des travaux qui nous ont forcés à bouger notre mobilier, explique-t-il. On arrive au bout du bail; est-ce qu’on va mettre de l’énergie à rouvrir ce local?

Ses conversations ont souvent dévié vers la fondation d’une association de la restauration plus combative sur le plan politique que l’Association Restauration Québec (ARQ), mais qui permettrait aussi la création de groupes d’achat pour des produits locaux et d’un système de réservations plus solide, ainsi que l’échange d’information sur la clientèle. Je pense que quelque chose va se créer, soutient Dominic.

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Antonin Mousseau-Rivard et Dominic Laflamme prennent la pose avec des couteaux et des cartes à jouer. | Photo : Collaboration / Dominic Laflamme

C’est cool l’ARQ, mais on ne sait pas trop ce que ça veut dire, affirme Dominic Laflamme. Il n’y a pas vraiment d’esprit de communauté, et tout le monde a envie de ça.

Pour illustrer son propos, Dominic Laflamme raconte la conversation qu’il a eue avec Maxime Perreault, du restaurant Perles et Paddock : Il a participé à une table de concertation où la conversation était étudiée par une firme-conseil. Ils ont conclu qu’à Montréal, chaque restaurant est une perle. L’image qu’il a donnée, c’est qu’une perle toute seule, ça vaut rien si rien ne la lie avec les autres, alors qu’un collier de perles a une immense valeur.

Pour le moment, ou peut-être de façon permanente, Dominic Laflamme a cessé de faire ces autoportraits. Mais les relations qu’il a créées durant ces 176 jours d’octobre, elles, sont là pour de bon.

Maxime Perreault et Jessica Goulet, du Perles et Paddock posent en compagnie de Dominic Laflamme. | Photo : Collaboration / Dominic Laflamme