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Nouvelle olympique

Chronique

Pour éviter le chaos, Beijing 2022 réduit la sensibilité de ses tests

Un gardien de sécurité avec un masque et une visière se trouve devant un bâtiment olympique à Pékin.

Les changements apportés aux mesures relatives au dépistage de la COVID-19 aux Jeux olympiques de Pékin entrent en vigueur aujourd'hui.

Photo : Getty Images / Andrea Verdelli

Craignant de devoir placer indûment un grand nombre d’athlètes en isolement, le CIO, le Comité organisateur des Jeux de Pékin et le gouvernement chinois ont annoncé dimanche que le degré de sensibilité de leurs tests de détection de la COVID-19 sera réduit.

Dans une note distribuée aux officiers de liaison des comités olympiques nationaux et des diffuseurs, le Comité organisateur a fait savoir que les participants qui produiront des tests PCR dont la valeur sera supérieure ou égale à 35 ne seront pas placés en isolement.

Afin de nous adapter à la réalité de l’environnement actuel et de mieux soutenir les participants […], nous avons raffiné les contre-mesures avec les changements suivants, qui sont en vigueur à compter du 23 janvier, a fait savoir le COJO.

Les arrivants qui produiront des tests dont la valeur sera égale ou supérieure à Ct 35 devront toutefois respecter un protocole de distanciation sociale durant sept jours après leur arrivée. Ceux dont les résultats seront inférieurs à 35 seront considérés comme positifs. [Plus le Ct est élevé, moins les personnes sont considérées comme contagieuses, NDLR.]

Cette nouvelle mesure, si elle est appliquée textuellement par les autorités chinoises, fera soupirer de soulagement des centaines, voire des milliers de personnes (athlètes, officiels, représentants des médias), qui ont contracté et soigné la COVID-19 au cours des dernières semaines et qui doivent débarquer à Pékin au cours des prochains jours.

Les autorités chinoises disaient avoir fixé le degré de sensibilité de leurs tests à Ct 40, alors que les normes internationales tournent généralement autour de Ct 35.


Le médecin en chef du Comité olympique canadien, le Dr Mike Wilkins, avait été le premier à sonner l’alarme, lundi dernier (Nouvelle fenêtre).

Il avait affirmé que le degré de sensibilité des tests réalisés par les autorités chinoises était si élevé que des athlètes canadiens risquaient de voir leur participation aux Jeux compromise ou compliquée par des résultats positifs.

Depuis le début de décembre, plusieurs dizaines d’athlètes canadiens ont contracté la COVID-19, dont la quasi-totalité des équipes de bobsleigh et de patinage de vitesse sur courte piste. Un fort pourcentage de l’équipe féminine de hockey a été contaminé lui aussi.

Mardi, Radio-Canada Sports avait publié un texte qui laissait présager le chaos à l’arrivée de forts contingents d’athlètes, d’officiels et de journalistes au cours des prochains jours.

Deux employées de Radio-Canada qui avaient contracté la COVID-19 au cours du mois de décembre avaient été placées en isolement dès leur arrivée à Pékin malgré le fait qu’elles avaient produit cinq tests PCR négatifs avant leur départ. Les tests avaient été menés dans l'un des laboratoires les plus réputés au Canada.

Par la suite, de jour en jour, les résultats des tests de ces deux membres de la délégation de Radio-Canada avaient varié comme des yoyos, passant du positif au négatif. Plusieurs experts avaient sursauté en prenant connaissance de ce récit.

Le PDG d’un grand laboratoire canadien avait expliqué que lorsque la sensibilité des tests est poussée à la limite, les résultats produits équivalent à ceux d’une loterie parce qu’ils interceptent même d’infimes particules de virus qui sont mortes depuis longtemps.

Le Dr Michel Roger avait pour sa part émis l’avis selon lequel la séquence d’événements qui lui était racontée faisait bric-à-brac. M. Roger est médecin, microbiologiste et infectiologue au CHUM. Jusqu’en septembre dernier, il était le directeur du Laboratoire de santé publique du Québec.

À la lumière d’informations privilégiées, un expert canadien avait même estimé que la sensibilité des tests chinois était beaucoup plus élevée que la valeur Ct 40 annoncée.


Cette histoire avait été reprise dans divers médias du monde entier, dont le site spécialisé francsjeux.com, réputé dans le domaine. Et elle avait semé une forte inquiétude auprès des représentants des médias et des grands diffuseurs.

Ces derniers jours, dans une autre note interne adressée aux officiels de liaison des diverses délégations nationales, les organisateurs vantaient encore l’efficacité de leurs protocoles de détection et d’isolement.

Vendredi dernier, le CIO avait même mis son médecin en chef, le Dr Brian McCloskey, à la disposition des journalistes de Radio-Canada et de CBC pour faire valoir que l’extrême sensibilité des tests était nécessaire et que le nombre de cas interceptés était négligeable.

Sur le terrain, par contre, la réalité était bien différente pour de nombreux diffuseurs internationaux. Plusieurs de leurs employés qui s’étaient parfaitement conformés au protocole, pourtant extrêmement strict, se faisaient placer en isolement. Puisque tout le monde était soumis aux mêmes normes, c’était là un signe précurseur du sort réservé aux athlètes.

Selon nos sources, cette fin de semaine, le réseau NBC avait 14 employés isolés, France Télé en comptait 4 et OBS (le réseau qui assure la captation des compétitions) en avait pas moins de 22. Parmi le personnel employé pour faire l’entretien des sites, on notait aussi un nombre anormalement élevé de gens placés en isolement. Certains évoquaient même un climat de panique.

En ce qui concerne nos collègues de Radio-Canada Sports, l’une d'elles a été libérée de son isolement samedi. Notre autre collègue a été replacée en isolement le même jour, 24 heures après avoir été enfin déclarée négative! Dans leur cas, la loterie chinoise durait depuis leur arrivée, huit jours auparavant.

Les ajustements des taux de sensibilité, ainsi que d’autres mesures annoncées par les autorités chinoises, devraient toutefois leur permettre de commencer à travailler, du moins l’espère-t-on.


Beaucoup de gens ont compris que les choses ne tournaient vraiment pas rond au cours de la dernière semaine quand NBC a annoncé que ses descripteurs et analystes allaient décrire les compétitions depuis les États-Unis.

Le réseau a invoqué l’intransigeance des autorités chinoises en matière de COVID-19 pour justifier cette décision. Le réseau NBC, qui a investi 7,75 milliards de dollars en 2014 pour obtenir les droits de diffusion des Jeux, est le partenaire le plus influent du CIO. NBC dicte jusqu’aux horaires des compétitions. Le réseau américain est pour ainsi dire copropriétaire des Jeux.

La délégation de NBC est si nombreuse que peu importe où les Jeux sont organisés dans le monde, le quartier général des Américains prend des allures de petit village alimenté par une cafétéria où on sert de la nourriture de grande qualité 24 heures sur 24. Un Starbucks a même été aménagé uniquement pour ses employés.

Bref, pour que NBC décide de garder son personnel le plus visible à la maison, il fallait que les préoccupations soient réelles.

Il faudra maintenant surveiller la façon dont se déroulera l’arrivée de forts contingents d’athlètes et de représentants des médias au cours des prochains jours à Pékin. Les premiers athlètes canadiens qui mettront le cap sur la Chine doivent quitter le pays le mercredi 26 janvier.