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Il regarde en souriant la médaille d'or qui pend à son cou.

Mikaël Kingsbury - Mes Jeux de Pékin parfaits

« Je me souviens qu’en 2018, une heure avant de partir du village olympique, juste de penser à skier me faisait presque suer. Cette année, ce sera différent. »

Signé par Mikaël Kingsbury

L'auteur est skieur acrobatique, spécialiste des bosses.

À quelques semaines des Jeux olympiques de Pékin, il a accepté de jouer le jeu des prédictions. Il s'adresse ici une lettre à lui-même qui sera revue une fois ses performances terminées, à son retour au Canada. Un exercice auquel se sont livrés la plongeuse Meaghan Benfeito, le judoka Antoine Valois-Fortier et la canoéiste Laurence Vincent Lapointe pour les Jeux de Tokyo l'été dernier.

On est le 5 février 2022. Je suis en haut de la piste de bosses des Jeux olympiques de Pékin, mes troisièmes. Je m’apprête à m’élancer en finale pour une médaille. Je me sens prêt, serein.

Ma famille est au mont Saint-Sauveur pour me regarder dévaler la pente. Personne n’a pu faire le voyage en Chine cette année en raison de la pandémie. C’est correct, j’y étais préparé.

Le départ se fait entendre. Je fais la meilleure descente de ma vie. Le pointage est révélé et c’est sans équivoque. Je défends mon titre et je suis sacré champion olympique pour la deuxième fois de ma carrière.

Bon, on va pousser le jeu et rêver un peu. C’est sûr que si on me demande de décrire ma journée olympique parfaite, elle se termine avec deux de mes coéquipiers à mes côtés sur le podium. Imaginez la fin d'un conte de fées : un triplé canadien.


C’est certain que je vais me présenter à Pékin pour gagner. Ça n’a pas changé depuis les derniers Jeux. Je sais déjà que je ferai partie des favoris pour décrocher la médaille d’or.

Par contre, la pression ne sera pas aussi forte qu’elle l’était en 2018. À ce moment-là, l’or olympique était la seule chose qui manquait à mon palmarès. On m’en a TELLEMENT parlé, de cette fameuse médaille d’or. Je me suis mis énormément de pression sur les épaules.

Cette année, j’ai une bonne occasion de défendre mon titre et j’espère y arriver. Mais l’or, je l’ai déjà gagné une fois. Ça, on ne me l’enlèvera pas. Je vais rester champion olympique pour le reste de ma vie, peu importe le résultat de 2022.

J’ai l’impression que ça va être beaucoup moins stressant. Je veux aussi que ce le soit moins.

Ma première séance de qualification se tiendra avant la cérémonie d’ouverture. C’est sûr que la veille, je veux avoir de bons entraînements. Je veux me retrouver sur la ligne de départ, prêt.

Si j’ai à faire une deuxième qualification, ce ne sera pas la fin du monde. Je veux être en confiance et garder ça simple.

Je veux rendre les journées avant la course un peu plus l’fun qu’elles l’ont été à Pyeongchang. Pas que ce n’était pas bien là-bas, mais je veux ressentir moins de stress.

Un skieur acrobatique dévale une pente.

Mikaël Kingsbury aux Jeux de Pyeongchang

Photo : Getty Images / David Ramos

La veille de la finale, je vais jouer une petite partie de cartes avec mes coéquipiers.

C’est sûr que je vais être compétitif aux cartes. Je gagne souvent, mais les veilles de courses, on dirait que la chance est moins avec moi. En fait, je pense que j’aime ça être un peu moins bon aux cartes pour garder la chance de mon côté pour la course. Ha ha! Je blague… vous savez bien que je donne toujours mon maximum.

Ensuite, je vais m’installer tranquillement dans ma chambre et je vais écouter quelque chose sur Netflix. Rien en particulier… ce que j’ai envie de regarder sur le moment. La veille de la finale à Pyeongchang, j’avais regardé le film Snowden. Ça n’avait aucun lien avec les Jeux, c’était l’objectif. Je dois me coucher tard pour me lever le plus tard possible le lendemain matin.

Notre compétition est en soirée, alors j’aurais toute la journée à passer avant l’événement. Je vais probablement aller jouer au soccer ou au volleyball avec mes coéquipiers dans le village, faire les derniers préparatifs sur mon équipement. Je vais appeler mon père, ma mère et ma copine une dernière fois avant de partir pour la course.

J’espère que je serai serein. C’est plaisant de ne pas penser juste au ski. Aux Jeux olympiques, c’est facile de se faire prendre au jeu et de trop se concentrer là-dessus. Je sais que les journées avant les courses peuvent être remplies à y penser toutes les deux minutes et je veux éviter ça.

Je me souviens qu’en 2018, une heure avant de partir du village, juste de penser à skier me faisait presque suer. Cette année, ce sera différent.

Un skieur acrobatique effectue un saut pendant une descente.

Mikaël Kingsbury

Photo : Getty Images / Cameron Spencer

Une fois la compétition commencée, je n’ai pas besoin de gagner les premiers tours. Je veux seulement avancer jusqu’à la phase des médailles. Tant mieux si j’arrive à mener à tous les coups, mais même dans mon scénario idéal, ce n’est pas important. C’est vraiment la dernière finale, celle où les médailles sont en jeu, que je veux gagner.

C’est sûr que si je suis le dernier à m’élancer, côté stratégie, c’est un plus. C’est une bonne position à avoir, surtout pour moi. Mais cette fois, je ne me mets pas de pression pour y arriver. L’important va être d'amasser le plus d’informations possible pour la descente ultime.

J’espère aussi que les meilleurs du monde seront au sommet de leur forme. Le Français Benjamin Cavet, l'Australien Matt Graham, le Japonais Ikuma Horishima... J’aime ça quand ceux avec qui je partage le haut du classement mondial sortent leur meilleur ski. Ça me permet, moi aussi, de dépasser les limites. Je suis un gars compétitif, alors je ne veux pas que ce soit facile.

C’est encore mieux de gagner quand tout le monde est à son mieux. Ça prouve vraiment que tu mérites ta médaille.

En même temps, ça va aussi être moi contre la piste. Je sais que je suis capable de gagner n’importe quel jour de l’année. Je ne dois pas me laisser distraire par les autres.

Ça va être spécial aussi pour mes coéquipiers, ce seront toutes des recrues des Jeux olympiques. Je leur souhaite d’être contents de leur résultat, que l’équipe canadienne performe bien.

J’ai hâte de vivre ça avec eux.

Un skieur acrobatique effectue un saut.

Mikaël Kingsbury aux Jeux olympiques de Pyeongchang

Photo : Getty Images / Laurent Salino/Agence Zoom

En 2018, ce que j’avais le plus hâte de faire après avoir gagné, c’était de serrer mes entraîneurs et mes parents dans mes bras. Cette médaille-là, elle était aussi un peu la leur. Ils ont toujours été là pour moi.

Après, ça avait été la grande tournée d’entrevues avec les médias. J’imagine que cette fois, avec la COVID-19, on ne pourra pas fêter bien longtemps. Il va falloir plier bagage rapidement et rentrer à la maison. C’est correct. Après une médaille d’or, c’est toujours plaisant de rentrer au Québec et de voir tout le monde.

Je trouve ça dommage pour mes coéquipiers qui vivent les Jeux pour la première fois, mais moi, ça va me faire une expérience différente.

Avec une médaille d’or, le vol de retour va être agréable et je pourrai profiter de la pause olympique pour fêter avec mes proches (si les mesures nous le permettent).

Je me souviens de ma victoire à Pyeongchang. Je connais ce sentiment qui t'habite quand tu gagnes la médaille d’or olympique. J’espère de nouveau revivre ça, le 5 février prochain : soulever mes skis dans les airs et être le plus heureux du monde.

Un skieur acrobatique lève les bras dans les airs et sourit.

Mikaël Kingsbury savoure sa conquête de l'or aux Jeux de Pyeongchang.

Photo : Getty Images / David Ramos

Propos recueillis par Alexandra Piché

Photo d'entête par Kirill Kudryavtsev/AFP via Getty Images