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Nouvelle olympique

Des épinglettes de Mao portées par des athlètes chinoises défient les règles du CIO

Elles sont sur le podium et montrent leurs médailles.

Bao Shanju et Zhong Tianshi

Photo : Getty Images / GREG BAKER

La Presse canadienne

Le portrait du fondateur de la Chine communiste Mao Zedong a fait une apparition imprévue aux Jeux de Tokyo, et le Comité international olympique (CIO) a annoncé mardi qu'il se penchait sur le dossier.

Le geste des athlètes chinoises d'arborer des épinglettes à l'effigie de Mao lors de la cérémonie de remise des médailles risque bien d'être jugé comme une violation de la règle 50 de la Charte olympique qui interdit toute manifestation politique sur le podium.

Après avoir remporté le sprint féminin en cyclisme sur piste lundi, Bao Shanju et Zhong Tianshi ont accroché des épinglettes du visage de Mao sur leur uniforme. Celui qui a procédé à la création de la République populaire de Chine, en 1949, demeure une icône chinoise 45 ans après son décès.

Cet incident s'est produit au lendemain d'un autre geste d'une Américaine. La médaillée d'argent au lancer du poids, Raven Saunders, a croisé les bras au-dessus de sa tête en se tenant sur le podium. Elle était aux côtés de la médaillée d'or chinoise Gong Lijiao.

Il n'était toutefois pas clair, mardi, si le geste d'arborer des épinglettes de Mao était une réaction à l'incident du podium du lancer du poids.

Nous avons communiqué avec le Comité olympique chinois. On leur a demandé un rapport sur cet événement.

Une citation de :Mark Adams, porte-parole du CIO

Ce type d'épinglette était porté par des centaines de millions de personnes dans les années 1960 afin de montrer leur allégeance au président du Parti communiste et à sa révolution culturelle lancée en 1966. Le chef communiste actuel, Xi Jinping, a invoqué l'image de Mao dans sa tentative de se positionner comme un grand meneur dans l'histoire de la Chine.

Lors d'un événement le 1er juillet, Xi s'est présenté sur la place Tiananmen dans un veston gris identique à celui que porte Mao sur l'immense portrait qui trône sur les lieux. Les autres représentants du parti présents pour l'occasion portaient des complets bleus.

Des militants des droits de la personne ont surnommé les Jeux de Pékin – qui doivent s'ouvrir en février prochain – les Jeux du génocide en raison du traitement réservé par le régime à la minorité musulmane des Ouïgours dans le nord-ouest du pays.

À Tokyo, où l'on s'attendait à ce que les athlètes tentent d'attirer l'attention, Raven Saunders a poussé la règle 50 jusqu'à la limite en formant un X avec ses bras. C'est l'intersection où tous les peuples opprimés se rencontrent, a-t-elle déclaré lorsqu'interrogée sur la signification de son geste.

Elle s'est tournée vers les photographes au stade olympique pour faire son geste quelques secondes après avoir fait face au drapeau chinois pendant que l'hymne national jouait en l'honneur de Lijiao. Le comité américain n'a imposé aucune sanction à son athlète qui, selon lui, a été respectueuse de ses compétitrices et n'a pas violé ses règles en lien avec les protestations.

Elle forme un X avec ses bras au-dessus de sa tête.

Raven Saunders lors de la remise des médailles du lancer du poids

Photo : Getty Images / INA FASSBENDER

Le CIO a demandé aux responsables américains de fournir plus d'information au sujet de cet incident, a fait savoir le porte-parole Mark Adams mardi. Raven Saunders, une femme noire et lesbienne, a reçu un large appui populaire.

En participant aux épreuves d'athlétisme aux Jeux olympiques, l'athlète avait dit vouloir montrer aux jeunes que peu importe le nombre de cases dans lesquelles on va tenter de vous faire entrer, vous pouvez être vous-mêmes et vous accepter.

Des règles assouplies

Le CIO a longtemps clamé sa neutralité politique. Il doit maintenir cette position afin de permettre aux quelque 200 délégations nationales de participer aux compétitions en tant qu'égales.

Malgré tout, les règles qui interdisent aux athlètes de faire tout geste politique ont été assouplies dans les semaines qui ont précédé la cérémonie d'ouverture à Tokyo, un geste préventif parce qu'on s'attendait à ce que des athlètes poussent les règles à leur limite.

Les gestes et les déclarations politiques sont désormais permis sur le site des compétitions avant ou après une épreuve, mais demeurent interdits pendant l'action et aux cérémonies de remises de médailles.

Par exemple, les joueuses de soccer ont placé un genou au sol avant le coup d'envoi des matchs lors du premier jour de compétition le 21 juillet.

Nikita Parris pose un genou au sol et lève un poing dans les airs.

Plusieurs joueuses de soccer ont mis un genou au sol en signe de protestation.

Photo : Getty Images / Masashi Hara

Les épinglettes de Mao constituent cependant une entorse inattendue à la règle 50. Le port de ce type d'accessoire a somme toute disparu après la décennie 1970 en raison de plaintes selon lesquelles leur production gaspillait du métal nécessaire aux industries chinoises. Les modèles originaux datant de la période de la révolution culturelle sont très prisés par les collectionneurs.

L'image de Mao a refait surface dans les années 1990 pour manifester le mécontentement des Chinois de la classe ouvrière qui bénéficiaient trop peu de la grande transformation économique du pays et qui souffraient de l'inflation et des mises à pied dans les sociétés d'État.

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