De potager à écosystème: l’art de faire un jardin vivant

par  Ariane Labrèche

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Photo : Radio-Canada / Robyn Miller

Le temps des semences approche, et avec lui, le jardin que plusieurs planifient d’aménager cet été. Et s’il était possible que notre potager ait un effet bénéfique sur la biodiversité? En attirant les insectes pollinisateurs et en faisant pousser de la vigne, par exemple, nous pouvons transformer notre espace vert en plus d’embellir notre assiette.

Diminuer les populations d’insectes nuisibles, favoriser la présence des oiseaux, se prémunir contre les maladies, participer activement à la biodiversité : voilà les effets qu’a pu observer Larry Hodgson, alias le Jardinier paresseux, après avoir envisagé son jardin comme un écosystème, et non plus seulement comme des rangées de plantes potagères destinées à la récolte.

C’est impossible de recréer un milieu naturel, mais on peut créer un milieu où la nature reprend ses droits.

Larry Hodgson, spécialiste en horticulture

Plonger dans la terre

Quand vient le temps de choisir sa terre, les options satisfaisantes sont limitées pour les jardins de sol, selon Larry Hodgson. La plupart des sacs de terre pour jardins de sol sont faits avec de la terre noire, ce qui a tendance à rendre le sol compact et humide. Ce qu’il faut, c’est de la terre avec plus de matières organiques fraîches. J’ai fini par trouver un monsieur qui en fabrique localement dans le coin de Québec, mais il a fallu que je cherche , indique-t-il.

Pour les jardiniers et jardinières de balcon, la tâche est plus facile. Les terreaux qui existent sur le marché sont de meilleure qualité pour les bacs, dit Larry Hodgson. L’erreur que commettent trop souvent les gens, c’est de jeter la terre une fois la saison terminée.

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Photo : iStock

Moi, ça fait six ans que j’ai le même terreau dans mes bacs. Chaque année, j’y ajoute du compost, je le mélange, et surtout, j’essaie d’y laisser les matières organiques vivantes de l’année précédente, comme les racines des plantes annuelles , explique Éric Duchemin, directeur scientifique et de formation au Laboratoire sur l’agriculture urbaine.

Celui qui est également directeur scientifique du Carrefour de recherche, d’expertise et de transfert en agriculture urbaine du Québec (CRETAU) insiste sur l’importance du compost, mais pas n’importe lequel. Si l’on a de la place, le mieux est de faire son propre compost. Sinon, on choisit le compost local, plutôt que celui en sac, qui a beaucoup voyagé.

Les gens oublient toute la richesse qui se trouve sur leur terrain. Moi, je ramasse tout : le gazon que je coupe, les feuilles mortes, les déchets de jardin. À part les grosses branches d’arbre, je réutilise tout , ajoute Larry Hodgson.

Une histoire de plantes

Peu importe la taille de leur potager, les botanistes en herbe ont un pouvoir de conservation insoupçonné. Leurs alliées : les semences ancestrales.

Il n’existe pas de définition officielle de ce qu’est une semence ancestrale, mais on s’entend pour dire que ce sont les variétés qui étaient cultivées avant la révolution verte, soit l’industrialisation du système agroalimentaire qui s’est produite dans les années 1950 , explique le nutritionniste Bernard Lavallée, aussi un passionné d'horticulture.

L’intérêt de ces semences est multiple. Souvent cultivées localement pendant des générations et encore aujourd’hui produites par de petits semenciers, certaines de ces variétés sont mieux adaptées au terroir et pourraient mieux répondre aux effets des changements climatiques.

 C’est bien beau de mettre des semences ancestrales dans un congélateur en Norvège, mais de les faire pousser et de s’en occuper, c’est là que réside le vrai bénéfice environnemental.  

Éric Duchemin, directeur scientifique et de formation au Laboratoire sur l’agriculture urbaine

Planter des tomates, c’est bien, mais en planter plusieurs variétés, c’est encore mieux. Non seulement on se prémunit contre les maladies en augmentant les chances qu’une des variétés y résiste, mais c’est notre assiette qui en bénéficie.

Ça apporte toute une diversité de goût dans la cuisine. On peut découvrir quelle sorte de tomate est plus sucrée, plus ferme… C’est intéressant [pour ce qui est] de l’apprentissage alimentaire , ajoute Éric Duchemin.

L’agastache-quoi?

Le mot qui revient le plus quand on parle d’un jardin qui a un effet sur la faune et la flore locale, c’est la diversité. Planter beaucoup de variétés de plantes potagères est intéressant, mais on peut aussi commencer à étendre l’horizon de notre jardinage vers les fleurs, les arbustes, et même les arbres.

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Photo : Radio-Canada / Sophie Désautels

Le camérisier (photo ci-haut) et le groseiller maquereau sont de bons exemples d’arbustes fruitiers faciles d’entretien et que l’on trouve en pépinière.

Ce qui est bon, c’est de penser aux plantes permanentes. Les plantes annuelles qu’on déterre chaque année, c’est dérangeant pour le sol. J’aime beaucoup les arbustes, dont plusieurs sont à fruits ou à fleurs, et qui invitent une faune nouvelle, comme les oiseaux, dans nos milieux de vie , explique Larry Hodgson.

Pas besoin d’avoir une cour pour mettre en place ce genre d’écosystème. En ville, la vigne qui grimpe sur les murs devient non seulement un abri contre la chaleur, mais un petit havre de paix pour les oiseaux. En plus, on peut en cuisiner les feuilles!

Plusieurs autres plantes peuvent à la fois attirer la faune et être ajoutées à nos recettes favorites. C’est le cas de fleurs comme l'œillet d’Inde, ou de plantes indigènes comme l’agastache-fenouil, qui font le régal des insectes pollinisateurs. En retour, ces derniers butinent les autres plantes de notre jardin!

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Photo : iStock

Bien que l’alimentation de la plupart des insectes et des oiseaux ne soit pas spécifique, certaines plantes indigènes attirent des insectes précis. C’est le cas de l’asclépiade, la plante de prédilection du papillon monarque, et dont une méthode de préparation culinaire a été mise au point récemment par l’entreprise Gourmet sauvage et le MAPAQ.

J’ai un coin de mon jardin que je réserve à des plantes indigènes, et je n’y touche pas. C’est un vrai fouillis! Pourtant, c’est là que j’ai le plus de papillons. Mais il ne faut pas non plus idéaliser les plantes indigènes et ne planter que ça. Le mieux, c’est d’avoir un mélange de plantes d’ici et d’ailleurs , conseille Larry Hodgson.

Ce que prônent en fin de compte ces experts, c’est un certain lâcher-prise : ne pas trop racler son jardin, laisser un peu de place à la folie des plantes indigènes, mêler plantes potagères annuelles et vivaces, et même remettre en question notre rapport à la monoculture de gazon. Pourquoi ne pas mettre un peu de trèfle ou de thym sur nos terrains?

Et l’aspect le plus important, c’est que toute cette diversité finit par avoir des conséquences positives sur l’alimentation. Je crois que ça reconnecte beaucoup les gens au processus de la production alimentaire en plus de créer un lien émotif avec ce qu’on cultive. J’ai beau dire que manger des fruits et des légumes, c’est cool, rien ne sera aussi puissant comme sentiment que de manger les tomates qu’on a soi-même cultivées, dit Bernard Lavallée.

Photo : Radio-Canada / Robyn Miller