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On est avec toi Marie-Michèle!

« On sera devant la télévision pour t’encourager en se répétant de ne pas s’énerver. Tu sais ce que tu fais, tu as de l’expérience et on sait que tu l’adores, ce sentiment. Celui qui t’habite quand, sur tes skis, tu atteins des vitesses qui dépassent la limite permise en voiture sur l’autoroute! »

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Signé par Marie-Luce Giguère et Daniel Gagnon

Les auteurs sont les parents de la skieuse Marie-Michèle Gagnon, qui participe aux Jeux olympiques de Pékin.

[MISE À JOUR] L'athlète québécoise s'est finalement classée 14e au super-G et 8e à la descente.

Probablement que tout le monde au mont Orignal se souvient de la petite Marie-Michèle Gagnon, 6 ans, qui sortait déjà du lot en compétition. Contrairement à d’autres, tu dévalais la piste sur des skis usagés qui avaient probablement servi à quatre, cinq ou six enfants avant toi et qui n’avaient plus vraiment de carres.

Malgré tout, tu gagnais! Les gens trouvaient ça vraiment drôle de te voir performer autant avec des skis qui avaient été prêtés d’un enfant à l’autre pendant plusieurs années. Tu avais vraiment du talent… et de la personnalité!

Quand tu décides de quelque chose, ce n’est pas long que tu t’y mettes!

Aujourd’hui, elle est bien loin cette époque. Tu es maintenant parmi les meilleures du monde. Tu dévales les pentes à plus de 130 km/h partout sur la planète avec ton fiancé Travis Ganong, qui court pour l’équipe américaine, aussi en ski alpin.

Il faut avoir les nerfs solides pour avoir une fille qui fait de la descente et du super-G.

En même temps, on sait très bien que si ce n’était pas du ski, ce serait le saut à l'élastique, le parachutisme... On ne sait pas quoi, mais c’est sûr que tu trouverais une autre façon de nous donner des cheveux blancs. Tu aimes tellement l’adrénaline. C’est comme ça qu’on l’aime notre Mimi.

Dans quelques heures, tu participeras à tes troisièmes Jeux olympiques. Cette fois, en raison de la pandémie, on sera devant la télévision pour t’encourager en se répétant de ne pas s’énerver. Tu sais ce que tu fais, tu as de l’expérience et on sait que tu l’adores, ce sentiment. Celui qui t’habite quand, sur tes skis, tu atteins des vitesses qui dépassent la limite permise en voiture sur l’autoroute!


On peut dire que tu as toujours été une petite boule d’énergie. Quand tu étais jeune, tu nous as fait vivre toutes sortes de choses. Disons qu’il ne fallait pas te perdre des yeux trop longtemps. Sinon, on savait qu’il y avait des objets qui allaient voler.

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Marie-Michèle Gagnon toute jeune

Photo : fournie par la famille Gagnon

On se souvient d’une situation cocasse à la caisse populaire du village. Il y avait une promotion pour les vacances, et ils avaient installé une petite piscine avec du sable pour l’occasion. Évidemment, c’était seulement une décoration.

Eh bien, le temps d’aller au guichet, on t’a retrouvée en train de nager dans la petite piscine, en maillot de bain.

Tu as toujours aimé nager. Notre voisine qui habite la maison derrière la nôtre nous a d’ailleurs raconté une autre histoire plutôt drôle dernièrement. Tu devais avoir 5 ans. Tu étais partie un matin, à notre insu, avec ta boîte à lunch remplie de collations et ton maillot de bain pour te rendre chez elle. Tu lui avais annoncé que tu arrivais pour te baigner toute la journée, que nous étions au courant. Évidemment, nous ne l’étions pas. Nous l'avons appris seulement il y a quelques semaines. Nous n’étions pas surpris.

Elle avait trouvé ça très drôle, elle aussi.

Disons que tu avais beaucoup d’énergie à dépenser. Si on te perdait de vue dans une boutique, c’était certain qu’on entendait un présentoir à linge tomber quelques minutes plus tard.

Déjà, quand tu étais jeune, tu nous en faisais vivre, des émotions!

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Marie-Michèle Gagnon

Photo : Alexis Boichard/Agence Zoom/Getty Images)

Nous sommes heureux de te voir vivre tes troisièmes Jeux olympiques, tes premiers dans les épreuves de vitesse que tu affectionnes tant. Nous aurions aimé vivre ce moment au bas des pistes avec toi, mais la pandémie en a décidé autrement.

Tu devais être aux Jeux de Pyeongchang il y a quatre ans, mais une blessure a mis fin à ta saison 2017-2018. C’était le 11 novembre lors d’une descente d’entraînement. Tu n’avais que quatre centièmes de seconde de retard sur la meneuse quand tu as chuté dans le dernier virage et tu as atterri dans le filet de sécurité.

Blessure ligamentaire au genou droit, dislocation de l’épaule gauche et chirurgie. Tu as dû faire une croix sur les Jeux.

Après ton opération à Calgary, nous t’avions ramenée à Lac-Etchemin pour ta convalescence. C’était beaucoup d’émotions. Après tout ce travail, c’est certain que la déception de rater les Jeux était énorme. Nous avons regardé les compétitions de ski alpin ensemble cette année-là, tu te souviens? C’était beau de te voir réussir à te réjouir pour les autres skieuses même si la douleur de ne pas être sur place était toujours vive.

Tu as réussi à y trouver du positif. C’était ton premier Noël à la maison depuis tellement d’années. Tu étais en souffrance, tu ne pouvais pas marcher sur ta jambe, mais tu en as tout de même profité à fond.

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Marie-Michèle Gagnon avec ses parents et son frère

Photo : Gracieuseté : la famille Gagnon

Tu t’es reprise pour faire des cadeaux à tout le monde et des cartes personnalisées. Tu as dû écouter au moins 50 films de Noël, tu as fait le sapin. C’était drôle de te voir aller et c’était beau de te voir profiter du moment, même si tu te remettais de ton opération.

Tu chantais des chansons de Noël à tue-tête dans la voiture. Tu me faisais tellement rire parce que c’est comme si tu reprenais tout le temps perdu, l’espace d’un temps des fêtes en famille.

Cette année, c’était encore mieux! Tu étais à nouveau avec nous à Noël, mais pas en raison d’une blessure. L’horaire des épreuves de vitesse, contrairement à celui des épreuves techniques, permet aux athlètes un petit congé pour la période des fêtes.

Comme tu étais sur tes deux jambes, on a pu patiner sur l’anneau de 10 km du lac Etchemin le soir à la lampe frontale, avec de la musique, et profiter des activités extérieures. C’était vraiment magique.

On va toujours se souvenir de ces belles journées et on pense que toi aussi. Tu nous as d'ailleurs dit, avant de retourner en Europe, que c’était ton plus beau Noël.


Tu as vraiment le caractère d’une skieuse de haut niveau. Tu es indépendante, perfectionniste, amoureuse de ton sport. Tu as toujours un projet en tête. Un peu comme quand tu étais petite, il n’y a pas moyen de t’arrêter.

Tu aimes à peu près tous les sports. Que ce soit pour le vélo de montagne, la natation, le tennis, le patin ou le basketball avec tes frères et sœurs, tu es toujours partante.

Ce qui est particulier aussi, c’est que tu adores t’entraîner. D’ailleurs, quand tu avais commencé à fréquenter Travis, il t’avait dit : On n’a pas besoin de s’entraîner autant, avec tout le sport qu’on fait!

Oh! que tu l’avais ramené sur terre. Non, non, l’entraînement physique est important. Il faut développer le haut du corps, le bas du corps. Tu vas suivre l’entraînement qu’on te donne.

Je pense qu’avec ta discipline hors pair, tu l’as aidé à améliorer ses performances grâce à l’entraînement en dehors du ski.

C’est aussi probablement pour ça que tu réussis à maintenir une carrière aussi longue et à rester parmi l’élite malgré les blessures. On t’a vue travailler pour te remettre de tes opérations à l’épaule gauche et au genou droit en 2018. C’était impressionnant.

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Marie-Michèele Gagnon au départ de la descente d'entraînement à Garmish Partenkirchen, en janvier 2022

Photo : Associated Press / Giovanni Maria Pizzato

Même si tu es une jeune femme très indépendante, on sait que tu adores ta famille. Bien sûr, on ne peut pas souvent aller aux compétitions pour te voir, mais nous sommes heureux de savoir que ton frère Raphaël est souvent à tes côtés. En tant que chiropraticien, il peut t’aider.

C’était beau de vous voir skier ensemble dans la poudreuse et vous détendre avant ton départ pour les Jeux. Malheureusement, il n’a pas pu te suivre en Chine lui non plus, étant donné les restrictions sanitaires. Il sera avec nous au Québec pour te regarder à la télévision.

Quand tu es en Europe, nous sommes heureux de savoir que tu es bien entourée. L’équipe canadienne a même des partisans autrichiens qui sont devenus de bons amis avec le temps. C’est drôle parce qu’ils sont vraiment maniaques de ski alpin et qu'ils sont les plus grands supporteurs du Canada!

Quand on leur a demandé pourquoi, ils nous ont dit que c’est parce que vous étiez sympathiques, accessibles et faciles d’approche. Ils vous trouvent le fun. Quand on est allés les visiter, ils nous ont montré leurs banderoles et leurs albums de photos. C’est drôle parce qu’ils encouragent vraiment juste les Canadiennes.

Nous avons aussi des amis français qui, eux, encouragent toutes les nations, mais nous tiennent au courant de ce qui se passe. Ils font des pancartes pour vous soutenir en bas des pistes. Ils nous appellent chaque fois que tu as une bonne descente. Ils sont là pour toi.

On est contents de savoir que tu es soutenue en Europe. Et être en contact avec tous ces gens nous permet d’être un peu sur place, en quelque sorte.

Tu as aussi un grand nombre d'admirateurs au Québec! Toute la communauté de Lac-Etchemin est derrière toi. Tout le monde a été tellement impressionné de voir ta descente de 5e place à Zauchensee, en Autriche, en janvier dernier. Ils ont pu voir à quel point tu étais rapide!

C’est beau de voir la communauté derrière toi, mais ça fait surtout chaud au cœur de te voir redonner au suivant. Chaque fois que tu peux, tu rends visite aux jeunes de l’équipe de compétition du mont Orignal. Tu as donné de vieux skins pour recueillir de l’argent pour eux, tu les soutiens le plus possible.

Tu n’as jamais oublié d'où tu viens.

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Marie-Michèle Gagnon aux côtés de ses neveux et nièces et de sa mère

Photo : Fournies par la famille Gagnon

Souvent, vous les athlètes, vous dites que vous n’avez pas d’attentes en vue d’une compétition, mais au fond, vous en avez. Tout le monde rêve, et c’est sûr que le rêve de toute jeune fille de ton niveau est de repartir des Jeux olympiques avec une médaille au cou. Généralement, parmi toutes les athlètes du circuit, il n’y en a que 15 ou 20 qui peuvent y aspirer.

Ce qui est exceptionnel, c’est que tu fais partie de ces femmes qui sont à surveiller. Tu en es à tes troisièmes JO. Tu comptes des tops 5 en Coupe du monde dans chacune des disciplines du ski alpin. Seulement une poignée d’athlètes peuvent en dire autant.

Toi, une petite fille du mont Orignal, originaire d’une famille de cinq enfants, qui a commencé les compétitions avec des skis usagés, tu fais partie de l’élite mondiale de ton sport. L’exploit, tu l’as déjà accompli.

Maintenant, on te souhaite de t’amuser. On te souhaite les descentes que tu espères, peu importe les classements.

Tu veux tellement. Tu es si perfectionniste. Parfois, on voudrait tant pouvoir enlever toute cette pression que tu te mets sur les épaules, mais on sait que ça fait souvent partie de vous, les athlètes. On a l’impression que tu es en confiance depuis que tu as fait le choix de te concentrer sur la vitesse. Et même si c’est stressant pour nous de te voir dévaler les pistes à 135 km/h, on sait que c’était la meilleure décision pour toi.

On aimerait tant être avec toi, au sommet de la piste olympique, avant que le départ soit donné. Mais au fond, on n'aurait pas grand-chose à te dire, Mimi. Juste ce qu'on t'a toujours dit tout au long de ces années : on t'aime, notre poulette d'amour!

Propos recueillis par Alexandra Piché

Photo d'entête par Christophe Pallot/Agence Zoom/Getty Images