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Nouvelle olympique

Chronique

La larme à l’œil, un grand entraîneur passe le flambeau

Il regarde au loin, le visage dépité.

L'entraîneur Glenn Hoag

Photo : Getty Images / Toru Hanai

Les volleyeurs canadiens ont vu leur aventure olympique se terminer en quarts de finale mardi matin. Malgré un effort de tous les instants, les protégés de l’entraîneur québécois Glenn Hoag se sont inclinés en trois manches devant la puissante machine du Comité olympique russe (ROC), classée 3e du monde.

Après cette ultime rencontre, les joueurs et les entraîneurs canadiens semblaient très émotifs aux abords du terrain. Auteurs d’une 5e place à Rio, ils croyaient sincèrement en leurs chances de médaille à Tokyo.

Après avoir servi de sincères étreintes à chacun de ses joueurs, on a même vu l’entraîneur-chef essuyer quelques larmes. Et plusieurs heures après le match, Glenn Hoag n’était toujours pas remis de sa déception. Il parlait encore d’un échec.

C’est frustrant comme résultat. C’est cruel le sport, parfois. Surtout quand on tient compte du temps de préparation et de tous les efforts que nous avions déployés pour aller chercher une médaille, confie-t-il.

Les membres de l’équipe, parmi lesquels on compte plusieurs pères de jeunes enfants, rentreront au pays mercredi. Ils auront donc passé 74 jours consécutifs sur la route, loin de leurs familles, pour se donner une petite chance de réaliser le rêve de leur vie.

***

Quelques-uns auront peut-être l'occasion de se reprendre à Paris. Mais pour Glenn Hoag et pour la majorité de ses joueurs, il n’y aura plus d’autres Jeux olympiques.

Le vétéran entraîneur de 62 ans était censé avoir fait ses adieux à l’équipe nationale après le tournoi de volleyball des Jeux de Rio. À la demande générale, il avait cependant repris les commandes à la fin de 2018, après que son successeur s'est désisté pour des raisons familiales.

Hoag ignorait que son intérim allait se poursuivre jusqu’en août 2021.

Là, je pense que je vais souffler un peu. J’ai besoin de passer du temps avec ma famille, et avec mon épouse surtout. J’aimerais me reposer et avoir une vie un peu plus normale. Ça fait 14 ans que je me consacre au programme national, en plus de diriger un club, et que j’ai peu de temps de repos, explique-t-il.

Je dois aussi redonner à mon club [Aarkas Spor, en Turquie]. Au fil des ans, j’ai souvent dû m’absenter en raison de mon implication avec l’équipe canadienne. Et les dirigeants de mon club se sont toujours montrés très compréhensifs face à cette situation.

Cela dit, malgré le fait qu’il est en train de tirer sa révérence, Hoag ressent déjà un sentiment d’urgence pour le personnel qui prendra l’équipe en charge en vue des Jeux de Paris. Et il se porte volontaire pour continuer à les appuyer et à les conseiller.

Les Jeux de Paris auront lieu dans 2 ans et 11 mois. On ne peut pas se permettre d’attendre. Il faut rapidement débreffer et donner des orientations claires pour le prochain programme.

Une citation de :Glenn Hoag

Il y a des joueurs qui vont se retirer et il y a des positions importantes sur lesquelles il va falloir mettre l’accent, notamment au centre. On a de bons talents qui montent, mais il va absolument falloir accélérer le développement de ces talents parce que la scène internationale, ça reste une autre dimension. Il faut réagir rapidement parce qu’on sait qu’il y a de très bons joueurs qui poussent partout ailleurs, plaide-t-il.

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L’élimination de l’équipe masculine de volleyball à Tokyo signifie donc la fin du parcours international de l’un des entraîneurs canadiens les plus respectés sur la planète, tous sports confondus.

Pour la famille Hoag, cette étape marque aussi l’aboutissement d’une aventure sportive très particulière puisque Nicholas Hoag, l’un des meilleurs joueurs de la formation canadienne, a eu l'occasion de jouer sous les ordres de son père deux fois aux JO.

En entrevue cette semaine, Nicholas Hoag s’estimait d’ailleurs chanceux d’avoir pu vivre de tels moments. D’autant plus qu’en cette période de pandémie, la quasi-totalité des athlètes n’a pu profiter de la présence de leurs proches à Tokyo. C’est d’ailleurs le plus grand regret qu’ils expriment depuis le début des Jeux.

C’est vrai que c’est un grand privilège d’avoir son père comme entraîneur à un aussi haut niveau de compétition. Mais il faut prendre le temps de s’y arrêter pour vraiment l’apprécier.

Une citation de :Nicholas Hoag

Ça m’avait particulièrement frappé à Rio quand Glenn et moi avions pris une photo ensemble à la cérémonie d’ouverture. C’était un moment unique et, en plus, ça avait toujours été mon rêve de participer aux Jeux […] Après Rio, je ne pensais jamais pouvoir revivre ça une deuxième fois, raconte Nicholas Hoag.

***

L’attaquant natif de Gatineau estime que son père peut quitter la scène olympique la tête très haute.

Je suis très fier de cet homme-là. Il a dédié une bonne partie de sa vie au redressement du programme national. Et l'on a vu les énormes progrès que le programme a connus avec lui, souligne Nicholas Hoag.

En juin 2016, le Canada avait vaincu la Chine de justesse, dans un match capital, pour se qualifier en vue des Jeux de Rio. C’était le couronnement d’une décennie d’implication de Glenn Hoag, et la première fois en 24 ans que l’équipe canadienne de volleyball masculin obtenait un billet donnant accès à la grande scène olympique.

Cinq ans après cette percée, le Canada s’est présenté à Tokyo en flirtant avec le top 10 mondial et avec la conviction de pouvoir lutter pour une médaille.

Glenn est un grand entraîneur. Dans ma ligue professionnelle, il est souvent arrivé que des joueurs viennent à ma rencontre pour me dire qu’ils aimeraient jouer pour lui. Les gens posent beaucoup de questions à son sujet. Sur la scène internationale, les gens posent moins de questions parce que tout le monde le connaît très bien, dit son fils.

***

La relation professionnelle que Glenn et Nicholas Hoag ont vécue peut sembler idéale de l’extérieur. Pourtant, une relation père-fils peut être sérieusement mise à mal lorsqu’elle se confond à un rapport entraîneur-athlète dans un environnement compétitif comme celui d’une équipe olympique.

Au début, j’ai eu beaucoup de difficultés avec Glenn. C’était dur de différencier le coach du père. Puis, au fil des années, nous avons fini par normaliser la situation. Nous avons vraiment été capables de mettre le père de côté quand nous étions dans le gymnase, et de mettre l’entraîneur de côté quand nous étions à la maison en famille.

Une citation de :Nicholas Hoag

En fait, je dirais que notre relation s’est juste améliorée avec le temps. Elle n’a jamais cessé de grandir. Il sait qu’il peut me parler franchement, comme entraîneur ou comme père. Je sais qu’il veut faire de moi un meilleur joueur et une meilleure personne, ajoute Nicholas Hoag.

Pour moi, c’est une belle satisfaction d’avoir pu vivre ça avec Nicholas, renchérit Glenn Hoag.

Aujourd’hui, je lui ai dit que j’étais très fier de ce qu’il avait accompli. Je suis un père très comblé et je suis très heureux pour lui. Je crois que Nicholas a fait un bon tournoi olympique dans l’ensemble. Il sera un leader au sein du prochain groupe et ce sera intéressant. Je pense qu’il veut amener l’équipe à Paris. Il y aura beaucoup de travail à faire, mais c’est jouable. C’est important que quelques joueurs restent pour partager leur expérience avec les jeunes qui vont monter.

Avant de dresser le bilan du dernier cycle olympique et de repartir vers la Turquie, Glenn Hoag ira pêcher sur la Côte-Nord pendant une semaine. C’est sa deuxième grande passion après le volleyball.

Puisse ce décor paisible lui faire oublier la peine qu’il a ressentie, après tant d’efforts, en voyant le parcours de son programme se terminer en quarts de finale.

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