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Nouvelle olympique

Chronique

Il est temps que le Canada fasse un vrai saut pour financer le sport

Abigail Strate, en plein saut, flotte dans les airs.

Abigail Strate a aidé le Canada à remporter une médaille de bronze historique en saut à ski mixte.

Photo : Getty Images / Cameron Spencer

Magique, incroyable, un conte de fées, historique... Les commentateurs canadiens ne trouvaient plus les qualificatifs pour expliquer l’inexplicable. Comment une bande de quatre sauteurs et sauteuses à ski ont pu grimper sur la troisième marche d’un podium olympique?

Alexandria Loutitt, Abigail Strate, Matthew Soukup et Mackenzie Boyd-Clowes ont récolté un total de 844,6 points pour aller chercher la médaille de bronze.

Après cette performance inespérée, la jeune femme de Calgary Abigail Strate affirmait que nous venions ici en espérant nous classer dans les huit premiers. Tout s'est aligné, et voilà que nous sommes médaillés olympiques! Je n'y avais même jamais pensé.

Une médaille canadienne en saut à ski? Même les plus grands spécialistes auraient été pris pour des fous en y allant d'une telle prédiction. Et pourtant! Il faut croire que la force de conviction peut déplacer des montagnes.

Pour ceux qui ne le savent pas encore, la politique canadienne en matière de sport date encore du Moyen-Âge. On ne finance que les meilleurs et, surtout, seulement ceux qui peuvent faire briller la nation. Donc, on donne de l’argent uniquement pour les sports qui peuvent rapporter des médailles dans l’escarcelle canadienne.

C’est une politique qui est remise en question depuis des lustres par les grandes nations du sport comme l’Australie, la Norvège et la Suède. Dans ces pays, on investit dans le sport, et depuis le plus jeune âge.

Je mets quiconque au défi de me parler de l’organisation d’une quelconque collecte ou d’un souper spaghetti dans ces pays pour financer son sport afin d’arriver aux plus hauts sommets. C’est pourtant ce que s’évertue à faire notre politique sportive canadienne avec son programme À nous le podium (ANP).

Ce programme archaïque consiste à ne financer que les sports susceptibles de procurer des médailles et des résultats. Même les plus intelligents des analystes sportifs vous diront que c’est un non-sens. N’importe quel architecte vous dira qu’un bâtiment ne peut durer qu’avec une bonne base.

On ne peut plus mettre en place, dans un pays comme le nôtre, une telle politique fondée sur l’éphémère. On ne peut plus demander d’aller chercher des médailles seulement en fonction de la bonne volonté de quelques personnes qui veulent réaliser leurs rêves légitimes.

Au Canada, un athlète de haut niveau reçoit une bourse maximale annuelle d’un peu plus de 28 000 $ de Sport Canada à condition de faire partie des 16 meilleurs du monde dans sa discipline.

S'exiler pour s'entraîner

Ils se tiennent par la main.

Alexandria Loutitt, Matthew Soukup, Abigail Strate et Mackenzie Boyd-Clowes, de l'équipe canadienne mixte en saut à ski, sautent sur le podium.

Photo : afp via getty images / ODD ANDERSEN

En 2016, le ministère du Patrimoine avait commandé un rapport à la firme Goss Gilroy pour vérifier si les investissements des Canadiens dans le sport de haut niveau permettaient aux athlètes pratiquant des sports olympiques et paralympiques de tendre vers le podium.

Dans ses principales constatations rendues publiques en 2017, on apprend qu’il n'y a pas un fort consensus au sujet de l'efficacité de l'approche de l'excellence ciblée.

Il s'agit d'athlètes laissés pour compte. On explique aussi que, dans certains sports, il n'est pas rare que des athlètes sortent de 10 000 à 50 000 $ de leur poche par année pour se financer et participer à des compétitions internationales.

C’est le cas de notre équipe mixte de saut à ski. Leur saison coûte entre 20 000 et 40 000 $. Les athlètes ont droit à deux billets d’avion par année et 1000 $ par mois. Certains travaillent en plus l’été pour financer leurs déplacements, sans compter les familles qui investissent de leurs poches. Pour réduire les coûts, les quatre filles de l’équipe partagent le même appartement lors des voyages en Europe.

En regardant cette performance canadienne surréelle au Centre national de saut à ski de Zhangjiakou, je pensais surtout à cette bande des quatre qui a dû quitter familles et amis pour s’entraîner durant des mois en Slovénie, car nos centres de saut à ski sont maintenant des éléphants blancs.

Il fallait les voir sauter comme des fous sur la troisième marche du podium avec leurs sourires aussi longs que les sauts qu’ils avaient réalisés pour aller chercher cette médaille du mérite.

Par respect pour leurs sacrifices, il serait temps que les responsables du sport canadien fassent à leur tour le saut pour que le sport soit enfin juste et équitable pour tous ces jeunes qui rêvent un jour de se réaliser.