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Nouvelles - Jeux paralympiques

Chronique

La Chine, la guerre et le sifflet d’Andrew Parsons

Le Comité international paralympique attend toujours des explications de la Chine après la censure dont a été victime son président lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux de Pékin.

Andrew Parsons est debout, entouré de dignitaires chinois qui sont restés assis, y compris le président.

Le président du Comité international paralympique, Andrew Parsons

Photo : Reuters / ALY SONG

Si les dirigeants du Comité international olympique (CIO) et du Comité international paralympique (CIP) n’ont pas déjà saisi le message que leur a servi le gouvernement chinois vendredi dernier, ils ne le comprendront jamais.

Les cérémonies d’ouverture des Jeux paralympiques de Pékin nous ont permis d’assister en direct, mais sans le savoir, à un moment criant de vérité pour les dirigeants des grandes organisations sportives internationales.

Après avoir flirté pendant des décennies avec des régimes autoritaires et des gouvernements qui affichent d’affreux bilans en matière de droits de la personne, le mouvement olympique/paralympique a une fois de plus constaté tout le mépris que son aveuglement volontaire et ses politiques conciliantes lui ont rapporté.

Imaginez un peu : au début du mois de février, Vladimir Poutine, membre de l’Ordre olympique, se pavanait tout près de la tribune d’honneur aux cérémonies d’ouverture des Jeux de Pékin. Pendant ce temps, ses troupes se rassemblaient aux frontières de l’Ukraine et se préparaient à envahir ce pays démocratique.

Poutine se trouvait dans le stade en personne quand Thomas Bach a rappelé que la traditionnelle trêve olympique venait une fois de plus d’être adoptée par l’Organisation des Nations unies (ONU) et qu’il fallait la respecter. S’adressant presque directement à Poutine, le président du CIO avait même lancé ceci : Donnez une chance à la paix.

Bach a lancé ce message à quelques mètres de son hôte, le président chinois Xi Jinping, dont le gouvernement se livre notamment à un génocide auprès de sa minorité ouïgoure.


On connaît la suite. Les Jeux olympiques étaient à peine terminés que Poutine envahissait l’Ukraine et se mettait à détruire des ville entières et à bombarder des groupes de civils. Grand ami du CIO malgré le repoussant système de dopage soutenu par l’État russe durant les Jeux de Sotchi, Poutine constitue désormais la plus grande menace envers la paix mondiale.

Tant bien que mal, le CIO a tenté de se dissocier de Poutine. On a essayé de remettre le dentifrice dans le tube en lui retirant sa décoration de l’Ordre olympique et en demandant à toutes les fédérations internationales d’annuler leurs compétitions prévues en territoire russe. Puis, le lendemain, le CIO est revenu à la charge en demandant que les athlètes russes et bélarusses soient écartés de toutes les compétitions internationales.

À Pékin mercredi dernier, deux jours avant l’ouverture des Jeux paralympiques, le président du CIP, Andrew Parsons, a d’abord opté pour l’à-plat-ventrisme. Il a annoncé que les athlètes russes et bélarusses allaient pouvoir participer aux Jeux, mais à condition de le faire sous les couleurs du drapeau paralympique.

Il faudrait organiser une assemblée générale pour suspendre les délégations de ces deux pays. Et nos statuts et règlements exigent un préavis de six mois avant de convoquer une assemblée générale, a expliqué Andrew Parsons, penaud.

Cette position a suscité de l’indignation dans le monde entier. Il a fallu qu’un grand nombre d’athlètes et de pays menacent de boycotter les Jeux pour que Parsons se représente au micro le lendemain, à la veille des cérémonies d’ouverture, pour annoncer que, finalement, la Russie et le Bélarus n’étaient pas les bienvenus.


Quand est venu le temps de faire son discours lors des cérémonies, Andrew Parsons était galvanisé. Ce n’est pas tous les jours qu’on donne le coup d’envoi à une manifestation sportive internationale au cœur d’un pays totalitaire dont un des plus fidèles alliés, de surcroît, vient de déclencher une guerre.

Le président du CIP a donc profité de sa tribune mondiale pour y aller d’un vibrant plaidoyer en faveur de la paix. Ce n’était pas très risqué, me direz-vous. La paix, c’est un peu comme la maternité et la tarte aux pommes : personne ne peut être contre.

Un homme en veston-cravate lève les poings en l'air.

Le président du Comité international paralympique, Andrew Parsons

Photo : AP / Shuji Kajiyama

Sans les nommer, M. Parsons s’en est donc pris à la Russie et au Bélarus en réitérant que la trêve olympique/paralympique aurait dû être respectée. Il s’est dit horrifié par le déclenchement de la guerre et a déclaré que le 21e siècle est l’époque du dialogue et de la diplomatie et non celle de la guerre et de la haine.

Visiblement touché par la situation mondiale, Andrew Parsons a même terminé son discours en criant le mot paix.

Et c’est là qu’on a appris, une fois de plus, à quel point les dictateurs de ce monde n’ont rien à faire des états d’âme ou des idéaux préconisés par le président du CIP ou par ses collègues des grandes organisations sportives internationales.


En fait, les Chinois n’ont jamais entendu le discours pacifique d’Andrew Parsons parce que le réseau de télévision CCTV, contrôlé par l’État, lui a discrètement coupé le sifflet.

Le traducteur de CCTV n’a pas traduit la partie du discours qui condamnait le déclenchement de la guerre. Ça n’a pas été plus compliqué que cela.

Le quotidien Japan Today a par ailleurs rapporté que le diffuseur semblait avoir baissé le volume durant le discours d’Andrew Parsons, un peu comme on le fait pour atténuer un bruit dérangeant.

Les dirigeants du CIP ont rapidement été mis au fait de la censure dont le président Parsons avait fait l’objet. Outrés, ils ont demandé des explications aux dirigeants du réseau.

Vingt-quatre heures plus tard, disaient-ils, on ne leur avait toujours pas répondu.

Pourtant, elle coule de source, cette réponse.

Les dictateurs que fréquentent les dirigeants du CIO, du CIP, de la FIFA ou de la F1 n’ont rien à cirer des idéaux sportifs. Et ils n’ont pas l’intention de se laisser contaminer par les valeurs que véhicule (de moins en moins bien, il faut le dire) le sport. 

Au contraire, ils se servent du sport pour faire de la propagande et pour diffuser leur message à eux.

Le sport est censé être un univers au sein duquel des humains provenant de tous les coins de la planète se retrouvent pour partager des valeurs communes comme la fraternité humaine, le dialogue, le dépassement de soi, le respect des règles et des adversaires, etc.

Au bout du compte, si vous faites du sport ou si vous organisez des activités sportives avec des gens auprès desquels vous ne pouvez même pas établir des dénominateurs communs aussi élémentaires, vous êtes totalement dans le champ.

Le monde a considérablement changé depuis deux semaines. Par la bande, le monde du sport subit lui aussi une cassure sans précédent. Dans un cas comme dans l’autre, plus rien ne sera comme avant.

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