•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Nouvelle olympique

Le défi de franciser les termes techniques en ski acrobatique et en surf des neiges

Le planchiste Sébastien Toutant effectue une figure acrobatique dans les airs à Pékin.

Le planchiste Sébastien Toutant est le champion olympique en titre à l'épreuve du grand saut.

Photo : Getty Images / Patrick Smith

Radio-Canada

Il n’est pas rare que les commentateurs sportifs utilisent des termes anglophones pendant la description d’une épreuve de ski acrobatique ou de surf des neiges. Mais pourquoi en est-il ainsi?

Une multitude de termes propres à ces disciplines ne sont pas traduits de la langue de Shakespeare puisqu'ils font partie intégrante de la culture et du vocabulaire sportif, de même qu'au langage universel destiné au ski acrobatique et au surf des neiges.

C’est sûr qu’il y a des termes qui se traduisent aisément en français. Pour le snowboard, on dit planche à neige, pour une run, on dit descente, pour un jump, on dit saut. Il y en a donc plusieurs avec lesquels c’est facile. Mais il y a d’autres termes où c’est beaucoup plus difficile puisqu’ils ont été acceptés globalement et que ces sports sont encore assez jeunes, explique Maxime Hénault, qui agira comme analyste en surf des neiges aux Jeux de Pékin sur les ondes de Radio-Canada.

« Ce sera difficile parce qu’il y a des termes, malheureusement, qu’on ne peut pas traduire. Par exemple, un mute grab… Est-ce qu’on va dire : "La prise de planche silencieuse?" »

— Une citation de  Maxime Hénault

C’est le cas avec une grande majorité des figures acrobatiques, d’autant plus que nombre d’entre elles ont été nommées en l’honneur de leur concepteur qui pratiquait jadis le surf et la planche à roulettes.

Il y a des termes, que ce soit pour les manœuvres, le type de parcours et d'obstacles, qui sont des noms propres, qui sont inventés par des précurseurs, des fondateurs de ce sport. Par respect pour les puristes, mais aussi pour le sport en général, ces termes-là ne sont pas traduisibles, dit à son tour Guyaume St-Cyr-Lachance, analyste à l’épreuve olympique de demi-lune en ski acrobatique.

Quelques figures portant le nom de leur inventeur

  • Caballerial, par le planchiste américain Steve Caballero

  • Elguerial, par le planchiste américain Eddie Elguera

  • McTwist, par le planchiste américain Mike McGill

  • Michalchuk, par le surfeur des neiges canadien Michael Michalchuk

  • Ollie, par le planchiste américain Alan Gelfand, surnommé « Ollie »

  • Zeach, par le surfeur des neiges américain Zach Leach

Trouver le juste équilibre

Ancien planchiste professionnel devenu entraîneur et fondateur de Maximise, un centre de haute performance dédié au ski acrobatique et au surf des neiges, Maxime Hénault estime que les commentateurs perdraient de la crédibilité chez le noyau d’amateurs.

Si je commence à dire qu’il a pris la planche au nez ou à la queue, il y a beaucoup de gens dans le domaine du surf des neiges qui vont rire, voire décrocher complètement, assure-t-il, s’empressant d’ajouter qu’on doit tout de même respecter les termes du sport, tout en travaillant autour d’eux.

L’homme qui baigne dans le monde du surf des neiges depuis plus de trois décennies s’interroge : Comment dit-on curling en français? Non, c'est un terme international. Il cite ensuite en exemple le surf, un autre mot emprunté à la langue anglaise et accepté par l’Office québécois de la langue française.

Cette situation posera un défi de taille pour Maxime Hénault, qui analysera les épreuves de demi-lune, du grand saut (big air) et de descente acrobatique (slopestyle) des planchistes olympiques à Pékin. Même son de cloche pour Kim Lamarre et Guyaume St-Cyr-Lachance, qui feront de même avec ces trois disciplines en ski acrobatique.

Ce sont des sports impressionnants, des sports de spectacles, si je peux dire ainsi. Lorsque l’athlète effectue sa performance, c’est plus rapide de garder le terme original et de traduire après, en expliquant, en français, de quelle façon il s’est amené sur l’obstacle, a terminé sa manœuvre et ainsi de suite, souligne Guyaume St-Cyr-Lachance, qui porte aussi le chapeau de juge pour la Fédération internationale de ski.

« Notre sport va vite, surtout dans la demi-lune. C’est une vingtaine de secondes de performance, avec six manœuvres pour les hommes et six, sept pour les femmes [...] En slopestyle aussi il y a un enjeu de temps parce qu’il y a plus de termes, plus de types d’obstacles, différents angles de saut et le parcours en soi, dont on doit parler également. C’est un bon défi, mais qui est réalisable. Et on évolue également de Jeux en Jeux. »

— Une citation de  Guyaume St-Cyr-Lachance

Chacun cherche le point d’équilibre, tant pour rejoindre le noyau du public que les non-initiés ou bien les amateurs occasionnels. Mais trouver le juste milieu, tout en respectant le fait que certains termes sont reconnus par la communauté sportive internationale et n’ont tout simplement pas d’équivalent francophone, n’est pas une mince affaire.

Il s’agit d’un réel casse-tête puisqu’il faut quand même plaire à tout le monde, soutient Guyaume St-Cyr-Lachance, sans oublier la fluidité du propos et, surtout, le choix du terme adéquat pour décrire l’action.

J’essaie de bien balancer les termes, ma livraison à l’analyse durant la compétition. Mon but, c’est vraiment de trouver la fine ligne pour plaire aux puristes et aux néophytes, c’est mon défi personnel, conclut-il.

(Avec les informations de Félix St-Aubin)