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Nouvelle olympique

Le traitement médiatique des athlètes transgenres aux Jeux olympiques

Deux athlètes se disputent le ballon pendant un match de soccer féminin.

Quinn, athlète transgenre non-binaire, est membre de l'équipe féminine canadienne de soccer.

Photo : Getty Images / Naomi Baker

Radio-Canada

Le Comité international olympique (CIO) a annoncé qu’un nombre record d’athlètes qui appartiennent à la communauté LGBTQ+ participent aux Jeux de Tokyo.

Parmi eux, Laurel Hubbard, une haltérophile dans la catégorie des moins de 87 kg, retient l’attention comme première athlète transgenre à prendre part à des JO.

Quinn, avec l’équipe canadienne de soccer féminin, écrira aussi l’histoire comme premier athlète transgenre non binaire à décrocher une médaille. Le Canada mettra la main sur l’or ou l’argent après avoir remporté une victoire sur les États-Unis, lundi, en demi-finales.

Le balado Tellement olympique s’est demandé comment les athlètes transgenres peuvent faire avancer leur cause aux Jeux et quel traitement les médias leur réservent. Alexandre Coupal s’est entretenu avec le doctorant à la Faculté des sciences sociales de l’Université d’Ottawa Félix Pavlenko, spécialisé dans les conditions de pratique du sport par les personnes transgenres.


Q. Est-ce que c'est paradoxal de voir des athlètes non binaires participer à un sport dans une catégorie de genre?

R. Oui, en quelque sorte. D’être non-binaire et de devoir concourir dans une catégorie. Il y a des sports dans lesquels il y a d’autres options possibles, mais ce n'est pas le cas des JO. Ça complique la possibilité de pratique.

Je pense que ce qui est important pour ces olympiades, c’est qu’il y a forcément eu des non-binaires qui ont participé probablement aux JO et à d’autres compétitions sportives.


Q. C’est la grosse donnée, le fait que ce soit public. On ne peut pas faire autrement que de voir là un progrès important, non?

R. Oui, tout à fait. Ce qui est intéressant, c'est de voir les conséquences que ça a sur ces personnes-là. Je regardais la planche à roulettes en ouverture. Il y avait une personne de l’équipe américaine qui avait mis ses pronoms sur sa planche. On entendait des commentaires des journalistes que cette personne était toujours genrée au féminin. Les efforts faits par les athlètes, ça reste compliqué dans cet espace.

Une planchiste a le sourire aux lèvres après sa performance aux Jeux de Tokyo.

Alana Smith est l'une des 180 athlètes des Jeux de Tokyo ouvertement membre de la communauté LGBTQ+.

Photo : Getty Images / Patrick Smith


Q. Des fois, on est ignorants ou incompétents. Il y a différentes pistes d’explications. On disait que les Jeux marqueraient le début d’un progrès. Est-ce un passage obligé de faire ces erreurs pour mieux comprendre par la suite?

R. Peut-être. Ce qu’on peut noter, c’est que si ce travail n’a pas été fait avant, c’est peut-être parce que les athlètes trans, les activistes ou les personnes trans en général n’ont pas la voix pour parler de leur propre réalité. Quand on arrive à ce genre de moment, le public n’est pas prêt, les personnes qui en parlent ne sont pas prêtes non plus. Pourtant, ce discours-là existe déjà dans l’éducation et dans la vie de tous les jours. Les personnes trans essaient de toucher un point dans le public.


Q. Quelles sont les erreurs les plus courantes?

R. Il y a deux manières de révéler qu’une personne est trans. Soit dans le titre de l’article, et en général, on a juste : une athlète transgenre dans l’épreuve d’haltérophilie. On ne sait pas son nom. La seule chose que l’on sait, c’est qu’elle est transgenre. Ça paraît distant pour les personnes, ça suffirait à lire l’article.

L’autre manière, c’est d’utiliser des tactiques, une mise en scène pour décrire physiquement la personne et dire qu’elle n'a pas toujours été femme. C'est une manière de mettre en scène la transition qui affecte la façon dont on perçoit les personnes trans et c’est compliqué. Quand j’ai analysé le travail médiatique depuis 1970, j’arrive à une trentaine de sportifs et sportives qui ont fait l'objet d'un traitement médiatique, mais ils sont tous décrits comme les premiers à faire quelque chose.

Ça crée un décalage avec la réalité, que c’est un sujet nouveau et que les athlètes arrivent. Même, qu’il y aurait une invasion…

Une femme semble pousser un cri de satisfaction après avoir réussi une levée dans une épreuve olympique d'haltérophilie.

Laurel Hubbard est la première femme ouvertement transgenre à participer à une épreuve olympique.

Photo : Getty Images / Chris Graythen


Q. Mais quand on dit que Laurel Hubbard est la première athlète transgenre à participer aux JO, est-ce que c’est vrai?

R. Ça dépend! Des athlètes non binaires sont entrés en compétition avant. En fait, c’est la première qui est connue publiquement. Des athlètes ont concouru aux Jeux avant leur transition. Par exemple, en France, il y a Sandra Forgues qui a été championne olympique et qui a transitionné après sa carrière sportive. Les personnes trans doivent faire un choix entre leur carrière sportive et leur transition. Ça les place dans une situation très difficile et dure à vivre.


Q. Si l'on prend l’exemple de Hubbard, qui semble fatiguée d’être la porte-parole et d'expliquer tout ça, c’est un parcours difficile. Ça ne doit pas être évident?

R. Tout à fait. Surtout si on prend son exemple. Sa vie est discutée par tout le monde, par plein de gens et de façons très discriminantes. C’est offensant. Elle doit exister au milieu de tout ça et au milieu de ses adversaires.

Les fédérations sportives demandent constamment de donner des données intimes sur son corps et sa condition pour l'autoriser à poursuivre sa carrière sportive.


Q. Ça fait partie des faux pas qu’on entend encore?

R. Elle ne donne pas beaucoup d’entrevues. C’est compréhensible par rapport à la situation qu’elle vit. Mais jamais on ne lui demande quelles sont ses conditions de vie. Comment se passe le sport à un haut niveau. Les questions de base qu’on pose aux athlètes normalement.

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