S’évader grâce au gong fu cha, cette cérémonie de thé chinois

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« C’est un acte à la fois social et stimulant pour les Chinois de boire le thé, explique Jasmin Desharnais. Ils se rencontrent et prennent le temps de jaser de leur thé. Ils jasent de l’histoire du thé et de sa géographie. »  | Photo : Radio-Canada / Allison Van Rassel

Chaque année depuis 20 ans, Jasmin Desharnais se procure lui-même du thé auprès de petits producteurs en Chine. De retour au Québec, c'est à la maison de thé Camellia Sinensis, rue Saint-Joseph, qu'il fait découvrir aux curieux les cérémonies de l'empire du Milieu, dont le gong fu cha.

Ce rite est préparé à l’aide d’une théière, un thé de type wulong, de l’eau chaude, une tasse pour sentir et une tasse pour boire.

« En Chine, tant que c’est fait avec le cœur, c’est bien fait, lance avec un sourire Jasmin Desharnais, copropriétaire du Camellia Sinensis. C’est une expérience multisensorielle incroyablement axée sur le moment présent. »

Accueil, partage, simplicité, dégustation, ouverture et respect sont les principes de base entourant la cérémonie du thé chinois.

Jasmin Desharnais, copropriétaire de la Maison de thé Camellia Sinensis

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Quelques-uns des accessoires utilisés pour la cérémonie de thé gong fu cha à la Maison de thé Camellia Sinensis.  | Photo : Radio-Canada / Allison Van Rassel

Même si la Chine est le plus grand producteur de thé au monde, les consommateurs québécois n'ont pas comme premier réflexe d'en demander, croit M. Desharnais.

« Ils demandent d'emblée des thés japonais », ajoute-t-il.

« Les thés japonais sont beaucoup plus végétaux, aux goûts prononcés d’herbe fraîche, décrit-il. Mais, dans une culture alimentaire comme la nôtre, où on ne mange pas très vert, ça surprend. »

Personnellement, je trouve que ça goûte le gazon fraîchement coupé. Ça cadre moins dans mes goûts.

Les thés de la Chine, quant à eux, sont beaucoup plus adaptés à notre palais occidental : herbe sèche, foin, fleur et avoine grillée.

Ces parfums sont typiques des thés verts wulong, la variété que je vais déguster.

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Deux minuscules récipients utilisés pour sentir et boire le thé | Photo : Radio-Canada / Allison Van Rassel

Beaucoup d'histoire

« Ça représente 5000 ans d’histoire, cette tradition, poursuit M. Desharnais. Ils ont eu beaucoup de temps pour tout questionner et tout comprendre en lien avec le thé. »

Dans cette tradition, chaque accessoire a sa raison d'être.

Il y a des pinces en bois pour éviter de toucher les tasses avec ses doigts, une petite théière pour le thé, un bol dans lequel sera déposé la théière afin qu'elle baigne dans l'eau chaude, un verseur en verre sur lequel est déposé un filtre en inox pour filtrer le thé, une mini tasse d'à peine 10 cm de hauteur pour sentir et une autre tasse en forme de soucoupe pour boire.

Tous ces accessoires sont déposés sur un bateau à thé en bambou.

On dirait un « petit kit » de maison de poupées.

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Lors du gong fu cha, il faut verser de l’eau chaude dans la théière jusqu’à ce qu'elle déborde par le bec verseur. Ceci a pour but d'éliminer toute trace d'oxygène à l'intérieur de la théière.  | Photo : Radio-Canada / Allison Van Rassel

Mon moment eurêka

Une théière de Taïwan, créée avec du purion, un matériau qui contient de l’argile et des minéraux, permet au thé d’exprimer davantage ses parfums naturels.

Chez Camellia Sinensis, cette théière ne sert qu’au service des thés vieillis comme le wulong.

La première étape du gong fu cha consiste à réchauffer tous les accessoires.

Jasmin Desharnais verse de l’eau chaude à partir d’une bouilloire sur tout ce qui sera utilisé pour la dégustation.

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La théière est réchauffée directement dans l'eau. Une fois la bulle d'eau rétractée dans le bec verseur, le thé est prêt à être servi.  | Photo : Radio-Canada / Allison Van Rassel

À l’aide d’une petite cuillère en bois, il dépose environ deux cuillères à thé de feuilles de wulong à l’intérieur de la minuscule théière.

Il verse ensuite de l’eau chaude dans la théière jusqu’à ce qu'elle déborde.

C'est à ce moment que le thé absorbe l'eau. Les rouleaux de feuilles sèches se détendent et laissent dégager leurs plus beaux atouts.

« Maintenant, sens le thé », me dit-il.

Ça sent la terre humide.

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Lors du gong fu cha, M. Desharnais prend le temps de sentir le thé.  | Photo : Radio-Canada / Allison Van Rassel

Ensuite je me ferme les yeux. L’odeur d’une marche en forêt un matin d’automne envahit mon esprit.

Me vient ensuite un baume de sucre grillé, suivi d'une odeur de feuilles vertes torréfiées.

Mes sens sont complètement éveillés.

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Cette étape permet à l’oxygène dans l’air de se mélanger au thé afin que les molécules aromatiques du thé s’expriment encore plus.  | Photo : Radio-Canada / Allison Van Rassel

Le rituel se poursuit. La deuxième tasse doit être déposée sur la première. Il faut ensuite renverser prudemment les deux tasses, pour vider le thé dans la tasse qui servira à boire.

Cette étape permet à l’oxygène dans l’air de se mélanger au thé afin que les molécules aromatiques du thé s’expriment encore plus.

Je porte la tasse vidée de son thé à mon nez. Soudainement, un frisson de pur plaisir traverse le haut de mon corps et sur mes avant-bras se dessine les marques de la chair de poule.

Chaque inspiration offre une expérience olfactive différente : sucre d’avoine grillée et même... l'odeur d'une tarte aux pommes qui sort du four.

Je nomme ça mon moment eurêka, parce que j'ai trouvé pourquoi le thé est si particulier.

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Lors du gong fu cha, les feuilles de thé sont infusées plusieurs fois.  | Photo : Radio-Canada / Allison Van Rassel

Ce moment, Jasmin Desharnais l’a vécu à Paris en 2000 à la Maison des trois thés en compagnie de Maître Tseng, une sommelière en thé de renommée mondiale.

Ce fut pour moi la révélation du siècle. C’est là que j’ai pris conscience que le thé de terroir est ce que je voulais faire. Lors de chaque infusion, je constatais que de montagne en montagne, les goûts étaient différents.

Jasmin Desharnais, copropriétaire de la Maison de thé Camellia Sinensis

Attablée au bord de la fenêtre de la boutique Camellia Sinensis, en plein cœur du quartier Saint-Roch, je crois que le gong fu cha m’a permis de m’évader dans la nature de la campagne chinoise.

« C’est un acte à la fois social et stimulant pour les Chinois de boire le thé, explique Jasmin Desharnais. Ils se rencontrent et prennent le temps de jaser de leur thé. Ils jasent de l’histoire du thé et de sa géographie. »  | Photo : Radio-Canada / Allison Van Rassel