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Nouvelle olympique

Chronique

Incursion dans la bulle olympique

Des personnes en combinaison et masquées saluent dans leur cabine à Pékin.

Les travailleurs couverts par leurs habits de protection sanitaire de la tête aux pieds sont partout sur les sites olympiques.

Photo : Getty Images / Carl Court

Ça y est, nous y sommes. Nous, ça veut dire les dizaines d’athlètes et quelques journalistes canadiens à avoir finalement marché dans la bulle olympique. Quoiqu’on a parfois l’impression d’arriver sur la lune.

Avant même de sortir de l’avion nolisé qui nous a transportés de Vancouver à Pékin, notre regard est instantanément attiré par ces travailleurs couverts par leurs habits de protection sanitaire de la tête aux pieds. Ils sont partout à l’aéroport et dans les hôtels.

De ces silhouettes aux allures de cosmonautes, il est même presque impossible de deviner si on a affaire à un homme ou à une femme. On ne voit que leurs yeux, bien protégés par des lunettes ou une visière.

Ils sont peut-être chaleureux. On ne le sait pas et on ne le saura probablement pas pour être honnête. Disons simplement que l’accueil est glacial.

Ils sont partout à nous diriger ou encore à désinfecter tout ce qui peut l'être.

La stratégie COVID zéro de la Chine, c’est du sérieux. La réalisation des tests aussi.

Si un médecin, microbiologiste et infectiologue cité par le collègue Martin Leclerc dans une récente chronique a utilisé l’expression bric-à-brac pour décrire l’hypersensibilité des tests de détection, on ne peut remettre en doute la rigueur de ceux et celles qui réalisent ces tests. Oh que non!

On commence à avoir l’expérience avec ces tests, mais ici, c’est quelque chose, dirait Mario Lemieux.

Si la préposée à l’aéroport était payée en fonction de la profondeur atteinte par l’écouvillon dans l’orifice nasal du journaliste canadien, elle serait assurément aspirante à la retraite hâtive. On sort de ces tests en se sentant soudainement un peu comme le Bouclier canadien.

On a l’impression de s’être fait forer. (Ce n’est pas une faute de frappe.)


La bulle olympique, elle, semble impossible à percer. Dès notre sortie de l’aéroport, un autobus nous emmène directement à notre hôtel, entouré par des véhicules avec les clignotants d’urgence activés.

On ne peut, sous aucun prétexte, sortir de la bulle olympique. Le gars des clôtures a fait la bonne affaire.

Les autorités chinoises font tout pour qu’il n’y ait pas le moindre contact entre les visiteurs et la population locale au nom de la protection contre la propagation de la COVID. Il faudra donc oublier les micros-trottoirs sur les problèmes de gardiens de but du Canadien ou encore sur la surpopulation de cerfs à Longueuil.

Blagounettes à part, ces Jeux seront un énorme défi pour la liberté de la presse. Si sur le plan purement sportif, notre couverture des performances des athlètes canadiennes pourra se faire presque normalement, il en sera tout autrement au sujet des enjeux sociaux.

Les conférences de presse du président du Comité international olympique, Thomas Bach, pourraient laisser les journalistes sur leur faim. À moins qu’il décide d’y inviter la joueuse de tennis Peng Shuai, qu'il a prévu de rencontrer lors de son séjour en Chine.

Ça n’arrivera pas, alors reprenons le fil temporel de ce texte.


La route entre l’aéroport et la zone de Zhangjiakou, où se dérouleront les épreuves de sports acrobatiques, a pris près de quatre heures, bien souvent dans le noir le plus complet, sauf dans les tunnels avec leurs lumières aveuglantes.

À l’hôtel, on nous a dit de rester dans notre chambre jusqu’à la confirmation de notre test COVID négatif. En fait, on nous a dit que si on ne reçoit pas de nouvelles après huit heures, c’est que parce qu’il était négatif.

Vous dire à quel point on a eu le sommeil léger. Le moindre bruit de bottes dans le couloir a de quoi nous déstabiliser. Vers 5 h 30, l’escouade COVID est venue visiter un voisin de palier.

L’enregistrement sonore en anglais qui lui sommait de façon autoritaire de rester dans sa chambre jusqu’à leur prochaine visite nous a permis d’imaginer encore plus le calvaire qu’a vécu deux de mes collègues arrivées plus tôt en janvier.


On savait que ces Jeux seraient particuliers et que l’ambiance ne serait pas la même que lors des précédents. C’est confirmé.

On se sent surveillés. Sans vouloir tomber dans la paranoïa, on tombe un peu dans la paranoïa. On croise souvent des regards quand on se retourne rapidement.

Sinon, on a le même sentiment étrange qu’on ressent en arrivant à bien des Jeux. Les sites du ski de fond, du biathlon, du saut à ski et le parc à neige sont magnifiques, même si on a l’impression de déjà vu.

Ces sites tout neufs seront peut-être abandonnés avant même de devenir vieux. C’était comme ça à Sotchi, c’était comme ça à Rio.

Même les hôtels, où logent les journalistes, ont l’air neufs. Tellement neufs qu’ils n’ont pas eu le temps de décorer ni d’installer le frigo. Tsingtao tablette ce sera.

Il fait froid, mais il n’y a pratiquement pas de neige, sauf dans les pistes qui seront utilisées pour les épreuves olympiques. Tout le monde glissera donc sur de la neige artificielle, ce qui ne déplaît d’ailleurs pas au roi des bosses Mikaël Kingsbury, avec qui on a fait un brin de jasette en attendant de quitter l’aéroport à Pékin.

Lui, contrairement à la neige ici, c’est un vrai.

On se racontait nos enfances respectives à Deux-Montagnes avec Danièle Sauvageau, qui va analyser les matchs de hockey féminin pour Radio-Canada.

Nous sommes tous trois originaires de cette petite ville au nord de Montréal, et nous avons remporté quatre médailles olympiques, dont deux en or.

Kingsbury pourrait en ajouter une autre d’ici quelques jours. Il sera en action dès le 3 février, la veille de la cérémonie d’ouverture. Si tout se passe comme prévu, il se battra pour l’or le premier jour des Jeux, le 5.

On sera là.

Après tout ce que les athlètes ont vécu pour se rendre jusqu’ici, on a hâte que ça commence pour vrai et qu’on parle de sport, pour vrai.

Danièle Sauvageau, Mikaël Kingsbury et Antoine Deshaies, dans l'ordre habituel, prennent la pose devant un mur décoré aux couleurs de Beijing 2022.

« À nous trois, nous avons remporté quatre médailles olympiques, dont deux en or. »

Photo : Radio-Canada / Antoine Deshaies