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Nouvelles - Jeux Paralympiques

Une étoile en devenir de l'escrime canadien en fauteuil roulant à la retraite... à 28 ans

Elle est assise sur une chaise.

Camille Chai a pris sa retraite de l'escrime en fauteuil roulant à l'âge de 28 ans.

Photo : Gracieuseté : Chantale Lecours

Camille Chai était perçue comme une vedette montante de l’escrime paralympique canadien il y a une trentaine de mois à peine. Faute d'appui sous diverses formes, la Québécoise est désormais une jeune retraitée de son sport.

Chai était la partenaire d’entraînement de Sylvie Morel, une fleurettiste de 64 ans qui a tout récemment représenté le Canada aux Jeux paralympiques de Tokyo.

Quand je suis arrivée, et que j'ai vu Sylvie [Morel], Pierre [Mainville] et Matthieu [Hébert], j'ai bien constaté que la nouvelle génération, c’était moi, mentionne celle qui est désormais conférencière et animatrice.

Ryan [Rousell] n’était pas encore là. Je savais que quelques athlètes plus jeunes étaient passés avant moi, mais qu'ils n’ont pas duré. Je me disais, il y a un problème quelque part.

Une citation de :Camille Chai, ex-escrimeuse en fauteuil roulant

L'ancienne para-athlète a rapidement compris que les obstacles étaient nombreux pour celles et ceux qui aspirent au rêve paralympique en escrime en fauteuil roulant. Et elle n’a pas pu compter sur le soutien espéré de la part de sa fédération.

Honnêtement, je sentais un manque d’encadrement de la part de la fédération. Il y avait très peu de suivi. Je me sentais laissé à moi-même. L’entraîneur n’avait pas l’air formé pour travailler avec des athlètes paralympiques. Il semblait même désintéressé parfois, décrit Chai.

À cela s’ajoute l’enjeu financier, un fardeau qui touche l’ensemble du sport amateur, mais qui peut être encore plus dur à traîner dans le monde paralympique.

Certains surcoûts s’ajoutent en parasports. Un fauteuil roulant de compétition peut coûter entre 2000 et 3000 $. On débourse ça de nos poches, c’est le gros coût supplémentaire. Et à ça s’ajoutent les grandes compétitions, qui sont surtout en Asie et en Europe, rappelle Sylvie Morel.

Chai précise que l’escrime entraîne l’achat de nouveau matériel de manière récurrente et parfois inopinée, quelques semaines avant des compétitions. Ces achats imprévus s'accumulaient rapidement sur sa carte de crédit lorsqu'elle était une para-athlète.

Et dans tout ça, il faut penser à l’aspect logistique des transports, précise la jeune femme, double amputée à la jambe et au bras droit. L’escrime, ce n’est pas du badminton. Il y a du matériel à transporter, ce n’est pas facile avec une jambe et un bras en moins. Merci aux vétérans Matthieu [Hébert], Pierre [Mainville] et Sylvie [Morel], qui m’aidaient dans les déplacements.

Parce que malgré son handicap, Chai dit ne pas avoir pu compter sur une ressource quelconque pour l’aider dans ses périples à l’extérieur de la province.

Ça m’a frappé. À un moment donné, j’étais seule à l'aéroport, et je devais arrêter des gens dans le stationnement pour m’aider à transporter mon matériel.

Une citation de :Camille Chai, ex-escrimeuse en fauteuil roulant

Les gens me voyaient dans mon uniforme, ils me disaient : "Tu n'es pas Team Canada, toi? Il est où ton entraîneur? Tu n'as personne pour t’aider". Eh bien non.

Ce poids est devenu lourd à porter physiquement, psychologiquement et financièrement.

Elle est assise par terre avec un bras dans les airs.

Camille Chai à l'échauffement

Photo : Gracieuseté : Chantale Lecours

Quand je m'entraînais, je voulais une place de stationnement réservée et payée, pas loin de l'Institut national du sport du Québec pour pouvoir transporter mon matériel plus facilement. Mes demandes restaient lettre morte, jusqu’à ce que je dise à la fédération : je lâche. Là, ils ont dit : "C’est correct on va payer ton stationnement. Il était trop tard pour moi, se remémore-t-elle.

Chai a mis fin à sa carrière lorsqu'elle était au sommet. À 28 ans, elle était l'un des plus beaux espoirs de la fédération nationale d'escrime. Comment ont-ils pu la laisser filer, sachant que leur noyau d’athlètes était aussi vieillissant? Une question qui laisse la principale concernée sans réponse.

Je ne sais pas. C’est pour ça que je te réponds avec un nœud dans la gorge aujourd’hui. Ça me fait mal au cœur quand j’y pense parce que dans un autre univers, je serais à Tokyo aujourd’hui, avec Sylvie et les autres, déclare la Québécoise.

À la fédération, le directeur administratif actuel, David Howes, n’était pas en poste lors du départ de Chai. Il est toutefois conscient des lacunes au sein de l’organisation.

Je ne pense pas que les gens dans notre sport aient fait un effort conscient pour recruter des para-escrimeurs potentiels, admet-il. Évidemment, on n’aime pas voir des personnes ayant du potentiel quitter le sport.

Son équipe et lui en sont actuellement à développer un cheminement d’athlète pour l’escrime en fauteuil roulant. Ils souhaitent aussi améliorer la formation pour les entraîneurs spécialisés en para-escrime.

Les défis seront nombreux à relever afin de regarnir la banque d’espoirs de la fédération.

Elle est assise parmi son équipement d'escrime.

Camille Chai a dû transporter son matériel toute seule pendant ses années d'escrimeuse.

Photo : Gracieuseté : Camille Chai

Simplement s’initier à l’escrime en fauteuil roulant peut représenter une forme d’engagement qui effraie certaines personnes, explique Morel.

Notre système actuel ne laisse pas de place pour le loisir ou le récréatif. Quand tu t’embarques au Canada, tes premières compétitions sont à l’international. Il n’y a aucune préparation provinciale ou même aux États-Unis. C’est boum, va tirer contre des championnes du monde!

Une citation de :Sylvie Morel, escrimeuse en fauteuil roulant

Un cercle vicieux que Morel aimerait aider à briser, une fois son épée accrochée pour de bon.

Il y a matière à développer des programmes au Canada. Il y a moyen de faire quelque chose. J’en ai déjà parlé par le passé. C’est quelque chose que je ne vais pas négliger une fois à la retraite, assure-t-elle.

La fédération envisage aussi d’intégrer le volet para-escrime à l’intérieur des entraînements afin de faire grandir le sport.

En attendant, peut-être que la présence aux Jeux paralympiques de Tokyo de Morel et de ses compatriotes suffira à donner le goût à de jeunes femmes et à de jeunes hommes de s’initier à l’escrime.

Et c'est notamment pour cela que Morel poursuit le combat.

Elle est en face de son adversaire.

Camille Chai a participé à des compétitions sur la scène internationale pendant plusieurs années.

Photo : Enya Bird Productions

Howes et Chai sont unanimes sur ce point, la présence de vétérans comme Sylvie Morel, Matthieu Hébert et Pierre Mainville sur la grande scène, à leur âge, ne peut être que bénéfique.

On a besoin de nos vétérans comme Sylvie [Morel], Pierre [Mainville] et Matthieu [Hébert] pour recruter des gens, et peut-être aussi pour les entraîner, avance Howes.

Voir à leur âge, où ils sont rendus, ça montre que c’est possible de tenir bon et qu’il n’est pas trop tard pour se mettre au sport. C’est hyper encourageant, indique Chai.

Ça peut carrément inspirer une relève. Il ne reste qu’eux. Et ça me rappelle comment ce sport m’a appris beaucoup sur le plan personnel, sportif. Si la fédération avait mis en place une structure, une partie de moi se dit que… mon cœur est encore là, il devrait être à Tokyo. Je ne dis pas que je ferai rien dans le futur, il faut faire briller ce sport. Mais j’ai besoin d’aide.

Une citation de :Camille Chai, ex-escrimeuse en fauteuil roulant

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