Un miel d'automne produit sur les vestiges de la mer de Champlain

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Un couple d'apiculteurs de Val-Alain met en valeur les parfums nobles du patrimoine végétal québécois dans chacun de leur miel. | Photo : Radio-Canada / Allison Van Rassel

Un couple d'apiculteurs de Val-Alain met en valeur les parfums nobles du patrimoine végétal québécois dans chacun de ses miel.

Situés dans l'extrême-ouest de Lotbinière, les ruchers de Floramiel abritent des abeilles qui s'approvisionnent en nectar auprès d'une flore exceptionnellement luxuriante.

Une flore dominée par des plantes et fleurs sauvages, des espèces qui forment le patrimoine naturel du Québec.

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La verge d'or, une des plantes mellifères les plus communes en Amérique du Nord | Photo : Radio-Canada / Allison Van Rassel

« Ici, c’est la plage de la mer de Champlain », souligne Gilles Bonneau, apiculteur et copropriétaire de Floramiel avec sa conjointe Martine Côté.

Cette étendue d'eau, que les géologues nomment mer de Champlain, recouvrait autrefois d'eau salée toutes les basses-terres du Saint-Laurent jusqu’à environ 100 mètres au-dessus de son niveau actuel.

L'eau est disparue lorsque le bouclier Laurentien s'est libéré de sa calotte glaciale, laissant derrière elle un sable fin, pauvre en minéraux avec une nappe phréatique élevée qui ne permet pas au sol de se drainer adéquatement.

C’est pour ces raisons qu'il n'y a pas beaucoup d’agriculture dans cette région.

Il n'y a donc aucune culture céréalière en vue, et ce, à des dizaines de kilomètres à la ronde.

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Les ruches de Val-Alain sont protégées par un courant électrique, car de nombreux prédateurs sont friands de miel, comme la moufette et l'ours.  | Photo : Radio-Canada / Allison Van Rassel

La faune végétale est alors fixée dans le temps. C'est donc un véritable buffet à volonté pour ces insectes butineurs.

« Notre objectif est d’aller chercher les meilleures saveurs de miel qu’on est capable de produire dans cette région-ci », précise Martine Côté. « Dans la manière qu’on gère nos ruches, qu’on les monte en population ainsi que dans la manière dont on fait la gestion des boîtes, on réussit à aller chercher des saveurs provenant de fleurs très, très spécifiques », poursuit Mme Côté

Communiquer par la danse

Alors que l'automne tire à sa fin, des traces de fleurs de verge d'or, dont les capitules d'un jaune étincelant sont riches en nectar et en protéines, permettent aux abeilles de bien se nourrir une dernière fois avant l'hiver.

Le défi est de s'assurer que les abeilles communiquent l'emplacement précis de cette source de nectar. Selon ces artisans du miel, tout se passe dans la gestion des ruches.

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L'apiculteur examine de près l'état de la fourrure d'un bourdon.  | Photo : Radio-Canada / Allison Van Rassel

« Lorsque la floraison arrive dans ce terroir-là, et à ce moment-là, il faut que ta colonie soit en puissance d'approvisionnement », explique le couple avec plus de 20 ans d'expérience en apiculture. « Quand tu as une grosse source de nectar de fleur qui arrive à la ruche à ce moment-là, les abeilles ne collecteront que cette sorte-là. C'est à ce moment-là qu'ils font la danse et se disent : va là, il y a une source abondante de nourriture. »

Afin de mieux comprendre le comportement de ses abeilles, certains miels produits par Floramiel sont envoyés au Centre de recherche en sciences animales à Deschambault, où des analyses sont effectuées afin de déterminer leur composition.

C'est le cas pour le miel de verge d'or.

» « C’est là où tu vois vraiment tout ce qui entre dans la composition du miel, explique leur fils Louis-Félix Bonneau. » « Nous recevons un rapport de tout ce qui se retrouve dans les miels et c'est à ce moment-là qu'on sait où vont les abeilles.

On a 88 % de trace de pollen de verge d'or dans notre miel d'automne. C'est exceptionnel comme résultat, c’est notre miel patrimonial.

Gilles Bonneau, apiculteur

Miels dégustés

Les miels sont aussitôt dégustés afin de fixer leurs parfums uniques dans la mémoire gustative.

Doté d'une couleur excessivement dorée, le miel de verge d'or est doux sur la langue avec une légère amertume suivie d'un goût d'épices.

Il est naturellement bondé d'umami, la cinquième saveur fort souvent associée à la cuisine japonaise.

Cette expérience gustative unique témoigne d'un savoir-faire en parfaite symbiose avec la nature.

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L'apiculteur observe son miel à la lumière. Les échantillons de miels proviennent de deux ruchers différents.  | Photo : Radio-Canada / Allison Van Rassel

Travail d'artisan

Contrairement aux produits que l'on retrouve sur les étagères de grandes surfaces, tous les miels de Floramiel sont empotés à la main et transformés sans qu'ils ne soient chauffés.

Une fois l'extraction du miel terminée, il se repose dans une cuve d'acier inoxydable pendant un minimum de quatre jours.

Pendant ce temps, les saveurs s'amalgament et le taux d'humidité s'uniformise, ce qui permet à l'artisan d'assurer une constance dans ses produits.

Aucun miel n'est mélangé à un autre par crainte de perdre les subtiles nuances d'arômes qu'apporte chaque floraison.

Des fois, il y a des gens qui nous appellent et nous disent qu'ils retrouvent les saveurs du miel de leur jeunesse

Martine Côté, copropriétaire de Floramiel

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Ce procédé de macération statique fait aussi en sorte que toutes les petites cires microscopiques, la mousse, la propolis et toutes autres formes d'impuretés remontent à la surface. | Photo : Radio-Canada / Allison Van Rassel

À l’œil, on remarque que les miels de cette entreprise de Lotbinière sont moins liquides et plus troubles, des caractéristiques que plusieurs considèrent, à tort, comme des impuretés.

« Le Québécois moyen veut un miel chauffé, sinon il a l’impression que c’est scrapé », témoigne l'apiculteur.« Si tu chauffes un miel, tout ce qui est plus léger s’évapore. Il y a aussi un sous-produit qui s’appelle HMF [hydroxyméthylfurfural] un sous-produit de la transformation des sucres qui se crée quand tu surchauffes ton miel. Il y a taux maximum que tu ne dois pas dépasser », poursuit-il.

Cette année, Floramiel a réussi un autre exploit que peu d’apiculteurs au Canada savent faire : un miel de tilleul dont les résultats en laboratoire démontrent un taux de pollen de tilleul à 85 %. Au Québec, il est le deuxième apiculteur à réussir ce type de miel.

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Tous les miels de Floramiel sont empotés à la main et transformés sans qu'ils ne soient chauffés. | Photo : Radio-Canada / Allison Van Rassel

Des échantillons des miels de Floramiel ont d’ailleurs été acheminés dans un laboratoire en Allemagne afin d'établir une charte de données sur la qualité des miels.

« Ce laboratoire en Allemagne travaille beaucoup sur le faux miel », ajoute Mme Côté avec fierté. « Nos échantillons de miel ont été envoyés pour aider à déterminer ce que représente le miel du terroir de tout l’est du Canada ».

Un couple d'apiculteurs de Val-Alain met en valeur les parfums nobles du patrimoine végétal québécois dans chacun de leur miel. | Photo : Radio-Canada / Allison Van Rassel