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Nouvelle olympique

Chronique

Cheptegei courait avec le poids du record du monde sur le dos

Il lève les bras au ciel.

L'Éthiopien Selemon Barega

Photo : Getty Images / Michael Steele

Les générations de coureurs de longue distance se succèdent, mais à la fin, les résultats sont toujours les mêmes : les gagnants proviennent du continent africain. Les superstars des 5000 m et 10 000 m sont de véritables héros aux yeux de leurs compatriotes, mais ce n’est pas toujours facile à porter.

Les compétitions d’athlétisme débutaient en grand vendredi au stade olympique de Tokyo. Et en fin de soirée, l’événement à ne pas manquer était la finale du 10 000 m, où on savait qu’un nouveau roi olympique allait être couronné. Il y avait même une chance de voir Mohammed Ahmed remporter la première médaille canadienne de l’histoire sur cette distance.

Plus tôt cette année, on espérait que le médaillé d’or des Jeux de Londres et de Rio, le Britannique Mo Farah, puisse défendre son titre une dernière fois. Mais à 38 ans, le Somalien d'origine n’a pas été capable d'atteindre les standards olympiques lors des essais nationaux tenus avant les Jeux.

Pour lui succéder, tous les regards étaient tournés vers les Ougandais Joshua Cheptegei et Jacob Kiplimo.

Cheptegei, 24 ans, avait effacé un record du monde vieux de 15 ans l’année dernière en franchissant les 10 000 mètres en un temps hallucinant de 26 min 11 s. Quant à Kiplimo, il n’est âgé que de 20 ans. Mais c’est une étoile montante. Et il était l’auteur du meilleur chrono de l’année en 26:33,93.

Eh bien! Par quelques centièmes de seconde, les deux favoris ont finalement raté la plus haute marche du podium. Et c’est Selemon Barega, un Éthiopien de 21 ans, qui s’est emparé de l’une des plus prestigieuses couronnes du monde de l’athlétisme.

Au terme d’un sprint d’enfer, Barega a mis la main sur la première médaille d’or disputée au stade olympique grâce à un chrono de 27:43,22. Il a donc pu s’offrir la plus haute marche du podium avec un temps supérieur de plus d’une minute et demie du record mondial de Cheptegei!

Les coureurs avaient toutefois droit à toute l’indulgence du monde. Avec une température de 30 degrés et un taux d’humidité digne d’un sauna, personne ne s’attendait à ce que les athlètes puissent offrir des performances optimales.

Barega succède ainsi à de grands héros nationaux éthiopiens comme Haile Gebrselassie et Kenenisa Bekele, qui avaient remporté les quatre titres olympiques précédant ceux de Mo Farah en 2012 et en 2016.

Cette médaille me rend particulièrement fier parce que j’ai travaillé très fort pour atteindre ce niveau. Elle me rend aussi fier pour mon peuple et ma fédération nationale, qui m’ont beaucoup soutenu, a dit Barega, qui est ainsi devenu le plus jeune médaillé de l’histoire de son pays.

En tant qu’athlètes, on rêve d’abord de participer aux Jeux olympiques, ensuite d’être champions et de battre des records. J’espère éventuellement être en mesure d'améliorer le record du monde, a-t-il poursuivi.

***

La stratégie des deux Ougandais semblait pourtant bien établie pour aller chercher la toute première médaille d’or de l’histoire de leur pays sur cette distance.

Leur compatriote Stephen Kissa a campé le rôle du lièvre et a poussé la machine au maximum pendant les 6000 premiers mètres. Mais quand il a rendu les armes, il n’avait pas réussi à casser le peloton. Cheptegei et Kiplimo avaient encore tous leurs rivaux sur le dos.

Vaine échappée de Mohammed Ahmed

Avec 2000 mètres à faire, les deux Ougandais menaient de justesse le peloton et le Canadien Ahmed leur soufflait dans le cou. Par la suite, le rythme n’a pas cessé de s’accélérer. Impatient, Ahmed a tenté une échappée dans les 800 derniers mètres. Mais il n’a semé personne et a terminé 6e.

Avec le recul, après la course, le Canadien a estimé qu’il aurait probablement dû se montrer plus patient. Mais il n’avait pas de regrets d’avoir tout donné.

Quand le dernier tour s’est amorcé, Barega est sorti comme une fusée et a doublé le Canadien, entre autres.

S’il y avait eu une foule, elle aurait rugi. Il y a toujours quelque chose de surréaliste à voir des humains parcourir les 400 derniers mètres d’une épreuve aussi exigeante à une telle vitesse.

Cheptegei et Kiplimo ont peut-être réagi une ou deux secondes trop tard quand Barega a amorcé sa puissante échappée finale. Leur sprint désespéré des 200 derniers mètres n’a pas été suffisant. Ils ont raté l’or par 41 et 66 centièmes de seconde respectivement.

Ces athlètes donnent toujours l’impression d’être surhumains. Quel spectacle!

***

Quand même, les médailles d’argent et de bronze de Cheptegei et de Kiplimo se sont avérées très satisfaisantes. Ce sont les premières de l’histoire de l’Ouganda dans cette épreuve.

En conférence de presse, Cheptegei s’est dit extrêmement heureux d’avoir pu gagner une médaille aux côtés de son jeune compatriote Kiplimo.

Avec grande humanité, il a ensuite expliqué que la pression de son record du monde s’était avérée tellement grande pour lui au cours de la dernière année qu’il avait fini par éprouver des problèmes de santé mentale et qu’il avait même songé à ne pas se présenter à Tokyo.

Après Simone Biles il y a quelques jours, Cheptegei était donc la deuxième étoile mondiale des Jeux à révéler une détresse intérieure.

J’ai battu trois records mondiaux l’an passé et ça a été très difficile d’essayer de maintenir une condition optimale par la suite, alors que je savais que les Jeux s’en venaient et que tout le monde voulait me battre. Je me suis mis à me préoccuper de choses que je ne contrôlais pas et, à un certain moment, je ne me comprenais plus moi-même. Puis, j’ai été blessé et je me suis dit qu’il valait peut-être mieux prendre une pause, faire l’impasse sur les Jeux et repartir à neuf plus tard.

Mais mon entourage m’a rappelé combien mes compatriotes me soutenaient. Et je me suis dit que j’allais participer aux Jeux pour eux. C’est la seule raison pour laquelle je suis à Tokyo et je suis fier d’avoir remporté ces premières médailles olympiques avec mon ami Kiplimo, a-t-il conclu.

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