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Nouvelle olympique

Chronique

La fédération internationale de boxe a été congédiée, et ça va mieux

Deux boxeurs s'affrontent dans un ring aux Jeux de Tokyo.

Un combat de boxe olympique opposant l'Indien Satish Kumar au Jamaïcain Ricardo Brown.

Photo : Associated Press / Frank Franklin II

On entend assez peu parler du tournoi de boxe olympique jusqu’à présent. Et c’est peut-être une très bonne chose si l’on se rappelle que celui des Jeux de Rio avait été marqué par un gigantesque scandale de corruption et de matchs truqués.

Après les Jeux de Rio, l’Association internationale de boxe amateur (AIBA) a été jugée tellement corrompue par les dirigeants du Comité international olympique (CIO) qu’elle s’est fait retirer le privilège d’organiser les qualifications devant mener aux Jeux de Tokyo, ainsi que le tournoi olympique lui-même.

Bref, la fédération internationale a été suspendue au complet! Plus croche que ça, tu meurs. C’est donc un comité spécial mis sur pied par le CIO qui veille au bon déroulement des activités par les temps qui courent à Tokyo.

Par ailleurs, aucun des 36 juges et arbitres qui étaient d’office à Rio n’a été invité à superviser des combats aux Jeux cette année.

C’est un dossier ahurissant que Radio-Canada avait suivi de très près dès le départ. Et quand on y repense, il est encore difficile de croire qu’un tel niveau de malversation ait pu avoir lieu presque au grand jour sous le grand chapiteau olympique.

L’histoire avait commencé quelques jours avant le début des Jeux de Rio. Des intervenants du milieu de la boxe irlandaise avaient révélé au quotidien britannique The Guardian que plusieurs combats du tournoi olympique allaient être truqués. Ils soutenaient qu'un groupe d'officiels de l'AIBA s'était déjà réuni pour déterminer à l'avance l'identité des boxeurs qui devaient être déclarés gagnants.

Et c’est en plein ce qui est arrivé!

Des décisions invraisemblables étaient rendues, et des boxeurs russes qui avaient nettement perdu étaient déclarés vainqueurs de leurs combats.

La défaite subie par l’Irlandais Michael Conlan avait particulièrement et certainement sonné l’alarme. Déclaré vainqueur, son adversaire russe Vladimir Nikitin avait été tellement amoché qu’il était incapable de poursuivre le tournoi. Plusieurs autres décisions extrêmement douteuses avaient ainsi été rendues et, en y regardant de plus près, on se rendait compte que c’était toujours le même petit groupe de cinq ou six officiels qui était lié à la controverse.

À la fin de la compétition, les organisateurs avaient d’ailleurs eu du mal à remettre une médaille à un boxeur russe. La cérémonie avait dû être interrompue tellement le public chahutait.

***

Après les Jeux, on avait appris qu’un audit des livres comptables de l’AIBA, mené par la firme PricewaterhouseCoopers, avait découvert des malversations financières d’ordre criminel au sein de l’AIBA. La fédération avait notamment reçu un prêt extrêmement louche de 10 millions d’une compagnie d’Azerbaïdjan. Et ledit prêt n’avait jamais été remboursé...

Concernant la boxe en tant que telle, une enquête interne avait fait naître de forts soupçons à l’endroit de l’ex-directeur général de l’AIBA, Karim Bouzidi. On avait découvert qu’il avait modifié les assignations des juges et arbitres pour certains combats du tournoi de Rio.

La cerise sur le gâteau est survenue en 2017 quand le président de l’AIBA, le Taïwanais Wu Ching-kuo, a été forcé de démissionner et qu’il a été remplacé par le Russe/Ouzbek Gafur Rakhimov. Or, ce dernier était reconnu par plusieurs organismes ou pays (Interpol, le département d’État des États-Unis et la Grande-Bretagne) comme un membre de la mafia russe. On le désignait par ailleurs l’un des plus importants trafiquants d’héroïne du monde.

Comme ça devenait vraiment gênant, le CIO a tout simplement écarté la fédération du giron olympique.

Depuis ce temps, des gens au sein de l’AIBA essaient de faire le ménage. Ils ont d’ailleurs confié à l’avocat canadien Richard McLaren le mandat d’enquêter en profondeur et de déterminer les forces qui ont ainsi pu faire dérailler le noble art.

McLaren est celui qui avait démontré l’existence du scandale de dopage, parrainé par le gouvernement russe, lors des Jeux de Sotchi.

***

Depuis le début des Jeux, sur le plancher des vaches de Tokyo, le tournoi semble se dérouler rondement si l’on se fie aux observations du directeur haute performance canadien, Daniel Trépanier.

Les organisateurs du tournoi de boxe de Tokyo ont misé sur des juges et arbitres qui n’avaient pas vraiment accès aux grosses compétitions organisées par l’AIBA dans le passé. C’est comme un nouveau départ. Ces gens n’ont pas de relations avec qui que ce soit, constate Trépanier.

Par ailleurs, les règles ont été modifiées pour rendre la manipulation des résultats plus difficile. Ainsi, il y a désormais cinq juges au lieu de trois. De surcroît, leurs cartes de pointage sont affichées et peuvent être vues par le public et par les boxeurs entre les rounds.

La publication des cartes de pointage rend les juges beaucoup plus redevables de leurs décisions. Tout est transparent, et c’est bien mieux ainsi, ajoute Daniel Trépanier.

Avant d’affirmer que le nouveau système est impeccable, le directeur de Boxe Canada estime toutefois qu’il faudra attendre que les combats importants commencent.

Il n’y a habituellement pas de controverse dans les tours préliminaires. Dans le passé, c’était quand les athlètes commençaient à participer à des combats donnant accès à des médailles que les décisions douteuses survenaient, souligne-t-il.

On verra bien. Les quarts de finale s'amorceront vendredi.

***

Le Canada s’était présenté à Tokyo avec quatre boxeuses et un boxeur. Or, il ne reste plus que la Québécoise Tammara Thibeault en lice chez les moins de 75 kg.

Elle boxera en quarts de finale samedi contre la Néerlandaise Nouchka Fontijn. Il s’agira pour elle d’un gros contrat puisque Fontijn a remporté l’argent aux Jeux de Rio, en plus de terminer 2e lors des trois derniers Championnats du monde.

À cause de la pandémie, les Jeux de Tokyo sont notre premier tournoi en un an et demi. Nos athlètes ont été si peu exposés à la compétition internationale qu’il est beaucoup plus difficile qu’en temps normal de percevoir où l’on se situe dans le tableau.

Une citation de :Daniel Trépanier

Pour mieux préparer Tammara en vue des Jeux, on a fait venir une boxeuse norvégienne à Montréal afin qu’elle lui serve de partenaire d’entraînement. En fait, on a invité des partenaires étrangères pour aider chacune de nos trois boxeuses. Ç'a été un parcours parsemé d’embûches, mais on a fini par les avoir, raconte Trépanier.

On a très hâte de voir Tammara Thibeault dans ce combat de haut niveau.

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