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Nouvelles - Jeux paralympiques

Chronique

L’envers de la médaille

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Le président du Comité international paralympique, Andrew Parsons, s'adresse à la foule pendant la cérémonie de clôture des Jeux de Pékin.

Photo : Getty Images / Ryan Pierse

Camille Chai

PÉKIN - Si les Jeux paralympiques, qui viennent de se terminer, sont adaptés pour les athlètes, on a encore du chemin à faire pour les spectateurs et les représentants des médias sur le terrain.

Camille Chai est championne panaméricaine en escrime paralympique et conférencière. Elle était coanimatrice pour Radio-Canada avec Jean St-Onge aux Jeux paralympiques de Pékin.

Même si je possède une expérience variée en animation, ma collaboration au sein de cette grande famille n’est pas sans surprises. J’apprends beaucoup sur le terrain.

Heureusement, je peux compter sur l’aide bienveillante de mes collègues. Je suis amputée congénitale du bras et de la jambe gauches. Mais leur aide a quelques fois des limites! Voici quelques exemples.

Dès mon arrivée à l’hôtel à Pékin, je fais la demande pour avoir une chambre adaptée. Quand on est unijambiste et manchot, il faut chercher les moyens de se simplifier la vie. Enjamber un bain sur une seule jambe n’est pas sans risque. Je ne pense pas avoir besoin de vous faire un dessin.

Lors de ma demande, les employés se consultent et me demandent de patienter.

Quelques minutes plus tard, ça frappe à ma porte. On me tend un adaptateur électrique, très heureux d’avoir pu répondre à ma demande. Faute d’avoir une chambre adaptée, je peux maintenant connecter mes appareils en toute sécurité!

Ménageons nos transports

Les déplacements sont fréquents sur les sites de compétition, et je ressens rapidement le besoin de marcher avec une canne. Avec l’aide de mon équipe, on fait la demande au comptoir technique du centre des médias.

Ils ont vraiment travaillé fort.

De la marchette aux béquilles en passant par une canne à quatre pattes de plusieurs kilos, tout y est passé. L’éventail d’aides techniques proposées n'était pas très fonctionnel pour quelqu'un qui n'a qu'une seule main!

Trois jours. C’est ce qu’ils ont pris pour me trouver une simple canne.

Pour nous rendre à la montagne, dans le secteur de Yanqing, en partant de la ville de Pékin, il nous fallait passer à travers plusieurs étapes : un taxi, un train, deux autobus et trois gondoles. Et il faut revenir!

Au total, sept heures de déplacement, avec 14 embarquements et débarquements. Heureusement, je n’avais qu’une canne et non un fauteuil roulant.

L’expédition à la salle de bain

Au jour 3, du haut de la montagne de Zhangjiakou, l’air est frais, agréable, et le ciel est bleu, ce qui n’est pas chose courante à Pékin.

Les épreuves de parasurf des neiges se déroulent sous mes yeux ébahis.

Soudainement, une envie naturelle me prend. Direction la petite cabine mixte, qui me réservera bien des surprises, et du fil à retordre, ce qui est peu dire.

Le lieu est exigu. Les murs sont à quelques centimètres à peine de chaque côté et il n’y a guère plus d’espace entre la toilette et la porte.

Vous savez, il y a des raisons pour lesquelles les toilettes adaptées sont plus grandes que les toilettes régulières. Imaginez-vous en fauteuil roulant ou avec une seule main pour enlever votre manteau. Ça prend un peu d’espace…

Je remarque un crochet placé près de la toilette. J’y accroche mon sac et je tente de lancer mon manteau en haut de la porte, qui est un peu trop haute pour accomplir cet exploit du premier coup.

Ma vie étant ponctuée de surprises et d'adaptations, je tente tant bien que mal d’enlever à une main les bretelles de mon pantalon de ski. Encore une fois, l’espace restreint ne me facilite pas la tâche.

Je prends ensuite le papier hygiénique, qui est simplement placé sur la tablette derrière moi. Malheur! Il tombe au sol et devient vite imbibé des restes des nombreuses autres personnes qui sont passées avant moi.

Mes collègues riront avec moi malgré tout de cette mésaventure, découvrant mon monde, notre monde à nous, personnes handicapées.

Pour une accessibilité universelle

Est-ce que, contrairement aux gens des médias, les athlètes paralympiques avaient des installations adaptées à leur condition?

Je l’espère, mais j’ai pu constater qu’il reste beaucoup de chemin à parcourir vers une adaptation des lieux de travail pour les gens des médias avec des handicaps.

Il reste deux ans avant les prochains Jeux paralympiques d’été, à Paris, et quatre ans avant ceux d’hiver, à Milan.

Est-ce que les fédérations et comités organisateurs des Jeux se pencheront sur la question de l’accessibilité universelle, autant pour les athlètes que pour les médias?

L’architecture des lieux, les moyens de communiquer et d’afficher les informations, les services et la sensibilisation du personnel doivent être réfléchis et mis en place en amont.

Vont-ils aller à la source et consulter des personnes handicapées? Des conseils concrets sur les lieux ou un sondage me semblent être un bon point de départ.

Je serais même prête à leur donner un coup de main… de ma main droite, évidemment!

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Camille Chai avec le président du Comité paralympique canadien (CPC), Marc André Fabien, à la cérémonie de clôture des Jeux de Pékin

Photo : Camille Chai

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