Le goût singulier du bien-être animal de la Ferme Rustique

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cvld, ferme rustique, cochon, cochons, animaux, ferme | Photo : Radio-Canada / Allison Van Rassel

Chaque année depuis 13 ans, Alexandre Landry et Élisabeth Grenier, de la Ferme Rustique à Sainte-Croix de Lotbinière, tentent de mettre la main sur des jouets résistants afin de stimuler la curiosité de leurs cochons. Cette année, le couple, dont la mission première de l’entreprise est le bien-être animal, a fait appel à sa clientèle afin de mettre la main sur… des boules de quilles!

Rien ne résiste à la force et la détermination d’un cochon, du moins pas un ballon de soccer, ni des tuyaux en plastique noirs en PVC. Cela représente tout un défi pour ces deux agronomes, qui misent sur le jeu afin de stimuler la curiosité de leurs animaux d’élevage destinés à l’alimentation.

« Un moment donné j’ai eu un flash! » lance Élisabeth Grenier au bout du fil. « Une boule de quilles serait parfaite, car la taille est assez grosse pour qu’ils puissent les pousser avec leur museau, ce n’est pas trop salissant et c’est solide. »

 Le porc, c’est vraiment un animal très intelligent, très joueur, qui a besoin d’être stimulé quotidiennement. Un cochon qui s’ennuie est un cochon malheureux. 

Élisabeth Grenier, copropriétaire de la Ferme Rustique

Une publication sur la page Facebook de l’entreprise a permis au couple de mettre la main sur près d’une dizaine de boules de quilles et de tester l’idée. Eurêka! L’objet permet aux cochons de jouer et de bouger davantage dans l’enclos afin, notamment, qu’il puisse ressentir un plus grand bien-être.

Il n’en fallait pas plus pour que je me déplace dans Lotbinière afin de témoigner de ce qui m’apparaît être un peu ludique comme intervention.

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Lors de ma visite à la ferme, Élisabeth a pris soin d’ajouter une couche supplémentaire de plaisir sur les boules de quilles : des arômes de fruits, des odeurs qui, selon elle, stimulent davantage la curiosité de l’animal.  | Photo : Radio-Canada / Allison Van Rassel

L’effort du bien-être

Copropriétaire de la Ferme Rustique, Alexandre Landry et sa conjointe Élisabeth Grenier sont agronomes, spécialistes dans la gestion d’une entreprise agricole. Selon eux, le bien-être animal est souvent basé sur des perceptions de confort de l’humain par rapport aux animaux, alors que c’est le renforcement du comportement instinctif de l’animal qui dicte son bien-être.

Par exemple, nous, les humains, on a tendance à croire que le cochon n’est heureux qu’à l’extérieur au soleil à gambader librement dans un champ. C’est un peu romantique comme façon de voir les choses et pas du tout le genre d’environnement que recherche de façon intuitive le cochon.

« Nos cochons ont la peau rose, donc ils n’aiment pas tant être dehors et surtout pas au grand soleil », explique Alexandre. « On a ramené l’extérieur à l’intérieur en ajoutant un toit, de la musique et on leur donne de l’espace pour jouer ». De la musique! La chaîne musicale de Radio-Canada, en plus. Ça, c’est quand même romantique.

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Les cochons s'amusent avec les boules de quilles.  | Photo : Radio-Canada / Allison Van Rassel

Rapidement, je constate que la boule de quilles est un élément parmi une longue liste d'initiatives mises en place par le couple qui concèdent aux animaux un certain bien-être, mais aussi une texture et un goût uniques à la viande de ses porcs.

La grandeur de l’enclos des 30 cochons m’apparaît beaucoup plus grande que celle des porcheries que j’ai jusqu’ici visitées. De trois à quatre fois plus grand, de préciser Alexandre. Les animaux sont à l’ombre et se déplacent librement sur une surface en béton recouverte de copeaux de bois. Ils s’y creusent des nids pour se coucher et ainsi avoir accès à la fraîcheur du matériau sur le sol.

Lors des chaudes journées, le couple prend aussi le temps d’arroser les bêtes, car ce sont des animaux qui ne transpirent pas. « Quand on les arrose, ils vont se rouler dans les copeaux pour se faire une couche protectrice sur la peau », souligne Élisabeth. « J’adore le cochon et je l’ai beaucoup observé au fil des années. C’est vraiment très intelligent et ça reconnaît les gens qui s’occupent d’eux ». L’agricultrice provoque un effet d’entraînement à la seconde qu’elle dépose un pied dans l’enclos.

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Tour à tour, les bêtes viennent mordiller les bottes de caoutchouc de celui ou celle qui ose s’aventurer dans l'enclos.  | Photo : Radio-Canada / Allison Van Rassel

La trentaine de porcs se dirige spontanément vers elle comme si un signal de départ pour une partie de plaisir avait été donné. C’est surprenant et je n’avais jamais remarqué à quel point le cochon est un animal curieux. Le même effet se produit lorsque les enfants du couple, Joseph, Victor et Émile, se faufilent auprès d'eux.

Alexandre lance dans les airs et dans la direction des bêtes, des morceaux de courge que son fils aîné Émile et lui viennent tout juste de couper sur une table installée à l’extérieur de l’enclos. J’observe l'une d’elles s’amuser avec l’aliment à l’aide de son museau, puis l’entamer tout doucement avec ses petites dents d’en avant.

L’alimentation est tout aussi importante que les stimuli externes dans l’équation du bien-être. D’abord, les animaux sont nourris avec des grains végétaux sans OGM et sans hormones, des légumes qui poussent sur les terres de la ferme et de la drêche de la microbrasserie La Boîte à malt. Les animaux raffolent de ce résidu de brassage de céréales nutritif et sucré au goût.

« Les déchets de brassage sont une richesse pour nos cochons », révèle Élisabeth avec un sourire dans la voix, qui souligne son enthousiasme. « Il y a de la variété dans leur alimentation, ce qui fait en sorte qu’ils ne s’ennuient vraiment pas. »

 On veut être fier de la façon dont on élève nos animaux, mais on ne le sait pas ce que ça va donner comme résultat. Quel élément dans le lot est précisément responsable pour la qualité, on ne le sait pas. C’est un amalgame de choses qui fait en sorte que notre produit est différent. 

Alexandre Landry, copropriétaire de la Ferme Rustique

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Alexandre offre des morceaux de courge aux cochons.  | Photo : Radio-Canada / Allison Van Rassel

Le goût du bien-être

Tous ces efforts sont perceptibles tant dans la fibre de la viande que dans son goût. Un simple comparatif avec une même coupe de viande d’une grande marque québécoise que l’on retrouve facilement à l’épicerie permet de le constater.

Le boucher de troisième génération et propriétaire des Viandes St-Hilaire à Sainte-Marguerite en Beauce, David St-Hilaire, est le premier à percevoir la qualité de la fibre comme dans la texture du gras. C’est lui qui découpe les carcasses des animaux de la Ferme Rustique et qui s’occupe de la transformation des produits.

« David me dit qu’il remarque que la fibre de la viande est plus longue et que le muscle est plus tendre », précise Alexandre. « Le gras est aussi plus dur et il se tient bien. Les clients nous le disent aussi. Il y en a même qui nous disent qu’on devrait appeler ça autre chose que du cochon tellement c’est bon », ajoute-t-il en riant.

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Les poulets de grain de la Ferme Rustique sous la responsabilité d'Émile et Victor. | Photo : Radio-Canada / Allison Van Rassel

Il n’y a non plus aucun intermédiaire entre la Ferme Rustique et les 250 familles de la grande région de Québec qui font confiance à ses produits. Des produits comme du jambon picnic avec os, de l’osso bucco, des côtelettes avec ou sans os, des saucisses européennes, de l’échine, du bacon, des cretons, du saindoux, ainsi que des tournedos farcis au cheddar et bacon!

J’ai eu la chance de visiter plusieurs fermes au Québec et ailleurs au Canada, mais je n'avais encore jamais été témoin d’un environnement aussi stimulant pour des animaux. La Ferme Rustique va au-delà des certifications en ce qui a trait aux bien-être de leurs animaux. Ils investissent le même effort pour leur bœuf nourri à l’herbe et le poulet de grain.

 Je n’ai pas de certification, car je n’ai pas besoin de ça. Je vais au-delà des cahiers de charge bio dans mon élevage. Si c’est ça dont vous avez besoin [d’une certification biologique], ben vous n’êtes pas à la bonne ferme. 

Alexandre Landry, copropriétaire de la Ferme Rustique

Après une visite, je constate l’ampleur des initiatives mises de l’avant afin de mener à la qualité de la viande qui se retrouve dans mon assiette. Je retourne à la maison en me disant qu’il est impossible de gaspiller la nourriture créée par la famille Grenier-Landry, car lorsque l’on prend le temps de resserrer les liens naturels entre la terre et la table, on respecte toujours le produit.


Ferme Rustique
4553, 4e Rang Ouest, Sainte-Croix-de-Lotbinière

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