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Nouvelle olympique

Chronique

Tokyo : les Jeux de la prudence, des femmes et de l’inédit

Un coucher de soleil à travers les anneaux olympiques près d'un plan d'eau

Les Jeux olympiques de Tokyo sont terminés.

Photo : Getty Images / Clive Rose

Et puis, c’était comment les Jeux de Tokyo?

Posez cette question à 50 personnes, et vous obtiendrez probablement 50 réponses différentes. Les Jeux d’été sont tellement énormes, et disputés sur un si vaste territoire, qu’il est impossible d’en dresser un portrait fidèle. À chacun sa pièce du casse-tête, donc. Et voici la mienne…

Le comité organisateur japonais a présenté ces Jeux dans des circonstances très difficiles. Il y avait énormément d’opposition à la tenue des compétitions. Pour atténuer le bruit ambiant, on a fini par accoucher d’une sorte de Jeux de la ceinture et des bretelles. C'était les Jeux de l’extrême prudence.

C’était parfois complètement surréaliste.

Chaque jour, des dizaines de milliers de personnes déposaient un échantillon de salive dans une boîte. Et le lendemain, les résultats tombaient et chaque fiole avait été analysée!

Devoir porter un masque quand on marche seul sur un trottoir, par une écrasante température de 37 degrés, est aussi une expérience particulière. Mais moins que celle d’un confrère britannique qui s’est fait placer en quarantaine pendant deux semaines même s’il était vacciné et malgré le fait qu’il produisait constamment des tests négatifs. Le pauvre avait simplement eu le malheur d’être arrivé à bord d’un avion dont un passager avait remis un test positif.

Au bout du compte, les Jeux ont eu lieu et les compétitions n’ont pas été compromises. C’est un exploit.


Il n’y avait pas de spectateurs pour la très grande majorité des épreuves et nos contacts avec la population locale étaient limités. Mais l’armée de bénévoles qui nous a accueillis a été exceptionnellement polie, souriante et toujours prête à aider.

En fait, il y avait tellement de bénévoles que c’en était parfois malaisant. Encore une fois, les Jeux de la ceinture et des bretelles.

Avant d’arriver aux contrôles de sécurité, chaque matin, il y avait au moins 12 bénévoles stratégiquement postés qui nous souhaitaient une bonne journée.

Une fois à l’intérieur du périmètre de sécurité, un gardien nous pointait où se trouvait l’entrée du centre de presse, qui se trouvait pourtant un mètre derrière lui. Un autre gardien vérifiait si notre laissez-passer nous donnait bien accès à l’édifice. Puis, deux mètres derrière, un autre gardien vérifiait si le premier avait bien vu. Les deux étaient supervisés par une souriante dame positionnée juste à côté. Et, trois pas plus loin, un policier surveillait les opérations!

Mon coup de coeur des Jeux revient toutefois à une jeune bénévole chinoise. Elle était placée tout près des contrôles de sécurité que les journalistes devaient franchir quand les navettes nous ramenaient des sites de compétitions vers le centre de presse. Le mandat de cette jeune femme : tenir une pancarte toute la soirée, jusqu’au petit matin!

Cette photo a été prise vers 1 h 35 vendredi dernier. Et c’est ce qu’elle a fait durant tous les Jeux. Je n’en reviens pas encore.

Une femme avec un chandail jaune est assise et tient une pancarte.

Cette bénévole chinoise n'a fait qu'une chose pendant les Jeux de Tokyo : tenir une pancarte

Photo : Radio-Canada / Martin Leclerc

Pourquoi se donner la peine d’installer un poteau quand on a autant de bénévoles à occuper?


D’un point de vue sportif, nous avons eu droit à des Jeux absolument mémorables.

Pour le Canada, ce sont les Jeux des femmes et des grandes premières.

Les femmes ont remporté 18 des 24 médailles du pays, ce qui est absolument exceptionnel. Si les hommes de l’équipe d’athlétisme ne s’étaient pas mis en marche dans la deuxième semaine, on aurait presque assisté à un balayage.

Maude Charron a conquis le pays avec sa médaille d’or en haltérophilie. L’équipe de soccer féminin a maintenu les Canadiens sur le bout de leur siège jusqu’à la dernière seconde en finale.

Maude Charron regarde au plafond après avoir réussi une levée.

Maude Charron, de Rimouski, est championne olympique en haltérophilie chez les moins de 64 kg.

Photo : Getty Images / Chris Graythen

Les judokas Catherine Beauchemin-Pinard et Jessica Klimkait sont devenues les premières canadiennes à accéder au podium dans leur sport. L’équipe de natation a continué à bâtir sur les solides fondations de Rio.

Et en cyclisme sur piste, les succès de Lauriane Genest et de Kelsey Mitchell ouvrent de nouveaux horizons. Ces médailles sont directement attribuables à la construction d’un vélodrome à Milton, en Ontario. Ce qui nous rappelle aussi que nous en avions une superbe, jadis, à Montréal.

Une cycliste exulte et lève le poing après sa victoire.

Kelsey Mitchell est championne olympique de sprint.

Photo : Getty Images / Justin Setterfield

Les athlètes canadiens ont réalisé plusieurs autres conquêtes inédites à Tokyo. Damian Warner a remporté le décathlon et décroché le titre d’athlète le plus complet de la planète. Andre De Grasse a obtenu trois médailles de plus au sprint. Il en totalise six en six épreuves parmi les plus compétitives du monde.

Andre de Grasse criant de joie.

Andre De Grasse a remporté trois médailles à Tokyo, dont l'or au 200 m.

Photo : Getty Images / Ryan Pierse

Cela dit, toutes disciplines confondues, le plus grand exploit canadien réalisé à ces Jeux est probablement la médaille d’argent de Mohammed Ahmed au 5000 m. La plupart des gens n’ont pas idée à quel point cette médaille était difficile à remporter.

Nous ne reverrons peut-être pas une médaille canadienne au 5000 m ou au 10 000 m avant plusieurs décennies.

Il est très heureux et la montre fièrement de sa main droite.

Mohammed Ahmed avec sa médaille d'argent

Photo : Getty Images / Patrick Smith


Nous avons aussi assisté aux Jeux de la ténacité et de la fragilité.

De façon générale, j’ai apprécié le fait qu’un grand nombre d’athlètes canadiens aient livré des luttes absolument épiques qui ont été saluées par les amateurs. Autrefois, il n’y en avait que pour les médailles et c’était franchement désolant.

En natation, le relais féminin du 4 x 200 m libre (Summer McIntosh, Penny Oleksiak, Kayla Sanchez et Rebecca Smith) a terminé 4e malgré le fait que le record canadien ait été abaissé. Pour devancer le Canada dans cette course, il a fallu que la Chine, les États-Unis et l’Australie battent le record du monde. Que peut-on demander de plus dans un cas pareil?

Je pense aussi à la course exceptionnellement courageuse, plus de 6 heures d’enfer, du cycliste Michael Woods au début des Jeux. Il a finalement terminé 5e et énormément de gens se sont servis des réseaux sociaux pour lui témoigner leur respect et leur reconnaissance.

Les judokas Arthur Margelidon et Shady El Nahas, notamment, ont aussi tout laissé sur le tatami, et ils ont frôlé le podium. Et que dire de la digne fin de la carrière olympique d’Antoine Valois-Fortier?


Chaque fois qu’on quitte des Jeux, on a l’impression d’avoir assisté à des performances inégalables. Et lors des suivants, on tombe à la renverse en voyant les records se remettre à tomber, ou en voyant surgir des spécimens génétiques extraordinaires.

Parfois, on assiste même à des trucs presque trop beaux pour être vrais. Comme cette inhabituelle domination des Italiens au 100 m et au 4 x 100 m.

Nous misions sur quatre Ferrari!, a déclaré le dernier coureur du relais italien, Filippo Tortu, après avoir croisé le fil d’arrivée vendredi dernier.

Quelques jours auparavant, son compatriote Lamont Marcell Jacobs, qui se consacre au sprint depuis seulement deux ans et qu’à peu près personne ne connaissait, avait été sacré champion olympique au 100 m.

Il serre le poing droit.

L'Italien Lamont Marcell Jacobs célèbre sa victoire olympique au 100 m.

Photo : pool/afp via getty images / CHRISTIAN PETERSEN

C’était magnifique! Même si tout le monde se demande comment, de façon si soudaine, l’Italie s’est mise à produire des médaillés alors qu’elle n’en avait pas eu un seul depuis le 4 x 100 m de 1948. La nutritionniste de Jacobs est peut-être exceptionnelle.


La Néerlandaise Sifan Hassan est devenue la première athlète de l’histoire à remporter des médailles aux 5000 (or), 10 000 (or) et 1500 m (bronze) lors des mêmes Jeux. Et à la piscine, l’Australienne Emma McKeon est devenue la première femme à décrocher sept médailles, dont quatre d’or, à de mêmes Jeux.

On souhaite un bon débat à ceux et à celles qui souhaitent déterminer la reine des Jeux de Tokyo!

Le balayage du podium réalisé par les Jamaïcaines Elaine Thompson-Herah, Shelly-Ann Fraser-Pryce et Shericka Jackson au 100 m était aussi exceptionnel. C’était seulement la deuxième fois dans l’histoire des Jeux qu’un podium était occupé par un seul pays au 100 m.

Elles brandissent chacune un drapeau jamaïcain.

Les Jamaïcaines Shelly-Ann Fraser-Pryce (gauche), Elaine Thompson-Herah (centre) et Shericka Jackson (droite) ont dominé le 100 m.

Photo : Getty Images / Matthias Hangst

Depuis 2000, 12 femmes ont été médaillées au 100 m et 10 d’entre elles étaient Jamaïcaines. C’est ce qu’on appelle de la domination avec un grand D.

Tout comme le relais américain du 4 x 100 m quatre nages, qui n’a jamais été devancé et qui a uniquement gagné des médailles d’or depuis que cette discipline existe en 1960.

Cette année, on croyait que c’était la fin de cette séquence. Et les Américains ont répliqué avec un record du monde pour remporter une 15e médaille d'or de suite. J’espère être au bord de la piscine à Paris, dans trois ans, pour assister à la suite de l’une des plus longues séquences de succès de l’histoire du sport.


Ces Jeux, à la fois étranges et magiques, sont déjà finis.

Pendant que je rédige ces dernières lignes, notre salle de presse tokyoïte est une véritable ruche. Armés de perceuses et de dizaines de caisses, de nombreux collègues s’affairent à démonter notre salle de presse. Quand tout sera remballé, nos conteneurs seront expédiés à Pékin, où les Jeux d’hiver débuteront dans seulement six mois.

Ces Jeux auront-ils lieu? Seront-ils boycottés? Envoie-t-on tout ce mobilier en Chine pour rien? Le temps nous le dira.

Pour ma part, le temps est venu de rentrer à la maison et de prendre quelques vacances. Je vous retrouverai quelque part en septembre, à temps pour le début de la nouvelle saison de hockey.

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