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Nouvelle olympique

Chronique

Et puis, ces Jeux?

 Ils sont sur une montagne enneigée.

Les anneaux olympiques à Pékin

Photo : Getty Images / Matthias Hangst

PÉKIN – On est un peu entrés dans ces Jeux de Pékin en ayant bien franchement un peu hâte qu’ils se terminent sans trop de dommages. Ils sont sur le point de se conclure et, sans avoir nécessairement envie qu’ils se prolongent, on peut dire que la catastrophe annoncée a une nouvelle fois été évitée.

C’est d’ailleurs un peu devenu une tradition olympique. Quand la magie des exploits sportifs se manifeste, tout le reste fout un peu le camp.

On vous épargnera donc les complaintes de nourriture indigeste, de chambre pas confortable et tout le reste. Il n’y a rien de plus fondamentalement anti-journalistique et ennuyant qu’un texte d’un journaliste qui se plaint de ses conditions de travail, alors que plusieurs nous envient de vivre une telle expérience.

Quoique les jaloux soient peut-être un peu moins nombreux cette année, surtout après l’angoissante mésaventure qu’ont vécue mes collègues avant notre arrivée.

Sur le terrain, tout s’est déroulé assez rondement et presque normalement, si on accepte que la normalité se traduise d’abord au quotidien par une prospection orale faite par un amical préposé protégé de la tête aux pieds de sa combinaison spatiale.

Il nous a d’ailleurs semblé que ces tests COVID devenaient de moins en moins intrusifs au fil des jours. Ou est-ce l’habitude d’accepter ce chatouillement de la luette par un écouvillon?

Un professionnel fait un test de dépistage de la COVID.

Un professionnel de la santé recueille un écouvillon qui servira pour un test obligatoire de dépistage de la COVID-19 aux Jeux de Pékin.

Photo : Getty Images / Annice Lyn

On cherche encore à comprendre pourquoi les autobus en montagne refusaient obstinément de rouler à plus de 25 km/h, mais le temps perdu en roulant était récupéré sur les sites puisqu’on ne devait pas passer de poste de sécurité. Il faut quand même qu’il y ait certains avantages à renoncer à autant de libertés.

La bulle hermétique a prouvé son efficacité contre la COVID-19, non sans pécher par excès de zèle des employés d’entretien qui nettoyaient tout derrière le passage des visiteurs possiblement radioactifs.

Il n’y a pas eu une éclosion importante et rares sont les sportifs qui ont dû s’isoler. Mais le poids de la COVID a pesé lourd sur le moral des athlètes, c’est indéniable.

Ces Jeux, bien que générateurs de grandes émotions, n’auront jamais été la fête que devraient être les Jeux olympiques.

Pas de grandes fêtes au village ou dans les rues, pas de récompenses immédiates, des athlètes forcés de partir en voleurs 48 h après la fin de leurs compétitions, des foules louées pour l’occasion (c’est l’expression dénichée par mon collègue réalisateur) qui n’encourageaient que les Chinois sans sembler apprécier à sa juste valeur la grandeur du spectacle qui s’offrait à leurs yeux.

En toute honnêteté, ils avaient l’air franchement de s’ennuyer à la montagne en plus de geler. Heureusement que les athlètes entre eux étaient là pour s’appuyer.

Plusieurs se sont d’ailleurs dits épuisés à la fin de leur parcours olympique. Le skieur acrobatique Max Moffatt, 9e en finale du slopestyle, a dit qu’il avait le sentiment qu’un nuage noir le suivait et le menaçait depuis des mois.

La Québécoise Olivia Asselin, elle, s’est retirée de sa finale après une seule descente en raison d’une blessure au genou, mais surtout d’une grande fatigue mentale.

Les pleurs de Justine Dufour-Lapointe après sa chute et la transparente lucidité de Mikaël Kingsbury après sa médaille d’argent auront témoigné de la lourdeur du processus qualificatif. Ces deuxièmes Jeux de la COVID en six mois auront sans doute aussi épuisé le personnel des différents comités olympiques nationaux.

Elle lève le bras droit dans l'aire d'arrivée.

Malgré une chute, Justine Dufour-Lapointe garde la tête haute après la compétition.

Photo : afp via getty images / MARCO BERTORELLO

Et la Chine dans tout ça?

Sur le plan sportif, elle a connu de bons Jeux avec 15 médailles. En ski acrobatique, la sensationnelle Eileen Gu, double médaillée d’or et médaillée d’argent, a été aussi habile sur ses skis qu’en conférence de presse, où elle a esquivé sans broncher les questions sur sa citoyenneté.

La skieuse, mannequin et future étudiante à l’Université Stanford, est née aux États-Unis, mais a décidé de représenter la Chine, le pays d’origine de sa mère, il y a trois ans. Or, la double citoyenneté n’est pas permise par le gouvernement chinois.

Elle sourit et a les bras dans les airs.

Eileen Gu célèbre sa médaille d'or remportée en grand saut aux Jeux olympiques de Pékin.

Photo : Getty Images / Christophe Pallot/Agence Zoom

Elle était ici, dit-elle, pour inspirer une génération de sportifs chinois. Elle n’aura toutefois pas réussi un sans-faute, suggérant aux abonnés à ses réseaux sociaux de télécharger un simple VPN (réseau privé virtuel) pour pouvoir accéder à Instagram, censuré en Chine.

Disons que ce n’est pas une solution accessible dans un régime totalitaire.

La Chine et le CIO ont aussi réussi à ne pas trop parler de la question des droits de la personne, en particulier ceux des Ouïgours. Merci, en partie, au pays dont on ne peut pas nommer le nom et à la patineuse artistique prise dans le scandale de dopage de la quinzaine.

Une fois les Jeux terminés, que plusieurs auraient souhaité être boycottés, les médias occidentaux continueront-ils de parler autant du dossier des Ouïgours?

Être ici fait aussi réaliser que la Chine n’est surtout pas que ses dirigeants. Les employés de notre complexe hôtelier, même ceux sous leurs combinaisons sanitaires, étaient des plus amicaux.

Les bénévoles sur les sites, la plupart des jeunes dans la vingtaine, nous ont accueillis avec le grand sourire, même s’ils nous faisaient parfois grincer des dents en répondant invariablement 20 minutes chaque fois qu’on leur demandait dans combien de temps allait passer notre bus.

Ces mêmes bénévoles étaient euphoriques après les médailles d’or remportées par leurs représentants.

Malgré ces sourires, aussi francs et sincères, on a souvent eu l’impression d’assister à une mauvaise pièce de théâtre. Pire encore, d’en faire partie.

Pour les athlètes, vivement Paris en 2024 et Milan en 2026.

Vivement de vrais Jeux, libres.