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Le chandail autographié qui s’est transformé en bouée

« Je le lavais avec les plus grandes précautions. Et évidemment, pas de sécheuse! Je le rangeais parfois, mais je le ressortais quand revenaient des périodes plus difficiles, plus incertaines. Et Dieu sait qu’il y en a eu. Ce simple chandail est devenu ma bouée. »

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Signé par Jo Anne Ricard

L’auteure est une survivante du cancer du sein et grande amoureuse de Jeux olympiques, particulièrement de hockey.

[MISE À JOUR] L'équipe canadienne de hockey féminin a finalement remporté la médaille d'or aux Jeux olympiques de Pékin.

C’est l’histoire d’un simple chandail rose. Un chandail qui se trouve encore là, devant mes yeux, au moment où je vous parle. D’ailleurs, faudrait bien que je me décide à le faire encadrer.

C’est aussi l’histoire d’une journée bien spéciale. Un jour qui allait avoir un impact immense sur ma vie.

Un peu plus d’un an plus tôt, le 18 août 2009, à 46 ans, j’avais appris que j’étais atteinte du cancer du sein. Le mois suivant, je subissais une mastectomie partielle du sein droit et j’amorçais une longue, très longue série d’éprouvants traitements de toutes sortes qui allait s’étendre sur des années.

Mais cette fameuse journée spéciale dont je veux vous parler, c’est celle du 3 octobre 2010. Jamais je ne l’oublierai.

De mon chez-moi à Louiseville, en Mauricie, je m’apprêtais à partir pour le parc Maisonneuve, à Montréal, pour participer à la Course à la vie CIBC, un événement qui se tient chaque année et qui vise à amasser des fonds pour les femmes atteintes du cancer du sein. Sur le chemin, je suis arrêtée chez une grande amie à moi, comme je le fais toujours.

J’avais entendu dire que certaines joueuses de l’équipe canadienne féminine de hockey, qui avait remporté la médaille d’or dix mois plus tôt à Vancouver, allaient être présentes à la marche. Caroline Ouellette y allait en appui à l’une de ses tantes et avait convaincu des coéquipières de l’accompagner.

Il faut que vous sachiez que je suis une fan de hockey (des Bruins, pas du Canadien!), mais une grande fan des Jeux olympiques aussi. Donc, une grande, très grande fan de nos équipes nationales, masculine et féminine. Jeune, j’étais aussi une grande sportive, du vélo à la balle en passant par le ski.

Je ne suis pas groupie pour deux sous dans la vie, mais j’ai dit à mon amie : Ça aurait été cool d’avoir un autographe.

Mon amie m'a aussitôt tendu un crayon et m’a répondu : Voyons Jo Anne. Demande à ton guide.

Elle faisait référence à mon guide spirituel. À chacun ses croyances.

Je suis arrivée sur place. Comme chaque année, l’endroit était bondé. Des milliers de personnes s’étaient donné rendez-vous. J’ai aussitôt oublié l’idée de pouvoir même entrevoir l’une des joueuses.

Le départ est finalement donné.

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Jo Anne Ricard avec, en arrière-plan, Kim St-Pierre en octobre 2010 au parc Maisonneuve

Photo : Gracieuseté : Jo Anne Ricard

Je n’ai pas 10 pas de faits quand, tout juste devant moi, un peu sur le côté, se tient Kim St-Pierre. LA Kim St-Pierre, grande gardienne de but de l’équipe nationale. Sans quiconque autour d'elle. Comme par magie.

Je m’approche et je lui demande doucement si elle voudrait signer mon chandail. Avec plaisir, mais je n’ai pas de crayon! Je lui tends immédiatement le mien. Elle signe.

J’étais déjà satisfaite. Wow! Une signature.

Je reprends ma marche et je rejoins la fin du parcours, où a été monté un kiosque où l’on remet jus et collations. J’y achète quelques trucs quand j’aperçois, tout juste à côté, un petit groupe de femmes qui parlent… et je reconnais Caroline Ouellette. Oui, c’est Caroline, avec quelques autres joueuses, mais sans personne autour d’elles. Comme par miracle, encore une fois, à cet instant, elles sont seules.

Je m’approche lentement, je touche le bras de Caroline et je lui demande si elle veut signer mon chandail. Elle accepte avec le sourire et me lance, lorsque je me retourne pour partir : Aimerais-tu que les autres signent aussi?

Je suis rentrée chez moi, ce soir-là, incrédule face à ce qui venait de se produire. Parmi ces milliers de personnes, j’avais réussi à tomber sur vous toutes et à revenir chez moi avec les autographes de Caroline Ouellette, de Kim St-Pierre, de Marie-Philip Poulin et d’autres championnes olympiques.

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Caroline Ouellette avant le début de la finale de hockey féminin des Jeux olympiques de Sotchi

Photo : Getty Images / Harry How

Dans les mois et les années qui ont suivi, j’ai passé des périodes extrêmement difficiles. J’ai subi toutes les sortes de traitement, chimiothérapie, radiothérapie, tout ce qui peut exister pour soigner le cancer. Certains bouts ont été réellement très pénibles à traverser. Au point où même, parfois, j’ai été tentée par l’idée d’abandonner.

Pour tenir le coup, j’avais besoin d’aide. Une aide qui s’est incarnée, pour moi, en deux objets.

D’abord, la jaquette de ma mère, décédée sept ans plus tôt. Cette jaquette dans laquelle je la revois dans mes plus beaux souvenirs d'elle.

Aussi, le fameux chandail rose autographié.

Je les ai placés tous les deux sous mon oreiller.

Souvent, pendant les périodes tough, je prenais le chandail et je le serrais contre moi. Je me disais que ces filles-là aussi, pour devenir championnes, avaient dû passer des moments difficiles. Imaginez, ce sont des athlètes olympiques, des championnes du monde. Leur corps était constamment testé, meurtri, bousculé, abîmé. Leur force, leur ténacité et leur volonté aussi étaient souvent mises à l’épreuve, sur de longues périodes.

Mais elles avaient tenu le coup et y étaient arrivées. Malgré tout, malgré la douleur, le sexisme, la compétition, les déceptions, elles étaient allées la chercher, leur médaille. Cette route-là n’avait pas été facile pour elle. Ma route n’était pas facile pour moi non plus.

Je le lavais avec les plus grandes précautions. Et évidemment, pas de sécheuse!

Je le rangeais parfois, mais je le ressortais quand revenaient des périodes plus difficiles, plus incertaines. Et Dieu sait qu’il y en a eu.

Ce simple chandail est devenu ma bouée.

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Les joueuses de l'équipe canadienne avant le début de leur match contre la Suède en quart de finale des Jeux olympiques de Pékin

Photo : ANTHONY WALLACE/AFP via Getty Images

Il y a quelques jours, j’ai commenté une publication de Caroline Ouellette sur Facebook. Juste comme ça, parce que j’étais d’accord avec son propos, sans rien attendre en retour.

Le lendemain matin, un message m’attendait. Caroline m’avait répondu. On a commencé à échanger et comme ça, 12 ans plus tard, je lui ai raconté mon 3 octobre 2010 au parc Maisonneuve. L’histoire du chandail et, surtout, de l’impact qu’il a eu par la suite sur ma vie.

Elle a été touchée et honnêtement, ça m'a surprise. Mais en y repensant, je me suis souvenu de messages que j’avais moi-même reçus dans le passé de la part de femmes atteintes du cancer et qui me disaient que mes publications les aidaient, les calmaient ou leur donnaient confiance.

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Jo Anne Ricard et son chandail autographié

Photo : Gracieuseté : Jo Anne Ricard

J'ai alors réalisé que parfois, dans la vie, on ne réalise pas du tout l’impact de petits gestes que nous posons et qui peuvent même nous paraître anodins.

Alors pour moi, ce texte est une façon, 12 ans plus tard, de retourner l’ascenseur à Caroline, à Kim, à Marie-Philip et aux autres. Le chandail, dans mes moments les plus difficiles, je l’ai serré fort contre moi. Il a même sûrement essuyé quelques larmes aussi.

Mais sachez qu’il m’a aidée à tenir le coup.

On ne sait pas de quoi sera fait l’avenir, je tente de ne pas trop m’en faire avec ça d’ailleurs. Ça ne donne rien : je sais qu’on peut se coucher le soir en pleine santé et, le lendemain, avoir le cancer et voir ses plans anéantis. Je le sais, je l'ai vécu.

Mais ce que je sais aussi, c’est que vous m’avez aidée.

Alors même si j’ai commencé à regarder cette équipe à l’époque des Goyette, des Wickenheiser, puis que j’ai continué avec les Ouellette, St-Pierre et compagnie, sachez les filles que je serai devant ma télé ce soir pour regarder la finale, que je ne manquerais ça pour rien au monde, que je sauterai à chacun de vos buts et que je pleurerai sûrement quand vous gagnerez l’or.

Et vous pouvez être certaines que le chandail rose ne sera pas loin.

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Quelques joueuses de l'équipe canadienne lors de sa victoire en finale aux Jeux olympiques de Sotchi, en février 2014

Photo : Getty Images / Doug Pensinger

Propos recueillis par François Foisy

Image d'entête par Bruce Bennett/Getty Images et photo fournie par Jo Anne Ricard