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Une boxeuse s'entraîne en frappant sur un sac dans sa cour arrière.

Myriam Da Silva Rondeau - Mes élèves, croyez en vos rêves

« Je souhaite avoir du plaisir et tout donner pour montrer à tous mes jeunes élèves qui ne croyaient pas me voir à Tokyo que c’est possible. »

Signé par Myriam Da Silva Rondeau

L’auteure participe aux Jeux olympiques de Tokyo en boxe, dans la catégorie des moins de 69 kg, et est enseignante en adaptation scolaire.

[MISE À JOUR] Elle s'est finalement inclinée en huitièmes de finale devant la Dominicaine Maria Moronta Hernandez.

Cette conversation, je l’ai eue presque chaque fois que j’ai annoncé à l’un de mes élèves que j'allais faire partie des boxeuses qui allaient s'envoler vers Tokyo pour participer aux Jeux olympiques.

- Tu vas à Tokyo cet été?

- Oui.

- Mais ce sont des Jeux olympiques là-bas?

- Oui.

- Quoi? Tu vas faire les Jeux olympiques?

- Oui! Je vais boxer aux Jeux olympiques de Tokyo!

Je m’appelle Myriam Da Silva Rondeau, je suis enseignante en adaptation scolaire, boxeuse et, dans quelques heures, je pourrai dire que je suis aussi une athlète olympique.

J’adore voir la tête de mes jeunes élèves quand je leur annonce la nouvelle. Je dois parfois le répéter deux fois parce que, pour eux, c’est impossible.

Mais, tu es ma professeure. Tu ne peux pas aller aux Jeux olympiques!

C’est vrai que c’est rare d’avoir comme enseignante une athlète de haut niveau. Je ne suis pas la première et j’espère que je ne serai pas la dernière.

Je suis contente de pouvoir montrer à tous ces jeunes que c’est possible de réaliser ses rêves les plus fous, même en ayant une carrière d’adulte, même à 37 ans.

Une femme sourit en tenant dans ses mains un poids d'entraînement.

Myriam Da Silva Rondeau

Photo : Radio-Canada / David Himbert

Les Jeux olympiques occupent mon esprit depuis longtemps. Je devais avoir 5 ou 6 ans la première fois que j’ai dit que j’y irais un jour. Et ce n’était pas des paroles en l’air. C’était vraiment un sentiment profond.

C’est dur à expliquer, mais je le savais. Je ne savais pas comment, dans quel sport ou quand, mais je savais que j’allais tout faire pour devenir une athlète olympique.

Je me souviens. J’écoutais un dessin animé qui s’appelait Pierre et Isa et qui racontait l’histoire d’un frère et une sœur qui se rendaient aux Jeux olympiques. Je jouais aux Jeux olympiques. Je me faisais des podiums, des médailles. C'était drôle. J’aimais vraiment ça.

Un peu plus tard, j’ai développé une passion et un talent pour le soccer. C’est alors devenu logique : j’irais aux Jeux avec l’équipe canadienne de soccer. Le rêve devenait de plus en plus concret.

C'est finalement en boxe que je vivrai mon baptême du feu olympique dans quelques heures.

Une boxeuse grimace en frappant dans un sac d'entraînement.

Myriam Da Silva Rondeau

Photo : Radio-Canada / David Himbert

Comment suis-je passée à frapper dans des ballons à me battre dans un ring? Ça, c’est toute une histoire.

Il faut dire que mon parcours est peu commun. Pendant mes années sur les terrains de soccer, j’ai accumulé plusieurs blessures et, à un moment, mon corps n’y arrivait plus. J’ai dû arrêter.

Non seulement je ne pouvais plus jouer au soccer, mais on m’a dit que le sport de haut niveau était terminé pour moi, pour toujours.

Sauf que cette conclusion, je l’ai refusée.

Je me suis dit que ce n’était pas possible. Ça ne pouvait pas arriver.

Premièrement, je suis TDAH, alors j’ai besoin du sport dans ma vie. Mais, surtout, je ne pouvais pas faire une croix sur mon rêve olympique.

Je me suis donc mise en mode solutions. J’ai commencé à tranquillement m’entraîner en piscine. Je ne pouvais pas faire grand-chose au début. On m’a alors suggéré de faire de l’entraînement en boxe.

Je dis boxe, mais en fait, je n’avais pas le droit de participer à l’entraînement physique ou de faire de la boxe avec un partenaire. Je faisais vraiment juste frapper dans les gants d’un entraîneur pour travailler mes réflexes.

Par contre, je voyais les gens s’entraîner autour de moi et je suis tombée amoureuse du sport. Je me suis dit qu’un jour, j’allais boxer moi aussi.

Quelques années se sont écoulées. Je savais à quel point il était important de prendre soin de mon corps pour éviter les séquelles à long terme. Je suis une fille très rigoureuse.

Après un certain temps, ça allait beaucoup mieux. J’ai repris mes études en enseignement à Montréal et j’ai rencontré, par hasard, un entraîneur de boxe. Il m’a invitée à venir essayer un vrai entraînement. J’y suis allée... et je n’en suis jamais sortie.

Je sais que c’est bizarre pour une fille qui s’est fait dire qu’elle ne pourrait plus faire de sport à cause des blessures, mais j’ai commencé tranquillement. J’ai toujours fait attention.

Depuis, je n’ai jamais souffert d’une autre blessure grave. Je connais les risques, mais je pense aussi qu’aujourd’hui, on ne m’aurait jamais dit que je ne pourrais plus être une athlète. C’est très différent.

Je suis contente de ne pas avoir abandonné.

Deux femmes s'enlacent.

Myriam Da Silva Rondeau et sa mère se font l'accolade, à l'extérieur de l'aéroport Trudeau, avant le départ de la boxeuse pour Tokyo.

Photo : Radio-Canada / David Himbert

Même si ma catégorie de poids n’était pas aux Jeux olympiques, mon rêve ne s’est jamais éteint. Mon objectif était toujours d’y aller.

Alors, quand j’ai su que cette catégorie serait ajoutée à Tokyo en 2020, il n’était pas question que je rate ma chance.

Ça faisait quelques années que je figurais parmi les 10 meilleures du monde. J’avais donc bon espoir de pouvoir me qualifier, mais on ne sait jamais ce qui peut arriver. Tout peut changer tellement rapidement.

J’ai seulement commencé à y croire quand je l’ai vu sur papier : mon nom était écrit noir sur blanc, c’était officiel.

J’ai de la difficulté à décrire comment je me suis sentie. C’était tout un mélange d’émotions. Il y avait de la fierté, de la joie, mais aussi un drôle de soulagement. Après toutes ces heures d’entraînement, toutes les fois où je me suis fait dire que ça n’arriverait pas, tout ce que j’ai investi, c’était vrai.

J’allais faire partie des premières femmes de ma catégorie à se battre aux Jeux olympiques. Je réaliserais mon rêve le plus cher.

Une femme boit de l'eau venant d'une gourde tenue par une personne qui se tient à côté d'elle.

Myriam Da Silva Rondeau pendant une séance d'entraînement

Photo : Radio-Canada / David Himbert

Je me souviens d’un moment quand j’étudiais pour devenir enseignante en adaptation scolaire. J’allais commencer les stages, ce qui voulait dire que j’assisterais un professeur à temps plein dans une classe, en plus de m’entraîner et d’aller à l’école.

Quelqu’un m’a dit : Ça ne pourra pas fonctionner. Il va falloir que tu choisisses entre la boxe et l’enseignement. On me répétait que les horaires seraient impossibles à gérer, que je n’y arriverais pas. Ça m’a marquée.

Encore une fois, comme lorsqu'on m’a dit que je devais arrêter le sport, je n’ai pas été d’accord. Il était hors de question que je choisisse d’abandonner mon rêve professionnel ou mon rêve sportif.

Je me souviens d’avoir dit que je démontrerais que ça se pouvait. Que j’y arriverais. Il faut être têtu pour avoir une carrière d’athlète, surtout quand tu es une femme, surtout en boxe.

J’ai été chanceuse aussi, parce que j’ai eu un modèle qui l’avait fait. Ma coach, Danielle Bouchard, était enseignante et elle avait fait une carrière de boxeuse en parallèle. Elle m’a toujours soutenue.

Aujourd’hui, je suis contente de prouver que j’avais raison de ne pas abandonner. Je suis enseignante et je veux montrer l’exemple à mes élèves. Je pense qu’il ne faut pas abandonner ses rêves, même quand on devient adulte. Ce serait absurde et injuste.

On se fait dire toute notre jeunesse de poursuivre nos rêves, alors pourquoi les abandonner quand on a un emploi?

Si je peux inspirer ne serait-ce qu’un jeune à persévérer, je serai plus qu’heureuse.

Une boxeuse regarde son adversaire pendant un combat.

Myriam Da Silva Rondeau aux Jeux panaméricains de Lima, au Pérou, à l'été 2019

Photo : Reuters / IVAN ALVARADO

Me battre, c’est quelque chose que j’ai fait toute ma vie, même en dehors du ring. Pas au sens propre, mais figuré. Je fais partie des femmes qui ont dû lutter pour faire du sport de haut niveau.

Quand j’ai commencé le soccer et jusqu’à l’âge de 14 ans, il n’y avait pas d’équipe féminine dans ma région. J’ai dû jouer avec les gars.

Ç’a été un peu la même chose avec la boxe. J’ai fait mon premier combat en 2007, mais les femmes n’ont été acceptées aux Jeux olympiques qu’en 2012 (et en démonstration seulement).

À Rio, les épreuves féminines ont été ajoutées au programme officiel, mais seulement quelques catégories y figuraient.

Ce désir de vouloir faire avancer le sport au féminin fait partie de moi. Je peux le faire sur la scène internationale maintenant que ma catégorie de poids a été ajoutée au programme à Tokyo.

Ce sera une fierté pour moi de faire partie de cette première fois.

Au moment où vous lisez ces lignes, il ne reste que quelques jours avant que je mette les pieds pour la première fois dans l’arène des Jeux olympiques.

Ce que je me souhaite? Tout simplement d’en profiter pleinement et de savourer le moment. Je pense que c’est ainsi que je serai à mon mieux.

Je souhaite avoir du plaisir et tout donner pour montrer à tous mes jeunes élèves qui ne croyaient pas me voir à Tokyo que c’est possible.

C’est possible d’être enseignante et boxeuse. C’est possible de rêver.

Propos recueillis par Alexandra Piché

Photo d'entête par David Himbert