Thomas Bachelder : le gitan du vin pose ses valises au Niagara

par  Elizabeth Ryan

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Thomas Bachelder est convaincu que cette fois-ci est la bonne pour le Clos Jordanne.  | Photo : Courtoisie / Arterra Canada

Ça fait 10 ans qu’il se présente comme le « gitan du vin », mais cette époque est révolue. Le vigneron d’origine montréalaise Thomas Bachelder, reconnu par ses pairs comme un maître international du pinot noir et du chardonnay, prend désormais racine dans les terres du Niagara après une cavale rocambolesque de plusieurs années lors desquelles il a produit de grands vins simultanément en Bourgogne, en Oregon et au Niagara. 

La Bourgogne restera toujours le terroir de ma vie. Mais ce qui se passe avec les vins du Niagara est profondément excitant et nous avons le potentiel de contribuer à révéler ici un terroir de calibre mondial.

Le défi est parfaitement à la hauteur du colosse de près de 2 mètres. Retour sur le parcours jamais ennuyeux d’un vigneron sans frontière, une profession dont chaque facette émerveille Thomas Bachelder.

Vol direct Montréal-Bourgogne

L’histoire d’amour de Thomas Bachelder avec le vin remonte à la fin des années 1980. Le jeune journaliste spécialisé en vin a alors le privilège de déguster les plus grands crus de ce monde. C’est à cette époque que l’Anglo-Montréalais francophile est touché au cœur par le pinot noir. C’est le cépage qui m’a choisi , dit-il. Or il est encore loin à ce moment de se douter à quel point le pinot noir sera marquant pour lui.

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La romance entre Thomas Bachelder et le vin ne date pas d'hier! | Photo : courtoisie / Thomas Bachelder

Écrire dans les magazines spécialisés ne comble pas la passion dévorante de Thomas pour le vin. L’envie de se mettre les mains dedans le tenaille, et pourquoi ne pas le faire avec les moyens du bord? Rien de plus simple : Thomas et sa compagne, Mary, achètent des raisins de connaissances italiennes et commencent à produire du vin artisanal dans leur appartement du Plateau-Mont-Royal.

L’expérience est si convaincante que Thomas Bachelder abandonne sa carrière de journaliste pour s’envoler pour la Bourgogne, la terre promise du… pinot noir! C’est à Beaune qu’il fait ses classes en œnologie et viticulture au début des années 1990. Deux autres cépages emblématiques de la prestigieuse région viticole française réussissent à gagner le cœur du jeune vigneron : le chardonnay et le gamay.

J’avais 30 ans quand j’ai changé de vie, quand j’ai osé faire le saut. Je n’ai pas été freiné par la peur. Je ne savais pas si j’allais y arriver, mais j’y suis arrivé. Je ne suis pas riche. Je suis comme quelqu’un qui gagne sa vie avec la musique. Je suis parti de rien. J’ai fait tant de sacrifices. Il faut rester humble et ne jamais oublier d’où on vient.

Thomas Bachelder

Les années de cavale et d’exploration

Après les études de Thomas en Bourgogne, la vie des Bachelder se transporte en Oregon, aux États-Unis, où le nouveau père de famille accepte un emploi dans un vignoble de la vallée de la Willamette. Il en garde des souvenirs impérissables. 

« L’Oregon, ça évoque pour Mary et moi les années merveilleuses avec nos jeunes enfants. Nous avons été si choyés de découvrir un terroir marqué notamment par l’influence de l’océan Pacifique. Le pinot noir et le chardonnay de l’Oregon présentent une minéralité et un côté salin uniques au monde. » 

Quelques années plus tard, les Bachelder acceptent l’invitation de Vincor, le plus important producteur canadien de l’époque, qui s'associe avec la Maison Boisset de Bourgogne pour créer à Niagara-on-the-Lake, en Ontario, le Clos Jordanne. L’objectif des fondateurs est ambitieux : produire en Ontario de grands vins d’inspiration bourguignonne. Un projet qui tombe dans les cordes de Thomas Bachelder. 

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Thomas Bachelder est heureux d'être rentré au bercail.  | Photo : Courtoisie/Arterra Canada

Ses cuvées de pinot noir et de chardonnay produites pour le compte du Clos Jordanne sont encensées par les critiques de vin. C’est la consécration. Or Thomas Bachelder a soif de liberté et il finit par quitter le Clos Jordanne en 2010. Je suis parti les larmes aux yeux. À son grand désarroi, le vignoble abandonne la production de vin quelques années plus tard. 

À l’aube de la cinquantaine, Thomas et Mary lancent la marque Bachelder avec l’ambition de faire rayonner les trois terroirs de leur vie. L’idée paraît simple : il suffit d’acheter des raisins et de louer des installations en Bourgogne, en Oregon et au Niagara pour y produire des vins signés Bachelder. Ce projet grandiose, le couple y croit profondément. L’adage veut toutefois que le client ait toujours raison, et les Bachelder constatent avec étonnement que la demande pour leurs vins du Niagara explose.

Comme vigneron, je suis renversé par la qualité des grands terroirs du Niagara, mais je dois dire que j’ai quand même été surpris que notre projet décolle ici plus qu’ailleurs.

Thomas Bachelder

Thomas et Mary ne renoncent pas pour autant à faire quelques collaborations ponctuelles ailleurs dans le monde, mais le temps est venu pour eux de poser leurs valises au Canada. Après 15 ans à parcourir le monde, c’est le soulagement du retour au bercail et la chance d’approfondir la passion pour les cépages typiques de la Bourgogne que nous retrouvons au Niagara.

Des vins qui racontent le terroir

De Hamilton jusqu’à la frontière américaine du Niagara, Thomas Bachelder achète des raisins issus des plus prestigieuses parcelles de la région. Il les transporte ensuite dans ce qu’il appelle sa bat cave , le chai où l’artiste vinifie dans des fûts de chêne ses vins de pinot noir, de chardonnay et de gamay.

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Carte de la péninsule de Niagara | Photo : courtoisie / Thomas Bachelder

Comment décrire la signature des vins Bachelder? Mes cuvées ne parlent pas de moi. Elles racontent le terroir avec finesse et élégance, comme on le fait en Bourgogne. J’utilise les vieux fûts de bois pour révéler l’essence des vignes et du territoire. Le fût agit comme un stéréo qui laisse passer la musique, qui la rend plus musicale.

La boucle se boucle pour Thomas, qui aborde l’avenir avec sérénité. C’est avec beaucoup d’émotion qu’il a accepté de contribuer à temps partiel à la renaissance du Clos Jordanne, dont il n’avait jamais complètement fait le deuil. Les vignes du Clos Jordanne et moi, on s’est connus jeunes, et maintenant, on a tous deux pris de l’âge. Quel bonheur de nous retrouver et de constater combien nous avons gagné en profondeur!

Thomas Bachelder est convaincu que cette fois-ci est la bonne pour le Clos Jordanne et il espère que « son histoire et ses terroirs inoubliables de pinot noir et de chardonnay seront entendus pour de bon » .

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Les cuvées de Thomas racontent le terroir avec finesse et élégance. | Photo : courtoise / Thomas Bachelder

« Pinot noir. Chardonnay. Gamay. C’est tout. » C’est ainsi que sont signés les courriels de Thomas Bachelder. Quelques mots qui expriment la détermination d’un homme qui a toujours refusé les compromis sur sa vision.

Quand je suis sorti de l’école en Bourgogne, ma femme, Mary, m’a dit que pour gagner notre vie, j’allais devoir faire du cabernet sauvignon, pas seulement du pinot noir. Elle n’a jamais eu tort, sauf cette fois-là.

Thomas Bachelder est convaincu que cette fois-ci est la bonne pour le Clos Jordanne.  | Photo : Courtoisie / Arterra Canada