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Nouvelle olympique

Le lourd tribut de Dayna

Elle sourit la tête tournée vers sa droite.

Dayna Pidhoresky

Photo : Radio-Canada / Jeffery Tam

SAPPORO – On savait que les Jeux de Tokyo seraient compliqués pour tout le monde, et encore plus pour certains en raison de la COVID-19. La marathonienne Dayna Pidhoresky a pigé le mauvais numéro et a payé le fort prix pour sa malchance.

Non, elle n’a pas contracté le virus, mais elle a dû s’isoler pendant quatre longues journées parce qu’elle a été considérée comme étant un contact rapproché avec un passager dans l’avion vers Tokyo qui a ensuite obtenu un résultat positif.

Une éternité dans la dernière ligne droite avant une épreuve olympique.

Elle n’était pourtant pas la seule membre de l’équipe canadienne à bord du vol qui reliait Vancouver à Tokyo le 23 juillet. Mais elle était la seule, avec son conjoint qui est aussi son entraîneur, à s'être assise dans les rangées limitrophes à celle du cas positif.

Elle a beau avoir été testée tous les jours depuis, et même si tous ses tests se sont révélés négatifs, elle a dû s’isoler dans sa chambre d’hôtel de Gifu, où l’équipe canadienne d’athlétisme a tenu son camp d’entraînement.

Comme seul outil d’entraînement, elle a pu rouler sur un vélo stationnaire. Elle s’est fait livrer ses repas au pas de sa porte de chambre. Comme si la route qui mène au fil d’arrivée d’un marathon n’était déjà pas assez longue comme ça.

Mercredi, à Sapporo, elle avait retrouvé un semblant de sourire à l’entraînement, mais l’épreuve a laissé des traces. Les larmes n’étaient pas très loin en entrevue avec Radio-Canada Sports. La blessure est loin d’avoir cicatrisé.

Je me sens beaucoup mieux qu’il y a quelques jours, a confié la coureuse de 34 ans. J’étais dans un trou psychologique et j’ai mis beaucoup d'efforts pour m’en sortir. Je vais apprendre beaucoup de cette expérience.

J’ai pu parler à des psychologues sportifs, et ils m’ont grandement aidé à me reconcentrer. J’avais du mal à voir devant moi et je n’arrivais pas à fonctionner. Ils m’ont beaucoup aidé à retrouver un meilleur état d’esprit à quelques jours de ma course.

Une citation de :Dayna Pidhoresky, marathonienne

Nathan Simon, le directeur de la haute performance à Athlétisme Canada, parle d’une immense malchance.

Elle n’a absolument rien à se reprocher, rien de ce qui lui est arrivé n’est de sa faute, explique-t-il. Elle a manqué des séances d’acclimatation à la chaleur et à l’humidité, mais le plus grave, je pense, c’est le choc de l’isolement et de l’inconnu. J’ai peine à imaginer ce qu’elle a pu ressentir.

Si Pidhoresky avait résidé au village olympique à Tokyo, elle aurait rapidement pu reprendre l’entraînement, mais à l’écart, puisque les protocoles sanitaires du Comité international olympique (CIO) le permettent.

Or, les règles et protocoles en vigueur dans la préfecture de Gifu sont plus sévères et ont préséance sur celles du CIO.

Selon Athlétisme Canada, Pidhoresky a finalement pu sortir de sa chambre et effectuer le voyage vers Sapporo le 31 juillet, après une intervention du Comité olympique et de l'ambassadeur du Canada au Japon auprès du gouverneur de la préfecture.

Elle a aussi pu compter sur l’appui d’amis, de sa famille au Canada et de ses coéquipiers ici au Japon.

Le soutien de mes proches, même à distance, m’a tellement aidé, a-t-elle dit, la gorge nouée. Ils ont été avec moi tout au long de l’isolement. Je sais que, peu importe la performance que j’offrirai samedi, ils seront avec moi et fiers de moi.

Les membres de l’équipe canadienne à Sapporo ont aussi fait preuve de solidarité. Puisque la coureuse devait continuer de s’isoler minimalement, ils ont accepté de changer d’hôtel pour être avec elle et, surtout, pour qu’elle puisse recevoir l’aide et les traitements de l’équipe de soutien.

Elle peut manger dans la même pièce que ses coéquipiers, mais elle dort sur un étage différent du groupe.

Le marcheur Evan Dunfee s’est notamment servi de sa propre expérience olympique pour tenter de l’encourager du mieux qu’il le pouvait.

À Rio, le marcheur était tombé malade entre ses épreuves de 20 et de 50 kilomètres. Il avait quand même terminé en 4e place.

J’avais seulement pu marcher six kilomètres à l’entraînement, et c’était les six kilomètres les plus lents de ma vie. Bien sûr, ce qu’elle a vécu, ce n’est vraiment pas l’idéal, mais elle peut quand même réaliser une performance extraordinaire. Je suis sûr qu’elle va le faire et qu’elle va dompter le marathon.

Une citation de :Evan Dunfee, marcheur

La coureuse de 34 ans a été la première Canadienne à décrocher son billet pour les Jeux, en novembre 2019, avant même que le mot confinement devienne à la mode.

Au marathon de Toronto, qui servait notamment de sélection nationale, l’Ontarienne, établie en Colombie-Britannique, a inscrit un chrono 2 h 29 min 8 s, abaissant sa marque personnelle de près de sept minutes!

Le temps qu’elle réalisera samedi matin n’a pas d’importance. En fait, en raison de la chaleur et de l’humidité, tous les chronos ne voudront rien dire.

Je veux simplement franchir le fil d’arrivée avec le sentiment d’avoir tout donné ce que j’ai à donner. Et si c’est le cas, je ne serai pas déçue. La route vers le départ a déjà été assez parsemée d’embûches. Mon parcours me rendra plus forte à l'avenir, à la course et dans la vie.

Est-ce qu’un jour, elle pourra parler de rêve olympique?

C’est dur de parler de rêve en ce moment, mais peut-être que je pourrai le faire après la course. Je ne sens pas encore que je profite de l’expérience olympique, mais la course de dimanche pourrait tout changer. Ce ne sera sans doute plus aussi dramatique quand je serai plus vieille. Mon parcours ferait un bon livre, je pense, a-t-elle conclu.

À elle maintenant d’écrire le prochain chapitre. Samedi, à 7 h, à Sapporo.

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