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Nouvelles - Jeux paralympiques

Chronique

Les Jeux paralympiques en Chine ou l’avantage du wù

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La Chinoise Yang Hongqiong a remporté une médaille d'or dans la catégorie assise en ski de fond aux Jeux paralympiques de Pékin.

Photo : Getty Images / AFP/LILLIAN SUWANRUMPHA

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Jean-Patrick Balleux

ZHANGJIAKOU, Chine – Le wù est un mot chinois. Il désigne la maison, le chez-soi, l'intérieur. Après sept jours de compétitions sur un total de neuf, le pays hôte domine le tableau des Jeux paralympiques de Pékin avec 47 médailles. Entre stupéfaction et rationalité, les experts se demandent si l’avantage d'organiser les Jeux à domicile peut expliquer entièrement le succès chinois.

L’empire du Milieu passe ainsi d’une seule médaille paralympique gagnée aux Jeux d’hiver (l’or en curling en 2018) à 47 médailles alors qu'il reste encore deux jours de compétitions. Notre expert maison en sports paralympiques, Benoît Huot, était déjà prêt à manifester sur le pont Jacques-Cartier après les deux premiers jours de sino-succès aux Jeux à Pékin. Je n’ose même pas imaginer comment il se sent aujourd’hui.

Il faut savoir que la Chine a lancé son programme de sports paralympiques d’hiver en 2017. Avec plus de 80 millions de personnes qui ont un handicap dans le pays, le bassin d’athlètes potentiels est énorme. Il suffit de les trouver et de leur donner envie d’exceller dans des sports d’hiver.

En décrochant l’organisation des Jeux olympiques et paralympiques d’hiver, la Chine a promis que 300 millions de ses citoyens se lanceraient dans le ski de fond et dans le ski alpin du jour au lendemain. Cinq ans plus tard, le pays est déjà en train de larguer des puissances en sports d’hiver paralympiques comme l’Ukraine et le Canada. Compte tenu de l’absence des Russes à Pékin, qui sont généralement très forts, le contraste est encore plus marqué.

J’ai abordé cette question avec nos para-athlètes présents à Zhangjiakou. Tous, sans exception, ne sont pas surpris des succès des Chinois.

En raison de la pandémie, cela fait maintenant deux ans que nous n’avons pas croisé les Chinois dans les compétitions internationales. On ne les connaît pas, on ne sait pas comment ils réagissent en course et dans quelles conditions ils sont à leur meilleur, dit Collin Cameron, un Ontarien déjà médaillé deux fois ici, aux Jeux de Pékin.

Christina Picton, Derek Zaplotinsly et les autres parafondeurs canadiens nous ont tous répété à peu près la même chose.

Premièrement, il y a l’aspect pays hôte. Cinq des sept derniers pays à avoir organisé les Jeux paralympiques d’hiver ont dominé leurs rivaux sur leur propre terrain. Des millions de dollars ont été consacrés aux préparatifs des représentants chinois. Normal : la Chine répète en quelque sorte ce que le Canada a fait avant les Jeux paralympiques de Vancouver, en 2010.

Les parafondeurs chinois connaissent les parcours par cœur ici. Avec la pandémie, ils ont été les seuls à pouvoir s’entraîner autant sur la neige artificielle et légèrement naturelle des montagnes situées au nord de Pékin. Les athlètes locaux maîtrisent chaque mètre du parcours. Quant aux farteurs chinois, ils connaissent la neige et savent quoi étendre sous les skis pour maximiser les performances des leurs.

Après six jours en parabiathlon, la Chine a placé un ou deux athlètes sur le podium dans 7 des 14 épreuves disputées. En paraski de fond, nous avons eu cinq doublés jusqu’ici. Aucun pays n’avait jamais réussi pareille progression dans ce sport.

Plus d'installations = plus d’athlètes

Deuxièmement, il y a ce qu’on peut appeler l’aspect Fields of Dreams. Si vous le construisez, ils viendront, disait-on dans ce film célèbre. Il y a 20 ans, en Chine, l’industrie du ski était quasi inexistante. Entre 1996 et 2016, ce pays est passé de six stations de ski alpin à 568. Au Québec, c’est comme si on passait de 80 stations à 6626 en 20 ans.

C’est particulièrement marquant à Zhangjiakou, où les épreuves paralympiques sont disputées. Tout est neuf. Dans la vallée, partout où nous posons le regard, on voit des pistes, des remonte-pentes et des hôtels neufs. Des millions d’arbres ont même été plantés sur ce qui devait être jadis des montagnes rocheuses rouges stériles. C’est bien simple, j’ai compté 12 centres de ski. C'est comme si le domaine skiable des Laurentides avait été construit en 10 ans.

Pour l’instant, ces stations sont vides pour la plupart, car elles se situent dans la bulle paralympique, où le public ne peut pas se rendre. Mais lorsque la classe moyenne chinoise y aura accès, l’hiver prochain, Eileen Gu n’a qu’à bien se tenir : il y aura de la relève!

Maintenant, que peuvent faire les autres nations pour rivaliser avec ce tsunami qui balaie les podiums paralympiques cette année? Investir. Accompagner les athlètes canadiens le mieux possible avec des entraîneurs qualifiés, du personnel d’encadrement comme des farteurs, des nutritionnistes et des psychologues sportifs renommés. Ça coûte cher, mais dans le monde du sport, souvent, le succès amène le succès.

Si le mot signifie maison en chinois, il a aussi une autre définition : la route vers le paradis. Aux Jeux paralympiques de Pékin, nul doute que la Chine roule sur une autoroute vers le succès.

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