Savoureuse cuisine locavore chez MAUDE épicerie/laboratoire

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CVLD, Maude desroches, courge, cheffe, omble chevalier | Photo : Radio-Canada / Allison Van Rassel

Depuis le mois de juin, la cheffe et mère de famille Maude Desroches gère une épicerie munie d’une cuisine dans un des quartiers les plus pauvres de la ville de Québec. Approvisionnée en légumes parmi les plus convoités par les grands chefs de la région, elle a mis en place un repère locavore où bien manger rime avec facilité.

Dès que l’on pousse la porte de Maude Épicerie/laboratoire culinaire au coin du chemin de la Canardière et de l’avenue de Vitré, les parfums d’une popote réconfortante appellent les sens. Derrière un long comptoir fait à sa main à partir de matériaux recyclés, Maude enfourne de la courge et m’envoie un bonjour souriant.

À ma droite, un mur végétal garni de fines herbes, qui est nourri d’une lumière naturelle et abondante. Dans l’espace de quelques instants, un ton sincère et vrai est donné au lieu.

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La maîtresse des lieux, la cheffe marathonienne Maude Desroches. | Photo : Radio-Canada / Allison Van Rassel

Le cœur du local est occupé par une section provisions offrant des aliments frais de saison et en vrac, dont plusieurs épices aux parfums qui font voyager l’âme. Un peu plus vers le fond, des réfrigérateurs exposent, telles des œuvres d’art, des viandes provenant de producteurs bovins de la région, ainsi que quelques fromages fermiers.

Sur un promontoire de bois recyclé, il y a aussi des petits pots de douceurs venant des quatre coins du Québec. C’est ici une oasis de fraîcheur dans le désert alimentaire qu’est ce secteur de Maizerets, un quartier défavorisé de la ville de Québec, où la propriétaire, la cheffe Maude Desroches, habite et élève ses deux garçons. Maude cuisine tous les produits qu’elle vend frais du jour, derrière son comptoir fort invitant.

Manger du vrai

À moins de deux kilomètres de son terrain de jeu culinaire, plusieurs grandes bannières de restauration rapide lorgnent la faim des résidents du quartier. C’est dans leur cour arrière que Maude tente de faire sa place en pariant à la fois sur la qualité des ingrédients, la facilité de les cuisiner et le plaisir qui s’en découle.

Lorsque vient le temps d’élaborer son menu du jour, Maude traverse le comptoir de sa cuisine afin de s’approvisionner en aliments. Elle ouvre la porte d’un réfrigérateur pour y prendre de la crème de la Laiterie Chagnon. Elle met la main sur une courge jaune et verte de son amie Marie-Ève. Elle verse un peu d’huile de tournesol dans un petit récipient et plonge sa cuillère dans quelques aromates en vrac.

« Je vends des produits bruts, de base, et j’explique à ma clientèle comment les cuisiner », souligne Maude, alors qu’elle offre de m’accompagner dans mes achats. « Je les cuisine ici, donc ça sent bon quand les gens entrent. Ça permet aux clients de faire l’association avec les produits. » Elle souhaite faire une réelle différence dans l’assiette de sa communauté.

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Maude Desroches, cheffe chez « Maude Épicurie/laboratoire culinaire » nous propose des recettes de courges. | Photo : Radio-Canada

Aliments exclusifs

Les denrées que Maude propose dans ses étales sont celles de ses amies agricultrices qu’elle connaît toutes par leur prénom. Celle qui fut la toute première employée en cuisine au restaurant le Pied bleu, voilà plus de 10 ans, et qui jusqu’au printemps signait la cuisine du restaurant Les Voisins, a profité d’un temps d’arrêt forcé en raison de la pandémie de la COVID-19 pour mettre en place le commerce de ses rêves : un laboratoire culinaire qui célèbre le savoir-faire des artisans locaux dont elle valorise les produits en cuisine.

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La courge délicata sort du four, destinée à une assiette repas mettant en valeur l’omble chevalier de Charlevoix, le seul poisson frais disponible à l’année dans la région de Québec.  | Photo : Radio-Canada / Allison Van Rassel

Par exemple, en me promenant d’un réfrigérateur à l’autre, je remarque pour la première fois en épicerie des bottes de carottes boules orange. Elles sont incroyablement gourmandes et fort appétissantes pour les yeux. On dirait des bonbons! J’en prends un sac sur le champ! « C’est une carotte fort recherchée par les chefs en cuisine gastronomique, dont le restaurant La Tanière », me souligne Maude.

Comme bien d’autres légumes, cette carotte se retrouve en vente directe au consommateur pour une toute première fois. « Les maraîchers me demandent des conseils sur l'emballage du produit », raconte la cheffe autodidacte, sourire aux lèvres. « Ils sont habitués de vendre aux chefs et de livrer directement aux restaurants leurs produits dans des boîtes. »

 Je veux offrir ces produits-là à ma clientèle, car ça fait une différence au goût de travailler avec des produits d’une grande qualité. Je veux que les gens du coin mangent bien, car ce sont mes voisins. 

Maude Desroches, cheffe propriétaire de MAUDE Épicerie/laboratoire culinaire

Depuis son ouverture en juin 2020, son offre colorée, savoureuse et agréablement parfumée réjouit « en masse » les mangeurs du secteur à la recherche d’une option de nourriture saine et équilibrée, notamment le personnel de l'Hôpital de l’Enfant Jésus, une clientèle « plus fortunée ». Les légumes biologiques provenant de fermes locales ont aussi la cote, un signe que de plus en plus de jeunes familles viennent s’établir dans Maizeretes, croit la femme d’affaires.

Son défi est de mettre de l’avant un prix abordable afin que les familles moins fortunées du quartier puissent avoir accès à sa cuisine. Afin de réussir, elle se dit très à l’écoute à la demande de sa clientèle et adapte son offre de prêt à manger en conséquence.

Cette semaine, son réfrigérateur contient du chili végétarien au tempeh, un macaroni au fromage Hercule de la Laiterie Charlevoix, un risotto aux saucisses végétariennes ou au porc de la Boucherie/Ferme Turlo, ainsi qu’un pâté au poulet biologique. Elle constate toutefois que le prêt-à-manger n’attire pas autant les familles du quartier que ce à quoi elle s’attendait.

« Le menu du jour et les plats préparés répondent plus à un besoin des travailleurs », souligne celle qui propose aussi un menu du jour, tous les jours de la semaine. « Plusieurs fois par semaine, les employés de l’hôpital me font des commandes de repas. Ils n’ont pas de temps et ils ont faim! Ça me fait terriblement chaud au cœur de savoir que ma cuisine alimente les gens de la première ligne. J’ai même voulu aller leur porter des repas moi-même, mais je me suis fait revirer de bord », raconte-t-elle suivi d’un rire incroyablement contagieux.

Celle qui, dans un élan de générosité, voulait offrir un peu de réconfort par la fourchette à ses voisins, a momentanément oublié les mesures sanitaires mises en place.


MAUDE épicerie/laboratoire culinaire
1501, chemin de la canardière
facebook.com/chezmaude(Nouvelle fenêtre)

CVLD, Maude desroches, courge, cheffe, omble chevalier | Photo : Radio-Canada / Allison Van Rassel