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Nouvelle olympique

Chronique

Un moment historique que De Grasse avait minutieusement préparé

Le Canadien Andre de Grasse souriant.

Andre de Grasse, médaillé d'or au 200 m à Tokyo

Photo : Radio-Canada / Michael Steele

Dans 50 ans, les images de cette victoire seront encore diffusées parmi les faits saillants des grands moments sportifs canadiens. Ouf! Quelle grande soirée!

Grâce à l’une de ses typiques accélérations de fin de course, Andre De Grasse a écrit une nouvelle page d’histoire de l’athlétisme canadien mercredi soir sur la piste du stade olympique de Tokyo. Avec un époustouflant temps de 19,62 s, nouveau record canadien qu’il avait déjà établi la veille, le sympathique sprinteur a remporté le 200 m et décroché sa toute première médaille d’or.

À Rio, il y a cinq ans, De Grasse avait obtenu l’argent en 20,02 s.

Une victoire au 200 m, son épreuve de prédilection, était dans les cartons depuis longtemps. Il était émouvant de le voir réaliser ce rêve, lui qui avait soigné quelques blessures inquiétantes au cours des dernières années.

Je savais en arrivant ce soir que cette course allait être rapide. J’avais regardé attentivement les essais nationaux américains, et il était clair qu’il me faudrait connaître une performance spéciale pour l’emporter.

Je m’étais préparé consciencieusement. J’avais travaillé fort avant les Jeux, davantage sur le 200 m que sur le 100 m. Et je m’étais assuré d’être suffisamment en forme pour traverser toutes les vagues. À la fin, il ne me restait plus qu’à exécuter mon plan de match. Mais c’était tellement relevé, que j’apprécie vraiment d’être le médaillé d’or, a expliqué De Grasse en conférence de presse juste avant minuit.

Le nouveau champion olympique a par ailleurs expliqué qu’il est en bien meilleure condition physique qu’il y a cinq ans au Brésil. L’âge et la maturité physique l’ont habitué à la rigueur des courses qui se succèdent pour atteindre les finales des 100 et 200 m.

Avant le 200 m de Rio, j’avais dit à mon entourage que je visais la deuxième place parce que j’étais vidé et que je ne voyais pas comment j’allais pouvoir menacer Usain Bolt. Mais cette année, même après avoir battu le record canadien en demi-finales, il me restait beaucoup d’énergie dans le réservoir. Avant la course, mon entraîneur m’avait même dit que je pouvais viser les 19,5 s. Je lui ai fait confiance et c’est ce que j’ai tenté.

***

Ça faisait 93 ans qu’un Canadien n’avait pas été couronné champion au 200 m olympique. Les deux derniers représentants du pays à avoir réussi cet exploit étaient Robert Kerr à Londres en 1908 et Percy Williams à Amsterdam en 1928.

À la cinquième épreuve olympique de sa carrière, De Grasse a donc gagné une cinquième médaille. Quel athlète exceptionnel!

Dire qu’il y a neuf ans, il avait fallu qu’un entraîneur le voie prendre un départ debout et franchir un 100 m en 10,9 s pour que cet exceptionnel talent soit repéré et développé. Pour cette compétition scolaire qui a changé son destin, De Grasse portait des chaussures empruntées et un short de basketball.

Cette médaille d’or historique est par ailleurs une affaire de famille. En entrevue avant les Jeux, De Grasse avait souligné à quel point sa conjointe, la championne du monde du 100 m haies, l’Américaine Nia Ali, le poussait constamment à se surpasser.

Ali n’était toutefois pas à Tokyo pour assister à ce grand moment puisque le couple a récemment eu un autre enfant.

J’ai eu le temps d’appeler ma femme et les enfants. Ça sautait partout et ça criait joyeusement à la maison! Ils sont tellement fiers de moi. Et j’aurais tellement aimé les avoir avec moi ici à Tokyo. J’ai très hâte de les retrouver dans trois jours après le relais, a confié le sprinteur.

***

Accusant un léger retard sur l’Américain Kenny Bednarek en sortant du virage, De Grasse a eu besoin de puiser au plus profond de ses ressources afin de trouver l’accélération nécessaire pour l’emporter. Il a finalement devancé Bednarek par six centièmes de seconde.

Je croyais que j’allais l’emporter, mais la course était très serrée et la victoire m’a échappé de peu. Mais j’ai réalisé ma meilleure performance personnelle et j’ai une médaille d’argent. Alors, je suis quand même satisfait, a déclaré Bednarek.

L’Américain Noah Lyles, champion du monde en titre, a complété le podium avec un chrono de 19,74 s.

Par ailleurs, ceux qui ont capté une photo de la fin de cette épreuve devraient la conserver précieusement. Parce que dans le couloir 5, tout juste à côté de De Grasse, c’est le prochain dieu du stade qui s’est emparé de la quatrième place au sein du plateau le plus relevé de l’histoire de cette épreuve.

En effet, cinq coureurs sont passés sous la barre des 20 secondes, chose qui ne s’était jamais produite auparavant.

Andre de Grasse devance les Américains Bednarek et Knighton, et l'autre Canadien de la finale Aaron Brown.

Le jeune Américain Erriyon Knigthon a terminé 4e de la finale du 200 m.

Photo : Getty Images / Ryan Pierse

Âgé de seulement 17 ans, l’Américain Erriyon Knighton était le plus jeune finaliste de l’histoire au 200 m olympique. Il a parcouru la distance en 19,93 s et, incroyablement, sa 4e place a semblé le dévaster.

Knighton, qui a constamment donné l’impression de s’amuser à sa première expérience olympique, n’a pas été capable de surmonter son âge en finale. Quand il aura gagné un peu de maturité physique, ce jeune homme de 1,91 m (6 pi 3 po) fera trembler ses adversaires.

Le seul conseil que je peux donner à Erriyon, c’est de garder la tête haute. Avec le recul, il se rendra compte que c’est un grand accomplissement de terminer 4e aux Jeux olympiques à son âge, a dit Kenny Bednarek.

Erriyon est un talent exceptionnel. Il deviendra un monstre de l’athlétisme, mais son talent est encore brut. Il a encore beaucoup de travail à faire pour atteindre le plein potentiel. Et quand on y pense, c’est épeurant.

En juin dernier, Knighton avait battu deux fois le record du monde junior inscrit par Usain Bolt à l’âge de 17 'ans (19,93 s). Lors des qualifications nationales américaines, il avait successivement enregistré des chronos de 19,88 s et de 19,84 s. Et mercredi soir, sur la plus grande scène du monde, il a raté le podium de très peu.

Dans 35 mois à Paris, Knighton sera l’un des favoris tant au 100 m qu’au 200 m. Andre De Grasse, lui, sera alors âgé de 30 ans. Il sera extrêmement intéressant de le voir défendre son titre.

Des épreuves exceptionnelles

C’est extrêmement dommage que les 68 000 sièges du stade olympique de Tokyo soient inoccupés parce que les compétitions d’athlétisme sont particulièrement relevées depuis le début.

Mardi soir, le 200 m féminin avait aussi présenté le plateau le plus rapide de l’histoire des Jeux. Les quatre premières athlètes à franchir le fil d’arrivée l’avaient fait sous la marque des 22 s.

La Jamaïcaine Shelly-Ann Fraser-Pryce avait notamment conclu avec chrono de 21,94 s, ce qui constituait la meilleure performance de l’histoire pour une détentrice de la quatrième place. Avec un tel temps, elle aurait remporté le bronze à Rio, l’argent à Londres, le bronze à Pékin et l’or à Athènes.

Plus tôt cette semaine, le 100 m féminin avait par ailleurs été le plus compétitif de tous les temps aux Jeux. Six finalistes avaient franchi la ligne droite en moins de 11 s. Et la médaillée d’or, Elaine Thompson-Herah, avait inscrit un nouveau record olympique (10,61) et réalisé le meilleur chrono des 33 dernières années.

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