•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Nouvelle olympique

Chronique

Un champion sorti tout droit d’une boîte à surprise

Lamont Marcell Jacobs, fier de sa victoire, sur la piste, devant Fred Kerley et Andre De Grasse

L'Italien Lamont Marcell Jacobs célèbre sa victoire au 100 m.

Photo : pool/afp via getty images / CHRISTIAN PETERSEN

Il est rare qu’un 100 m olympique soit disputé sans favori. Or, c’est arrivé dimanche dans l’enceinte du stade de Tokyo et, au fil d’arrivée, la surprise a été totale.

Avant dimanche soir, l’Italie n’avait jamais remporté de médaille au 100 m. Marcell Jacobs s’est chargé de corriger la situation en survolant la ligne droite en 9,80 s. Il a ainsi offert à ses compatriotes la médaille d’or. Rien de moins.

Tant qu’à réaliser une première, pourquoi ne pas y aller pour la totale?

Jacobs, 26 ans, a vu le jour au Texas avant d’immigrer en Italie durant son enfance avec sa mère. Dire que sa victoire au 100 m sort du champ gauche serait un euphémisme. Avant cette année, il n’avait réalisé aucun coup d’éclat.

Il a devancé l’Américain Fred Kerley (9,84 s) et le Canadien Andre De Grasse, qui a franchi la distance en 9,89 s et établi une nouvelle marque personnelle.

De Grasse a ainsi récolté une deuxième médaille de bronze de suite au 100 m olympique, ce qui n’est pas un mince exploit. À Rio, il avait remporté le bronze en 9,91 s. Avant lui, aucun autre sprinteur canadien n’était parvenu à gagner deux médailles au 100 m.

***

L'Ontarien, qui n’était pas reconnu pour la qualité de ses départs dans le passé, avait énormément travaillé sur cet aspect de sa course au cours des dernières années. Pour gagner en puissance, il avait ajouté un important volume de musculation à son programme.

Malheureusement, peut-être parce que son temps dans les demi-finales l’avait relégué au neuvième couloir, De Grasse n’a pas semblé en mesure de produire un départ aussi explosif que celui qu’il avait réalisé samedi soir lors des vagues de qualification.

Toutefois, dans les 50 derniers mètres de la finale, il a trouvé le moyen de produire l’une de ces accélérations qui ont fait sa renommée. Il a ainsi pu devancer le Sud-Africain Akani Simbine, probablement le coureur le plus constant du plateau, par quatre centièmes.

De Grasse s’est dit reconnaissant d’avoir pu réaliser son meilleur chrono après avoir éprouvé certaines difficultés en demi-finales. Il a souligné que cette seconde médaille signifie beaucoup pour lui.

***

Avant que cet ultime 100 m se mette en branle, les quelques centaines de spectateurs éparpillés dans les gradins étaient déjà sur le bout de leur siège. Il était extrêmement difficile de prédire qui allait succéder au légendaire Usain Bolt.

En demi-finales, le grand favori avant les Jeux, l’Américain Trayvon Bromell, s’était écrasé pour un deuxième soir de suite. Son chrono de 10 s s’était avéré insuffisant, par un millième, pour lui offrir une place en finale.

Bromell avait pourtant produit la meilleure marque mondiale de l’année avant les Jeux, un retentissant temps de 9,77 s.

Par ailleurs, un autre événement stupéfiant avait marqué la soirée. Lui aussi sorti de nulle part, le Chinois Bingtian Su avait réalisé le meilleur chrono des trois demi-finales en franchissant le fil d’arrivée en 9,83 s.

Or, Su était à 28 jours de son 32e anniversaire et il s’agissait de loin de son meilleur chrono à vie. Jusqu’à son arrivée à Tokyo, au fil des ans, il avait toujours éprouvé de la difficulté à passer sous les 10 s. Dans l’enceinte du stade, il y avait donc énormément de sceptiques.

Avant les demi-finales, la meilleure performance du Chinois était un 9,91 s inscrit il y a deux ans. Toutefois, Su n’a pu reproduire sa magie au moment où ça comptait le plus. En finale, il a terminé 6e et dernier avec un temps de 9,98 s.

***

À peine remis du triomphe de leur équipe de foot à l’Euro, les amateurs de sport italiens ont probablement encore fêté très fort en ce dimanche historique.

Quelques minutes avant la victoire de Jacobs, ils avaient vu leur champion de saut en hauteur, Gianmarco Tamberri, s’emparer de la médaille d’or.

En zone mixte avant de se présenter en conférence de presse, Jacobs a confié à la presse italienne qu’il avait été transporté par la victoire de Tamberi. Et qu’une fois arrivé à la ligne de départ, il avait oublié tous les concurrents qui l’entouraient pour se concentrer uniquement sur sa course.

Il va sans dire, beaucoup de gens ont sourcillé en voyant l’Italien remporter l’or, car il n’était jamais passé sous les 10 s avant cette année. Toutefois, depuis le mois de mai, Jacobs figurait parmi les sprinteurs les plus ascendants sur la planète.

Avant d’arriver à Tokyo, il avait produit plusieurs chronos se situant entre 9,90 et 9,99 s depuis le mois de mai. Il est parvenu à passer sous les 9,90 s pour la première fois en demi-finales avec un temps de 9,84 s, puis en grande finale olympique.

Le succès que j’ai connu aujourd’hui est l’aboutissement d’une démarche qui a commencé il y a trois ans quand j’ai déménagé à Rome et que je me suis entouré d’une équipe complète : un psychologue sportif, un chiropraticien, un nutritionniste, etc.

Tous les membres de cette équipe ont travaillé ensemble pour remporter cette médaille d’or, a expliqué Jacobs, qui a plusieurs fois répété qu’il avait encore peine à réaliser qu’il venait de l’emporter.

Ne me comparez pas à Usain Bolt. Je suis seulement le gars qui a gagné le 100 m après lui. Attendons un peu de voir ce que réserve l’avenir avant de prononcer mon nom dans la même phrase que lui.

Qu'il ne s’inquiète surtout pas. Nous attendrons!

Au cours des prochaines années, les résultats des finales des Championnats du monde seront probablement aussi incertains que ceux de Tokyo.

Une incroyable dernière journée à la piscine

Comme prévu, les compétitions de natation des Jeux se sont conclues par un véritable feu d’artifice au magnifique Centre aquatique de Tokyo.

En remportant des médailles d’or au 50 m style libre et au 4 x 100 m quatre nages, l’Australienne Emma McKeon est entrée dans la légende en devenant la deuxième athlète olympique de l’histoire à obtenir sept médailles, dont quatre d’or, au cours des mêmes Jeux.

Du côté masculin, l’Américain Caeleb Dressel a conclu son séjour à Tokyo sur le même genre d’apothéose. Il a aussi gagné l’or au 50 m style libre et au 4 x 100 m quatre nages pour conclure ses Jeux avec cinq médailles d’or, rien de moins.

Il s’agit d’un exploit que seulement quatre autres Américains avaient réussi avant lui, dont Mark Spitz et Michael Phelps.

Incroyablement, ces exploits n’ont peut-être pas constitué le plus grand fait saillant de la journée!

Le relais américain du 4 x 100 m quatre nages, qui ne semblait pas favori pour remporter la dernière épreuve des Jeux, a réussi à produire un retentissant record du monde.

Ryan Murphy, Michael Andrew, Caeleb Dressel et Zach Apple ont franchi la distance en 3 min 26 s 78/100, pour permettre aux États-Unis de poursuivre l’une des plus impressionnantes périodes de domination de l’histoire du sport international.

C’était la 15e fois de suite que les Américains remportent la médaille d’or dans cette épreuve fétiche des Jeux olympiques. Ils n’ont donc jamais été vaincus depuis que le 4 x 100 m quatre nages a été inscrit au programme en 1960. La seule fois où un autre pays (l’Australie) a reçu l’or dans ce relais, c’était aux Jeux de Moscou, qui ont été boycottés par les États-Unis.

Les nageurs canadiens pensent déjà à Paris

Du côté canadien, le relais féminin 4 x 100 m quatre nages a conclu les Jeux en récoltant le bronze après avoir inscrit un nouveau record national de 3:52,60.

Le Canada a quitté la piscine olympique avec six médailles en poche, égalant ainsi la récolte de Rio.

Kylie Masse, Sydney Pickrem, Maggie Mac Neil et Penny Oleksiak sont donc parvenues à répéter la médaille de bronze qu’elles avaient obtenu aux derniers Championnats du monde. À Rio, en 2016, les Canadiennes avaient terminé 5es dans cette épreuve avec un record national de 3:55,49.

Les nageurs du Canada, pour leur part, s’étaient qualifiés pour la finale, ce qui était déjà un exploit, puisque ce côté du programme est à un stade moins avancé de développement que celui des femmes.

Ils ont fini 8es alors qu’ils alignaient deux des plus jeunes nageurs du plateau.

Après ces dernières épreuves, le directeur haute performance de Natation Canada, John Atkinson, a tenu une rencontre avec toute l’équipe pour dresser un bilan des Jeux et, surtout, pour les prévenir que la course vers Paris est déjà commencée.

Quand nous reprendrons le collier au mois de septembre, nous serons seulement à 2 ans et 10 mois des Jeux de Paris, a souligné Atkinson.

Sur la scène mondiale, la course contre la montre ne s’arrête jamais.

À ne pas manquer