Un vigneron autochtone au sommet de son art

par  Elizabeth Ryan

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Justin Hall dirige le premier vignoble autochtone en Amérique du Nord. | Photo : Courtoisie/Arterra Canada

Justin Hall n’a fait que suivre l’étoile. Tombé dans le vin par hasard, il avait bien des croûtes à manger, mais il n’a jamais perdu de vue son rêve de diriger un jour le premier vignoble autochtone en Amérique du Nord, le Nk’Mip Cellars. Ce projet d’envergure mené par la communauté d’Osoyoos, en Colombie-Britannique, est devenu un véritable moteur économique pour la communauté.

Quand les touristes posent leurs valises dans la vallée de l’Okanagan, c’est pour y découvrir à la fois un panorama à couper le souffle et des vins reconnus pour leur qualité exemplaire par des sommelières et sommeliers canadiens de renom. Le Nk’Mip Cellars est l’un de ces producteurs.

Plus de 50 ans après qu’on y eut planté ses premières vignes, le vignoble abrite aujourd’hui un complexe hôtelier et un terrain de golf. Il génère une bonne centaine d’emplois et est un modèle de succès.

Avec les quelque 200 000 bouteilles qui y sont produites par année, non seulement le Nk’Mip Cellars permet-il aux 500 membres de la Première Nation d’Osoyoos d’accéder à l’autonomie financière, mais il contribue également à nourrir leur fierté et leur sentiment d’appartenance à la communauté.

Personne n’est mieux placé que Justin Hall pour en témoigner : Plusieurs membres de ma famille ont pu avoir de bons emplois grâce au vignoble. Je me considère pour ma part comme un enfant du Nk’Mip Cellars. J’ai grandi avec lui en tant qu’homme. Et le vignoble ne pouvait espérer un meilleur ambassadeur que lui.

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Basé en Colombie-Britannique, le Nk’Mip Cellars est le premier vignoble autochtone en Amérique du Nord. | Photo : Courtoisie : Arterra Canada

De patience et de persévérance

En 2003, le jeune Justin Hall est pourtant loin de se douter que son parcours le mènera dans le milieu vinicole. À 22 ans, il vient d’avoir son premier enfant et sent l’urgence de se trouver un emploi stable.

Il se considère comme très habile de ses mains, mais n’a pas d’ambition précise. Le chef de la communauté d’Osoyoos, Clarence Louie, lui suggère de cogner à la porte du Nk’Mip Cellars. Malheureusement pour Justin, l’équipe affiche complet. Ce n’est rien pour le décourager, et il continue de relancer régulièrement son futur patron, jusqu’à ce jour où, enfin, on lui dit oui. Le 24 janvier 2004. Ma première journée au Nk’Mip, se souvient-il avec précision.

Engagé au départ comme homme à tout faire, Justin Hall est fasciné par l’univers qu’il découvre. S’il ne connaît rien ni du vin ni de sa fabrication, il a trouvé sa voie. Quels que soient le prix à payer et les efforts à déployer, il compte bien accomplir son rêve de devenir vigneron en chef du Nk’Mip. Dans une cuverie, je suis dans mon élément. Tout me vient naturellement. Je n’ai qu’à laisser mon intuition travailler pour moi.

Grâce à l’appui de sa communauté et de son employeur, Justin Hall se consacre quelques années à des études en viticulture et en œnologie. Une épopée qui le mène jusqu’en Australie et en Nouvelle-Zélande, où il obtient un diplôme supérieur de la prestigieuse Lincoln University. En 2017, ses efforts portent leurs fruits. Justin Hall est promu vigneron responsable des vins blancs pour Nk’Mip Cellars. Un pas de plus vers l’atteinte de son objectif.

La fierté de ses racines autochtones

Tous les vignerons et vigneronnes le diront : leur métier requiert une immense dévotion. Le plus dur pour moi est de garder un équilibre entre mon identité de vigneron et mes racines autochtones, constate Justin Hall.

Il avoue se sentir tourmenté quand arrive le temps des vendanges, car celui-ci coïncide avec la saison de la chasse et de la pêche. Tous les matins pendant ces semaines-là, je me réveille avec une importante décision à prendre : me rendre au vignoble pour faire ce que j’aime le plus au monde, ou tout laisser de côté pour partir à la pêche au saumon.

Une activité qui est inscrite au plus profond du cœur de Justin Hall et qui évoque son rapport très intime au territoire. Je fais partie intégrante de la terre, souligne-t-il avec une pointe d’émotion dans la voix.

C’est quand je suis dans la forêt que cette connexion profonde prend tout son sens. J’écoute attentivement les animaux et la nature. Ils marchent main dans la main.

La terre promise

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Le vignoble Nk’Mip Cellars est niché au creux de la vallée de l'Okanagan, en Colombie-Britannique, une des régions les plus chaudes du Canada. | Photo : Courtoisie/Arterra Canada

Justin Hall s’enflamme lorsqu’il parle des terres traditionnelles d’Osoyoos aux allures de désert. Non, on ne peut pas ici faire pousser des tomates, mais notre sol sablonneux est idéal pour produire les meilleurs raisins au monde, affirme-t-il avec fierté. Ma nation a compris que, lorsque la vie te donne des citrons, il faut en faire de la limonade!, dit-il en rigolant.

De la limonade… Évidemment, le mot choisi ne rend pas justice aux vins de Justin Hall. Et s’il ne devait choisir qu’un seul vin pour témoigner du meilleur de ses capacités de vigneron? Mon pinot blanc! Rafraîchissant, croquant, équilibré, tout est là!, affirme-t-il sans aucune hésitation.

Mais pourquoi s’en tenir à un seul produit? Le Dreamcatcher est un autre bel exemple de mon style, comme vigneron. C’est un vin dominé par le riesling, électrisant, accessible, avec une belle acidité qui explose en bouche!

À un pas du rêve

Justin Hall a mis près de deux décennies pour atteindre le sommet de la montagne. Le moment de la retraite a sonné pour son actuel patron et mentor, Randy Picton. Et personne n’est mieux placé que Justin Hall, l’apprenti devenu maître, pour prendre la relève de l’exploitation vinicole au Nk’Mip. Un dénouement tout naturel pour celui qui savait, par intuition, être né pour devenir vigneron.

Que souhaiter de plus à un homme arrivé au bout de sa quête? Tout ce que je veux, c’est de continuer à être bon dans ce que je fais, et dans l’avenir, j’aimerais prendre un peu plus de risque, répond celui qui se décrit comme un homme prudent. Parions que Justin Hall ne mettra pas 20 ans à relever le défi!

Justin Hall dirige le premier vignoble autochtone en Amérique du Nord. | Photo : Courtoisie/Arterra Canada