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Nouvelle olympique

Chronique

L’improbable Équipe Canada de Blair Mackasey

Devon Levi effectue l'arrêt devant son filet.

Le jeune gardien Devon Levi sera de l'équipe canadienne masculine aux Jeux olympiques de Pékin.

Photo : Getty Images / Codie McLachlan

Le Montréalais Blair Mackasey a été recruteur pendant 35 ans dans la LNH. En juin dernier, il croyait avoir pris sa retraite. Pourtant, il n’a peut-être jamais travaillé aussi fort que cette saison. Et il l’a fait pour assembler une équipe olympique qui n’était pas censée exister.

Au mois d’octobre, il a reçu un appel du PDG de Hockey Canada, Tom Renney. Ce dernier lui a alors confié une mission aride : préparer une équipe de hockey dans l’improbable éventualité où la LNH renoncerait à envoyer ses joueurs aux Jeux de Pékin.

Accessoirement à ce mandat, Tom Renney m’avait demandé de faire du recrutement afin d’identifier les joueurs des deux équipes qui allaient participer à la Coupe Channel One (en Russie) et à la Coupe Spengler (en Suisse) durant la période des Fêtes.

Si jamais la LNH décidait de ne pas envoyer ses joueurs à Pékin, nous avions planifié de nous servir de ces deux tournois pour composer l’équipe canadienne, raconte-t-il.


Blair Mackasey a passé sa vie à épier les faits et gestes des hockeyeurs et à décortiquer leurs aptitudes.

Après avoir dirigé les Bisons de Granby et les Voltigeurs de Drummondville dans la LHJMQ au début des années 1990, il s’est joint aux Coyotes de Phoenix à titre de recruteur amateur. Il a passé six ans dans cette organisation.

Il a ensuite été embauché par Hockey Canada, où il a assuré pendant quatre saisons des tâches de recruteur et de gérant des équipes nationales junior et U-18. Lors des 12 années suivantes, le Wild lui a confié la direction de son département de recrutement professionnel. Puis, il a passé les trois dernières années de sa carrière chez les Maple Leafs, toujours dans un rôle de dépisteur professionnel.

Au début de novembre, même si les chances que sa mission s’avère utile apparaissaient extrêmement minces, Mackasey a refait ses bagages et a mis le cap vers l’Europe. Et il a commencé à jeter les bases du plan B du Canada.

« J’ai passé beaucoup de temps en Allemagne et en Suisse. Et je suis passé par la Finlande afin d’assister à la Coupe Karjala. Ça m’a donné une idée de l’allure qu’auraient nos éventuels adversaires, comme la Finlande et la Suède. »

— Une citation de  Blair Mackasey

De retour au Canada, nous avons visionné des tonnes de matchs à distance. La COVID-19 rendait les voyages difficiles. Avec Shane Doan (le directeur général de l’équipe) et Claude Julien (l’entraîneur-chef), nous avons aussi passé beaucoup de temps en visioconférence pour débattre et identifier les joueurs qui nous intéressaient. Personnellement, je les avais presque tous déjà vus à l'œuvre. Ça facilitait donc mon travail, souligne-t-il.

Pour s’assurer de minutieusement retourner chaque pierre, Mackasey et les autres dirigeants d’Équipe Canada ont pris le temps de solliciter leurs réseaux de contacts respectifs afin de mieux connaître les joueurs qu’ils convoitaient. Blair a accompli un boulot incroyable. Il a parlé à une foule de directeurs généraux et d’entraîneurs. Il a parlé à tout le monde, a dit Shane Doan durant son point de presse.

On voulait des joueurs de caractère. Il fallait savoir à qui nous avions affaire pour éviter d’arriver aux Jeux et se retrouver avec des problèmes, explique Blair Mackasey.


Finalement, tout ce qui était improbable est survenu au cours du mois de décembre. Un à un, les dominos sont tombés.

À cause des éclosions d’Omicron qui faisaient rage, l’équipe canadienne qui participait à la Coupe Channel One a quitté la Russie peu après le début de la compétition. Il a aussi fallu renoncer à la Coupe Spengler.

Les plus importantes étapes d’évaluation des joueurs ont ainsi pris le bord. Et on en aurait eu besoin puisque la LNH a emboîté le pas en annonçant que ses joueurs n’allaient pas se rendre à Pékin.

Cela dit, même si les circonstances n’ont pas été optimales, Blair Mackasey se dit fier du groupe de joueurs qui a été réuni.

« Nous avons retenu les meilleurs joueurs disponibles. Nous misons sur de bons jeunes et de bons vétérans qui feront preuve de leadership. C’est un bon mélange. Nous avons combiné la jeunesse avec 4500 matchs d’expérience dans la LNH. Nous pensons qu’une cohésion s’installera entre la jeunesse et l’expérience. »

— Une citation de  Blair Mackasey

Le critère sur lequel nous avons mis l’accent est la vitesse. Nous voulions soit de bons patineurs, soit des gars capables de jouer dans un environnement où le jeu est rapide. Prenons Eric Staal, par exemple. Il n’est plus rapide, mais il est capable de disputer un match rapide.


À toutes les positions, des jeunes auront la chance d’occuper des rôles prépondérants.

Âgé de 20 ans, le gardien québécois Devon Levi était en train de connaître l’une des meilleures saisons de l’histoire de la NCAA à l’Université Northeastern. Malgré cela, il n’a pas hésité à embarquer dans l’aventure des Jeux.

Comme seule condition, il a demandé à ce qu’on lui donne une chance de s’emparer du poste de gardien numéro un. Nous avons offert la même opportunité à nos deux autres gardiens, Eddie Pasquale et Matt Tomkins. C’est juste pour les trois et ils sont disposés à vivre avec cela, ajoute Mackasey.

Jason Demers fonce vers un joueur adverse pour lui enlever la rondelle.

Un mélange de vétérans et de jeunes loups

Photo : AP / Pavel Golovkin

En défense, le premier choix du dernier repêchage de la LNH, Owen Power, aura des responsabilités importantes au sein d’un groupe de défenseurs très expérimenté, pour ne pas dire âgé. On y retrouve quatre arrières de 33 ans et plus, dont le Québécois Jason Demers, qui a disputé près de 700 matchs dans la LNH.

En attaque, tous les yeux seront rivés sur Mason McTavish, qui n’a que 18 ans.

Troisième joueur sélectionné au repêchage de 2021 par Anaheim, McTavish était absolument dominant au dernier Championnat du monde junior. Il a aussi disputé neuf matchs dans la LNH cette saison. À coup sûr, Mctavish fera partie du top 6 d’Équipe Canada à Pékin.

Les dirigeants de l’équipe canadienne ont aussi jeté leur dévolu sur l’attaquant Jack McBain, qui est le meilleur buteur de Boston College dans la NCAA. McBain a été sélectionné au troisième tour par les Leafs en 2018.

« Nous avons fait le tour de toutes les ligues imaginables pour trouver les meilleurs joueurs disponibles tout en respectant l’interdiction de miser sur des joueurs ayant signé des contrats de la LNH. »

— Une citation de  Blair Mackasey

Nous aurions aussi aimé miser sur Cole Perfetti, qui joue dans la Ligue américaine malgré ses 19 ans et qui faisait aussi partie d’Équipe Canada junior. La LNH nous a toutefois refusé cette permission parce que Perfetti jouera probablement dans la LNH d’ici la fin de la saison, révèle Mackasey.


Les Canadiens miseront sur une équipe moins jeune que les Américains, qui ont composé leur équipe nationale d’une forte majorité de joueurs provenant des rangs universitaires. Néanmoins, il est intéressant de voir que Mackasey et ses acolytes aient tenu à ajouter des jeunes à la formation canadienne.

À Pyeongchang, en 2018, le Canada aurait probablement participé au match de la médaille d’or contre les Russes si son équipe avait été bonifiée de la vitesse et de la fougue d’une poignée de jeunes talents.

Il y avait plus de 100 joueurs sur notre liste après les Fêtes. Nous aboutissons avec une formation de 25 joueurs et de 6 réservistes. Quand notre liste a été réduite aux 35 derniers joueurs, c’est Claude (Julien) qui a fait les dernières sélections.

À mon avis, il est important que l’entraîneur soit à l’aise avec les joueurs dont il disposera. C’est lui qui devra composer avec eux, rappelle Blair Mackasey, qui occupe le rôle de directeur du personnel des joueurs pour Équipe Canada.

Elle s’entraînera à Davos au cours des prochains jours et mettra le cap sur Pékin le 2 février.

Après avoir travaillé dans l’ombre pendant 35 ans, Blair Mackasey se croyait récemment à la retraite. Il rêve maintenant de prendre une joyeuse photo avec son improbable équipe, avec une médaille olympique au cou.

Un bandeau annonçant le balado de Radio-Canada Sports : Tellement hockey