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Nouvelle olympique

Chronique

Maude Charron : une médaille d’or, un conte de fées, une douce fraîcheur

Elle est émue après son épreuve.

Maude Charron est championne olympique.

Photo : Getty Images / Chris Graythen

Ces dernières années, Maude Charron a sollicité plusieurs commanditaires dans l’espoir d’appuyer financièrement sa route vers les Jeux de Tokyo. Toutefois, quand les dirigeants d’entreprises constataient qu’elle faisait de l’haltérophilie, ils refermaient tout de suite son dossier en disant : « Désolé, ce n’est pas pour nous. »

Très tard mardi soir (heure de Tokyo), cette athlète brillante, éloquente et exceptionnellement douée, a remporté l’une des plus colossales médailles des Jeux en soulevant un total de 236 kg dans la catégorie des moins de 64 kg. Quelques heures plus tard, elle espérait que sa médaille d’or allait contribuer à changer la perception des Canadiens à l’endroit de son sport.

C’est juste dur de se faire virer de bord comme ça. Mais quand ça arrive, il faut en prendre et en laisser. Dans la vie, on ne peut pas tout avoir ni tout contrôler. Le fait de ne pas être soutenue par ces commandites ne m’a pas empêchée de m’entraîner. Il a juste fallu que je coupe certains coins ronds financièrement et que je fasse certaines concessions.

Mais ce n’est que partie remise. J’espère que certains changeront éventuellement d’idée. Et surtout, j’espère que ma médaille d’or aidera l’haltérophilie au Canada, a dit l’athlète de Sainte-Luce, impressionnée par le tourbillon médiatique qu’a suscité son triomphe.

Maude Charron regarde au plafond après avoir réussi une levée.

Maude Charron, de Rimouski, est championne olympique en haltérophilie chez les moins de 64 kg.

Photo : Getty Images / Chris Graythen

Les dirigeants du CIO, qui ont menacé de rayer l’haltérophilie du programme des Jeux de Paris en 2024 en raison des lourds problèmes de dopage qui ont miné ce sport, doivent maintenant se demander comment il serait possible de cloner Maude Charron.


Cette championne québécoise de 28 ans incarne parfaitement la bouffée de fraîcheur qu’on tente d’insuffler au monde de l’haltérophilie.

Au secondaire, elle jouait du hautbois dans l’harmonie de son école et faisait de la gymnastique. Puis, au début de la vingtaine, elle pratiquait le CrossFit et rêvait de participer aux Championnats du monde de ce sport. Bref, ce n’est pas Maude Charron qui a choisi l’haltérophilie, mais bien le contraire. C’est d’ailleurs elle qui le dit.

Au milieu des années 2010, Serge Chrétien, un entraîneur d’haltérophile de Sainte-Anne-des-Monts, donnait un petit séminaire à Rimouski à des athlètes pratiquant le CrossFit. Quand il a vu Maude Charron soulever des charges, il s’est tout de suite rendu compte qu’il venait de dénicher une athlète d’exception.

Serge m’a proposé d’essayer l’haltérophilie dans une compétition, et j’ai gagné les Championnats québécois cette année-là. Par la suite, ça s’est enchaîné avec les Championnats canadiens, puis universitaires. Et maintenant, ce sont les Olympiques. Sans lui, je n’aurais jamais touché à ce sport, raconte-t-elle.

À Saint-Anne-des-Monts, mardi matin (heure du Québec), en voyant sa protégée monter sur la plus haute marche du podium, le premier entraîneur de Maude Charron pleurait comme un enfant dans son salon.

Il a fallu que je convainque Maude de délaisser le CrossFit pour se consacrer entièrement à l’haltérophilie. En 2015, nous étions aux Championnats canadiens à Vancouver quand nous avons eu une conversation déterminante elle et moi. Je lui ai dit : "Fais-toi confiance! Tu es une haltérophile! Tu as tout ce qu’il faut pour réussir et participer aux Jeux olympiques."

En 2016, Maude a regardé les compétitions des Jeux de Rio et elle s’est effectivement rendu compte que c’était possible. C’est là que j’ai vu le rêve olympique naître dans ses yeux. À partir de là, j’ai toujours été convaincu que plus rien n’allait l’arrêter, raconte Serge Chrétien, qui est âgé de 61 ans.

Alors que la nuit était déjà bien entamée à Tokyo, toute la région du Bas-Saint-Laurent célébrait l’extraordinaire médaille d’or de Maude Charron. L’héroïne du jour, elle, tentait de reprendre ses esprits en mangeant une pointe de gâteau à la cafétéria du village olympique. Elle a aussi profité de ce moment de plénitude pour téléphoner à Serge Chrétien.

Serge était tout rouge et il souriait à pleines dents. Et il a encore pleuré, dit-elle.

Bref, ce sont des histoires comme celle de Maude Charron dont l’haltérophilie a besoin.

Elle soulève une charge à bout de bras.

Maude Charron à Tokyo

Photo : Reuters / Edgard Garrido


En voyant la Québécoise recevoir sa médaille d’or sur la plus haute marche du podium, il était par ailleurs difficile de ne pas avoir une bonne pensée pour Christine Girard.

Cette dernière avait remporté le bronze aux Jeux de Londres en 2012. Mais cinq ans plus tard, de nouveaux tests avaient révélé que les deux athlètes devant elle s’étaient dopées et qu’elle avait en fait remporté l’or. Le dopage l’avait donc privée de ce précieux moment sur la plus haute marche du podium.

Aussi, aux Jeux de Pékin en 2008, Christine Girard croyait avoir terminé 4e. Encore là, elle avait reçu sa médaille de bronze par la poste, cette fois huit ans plus tard, parce que des tests plus sophistiqués avaient révélé qu’une des médaillées avait fait usage de produits dopants.

Elle en tient une dans chaque main et sourit.

Christine Girard avec ses deux médailles olympiques

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

J’ai tellement pensé à Christine pendant nos compétitions! C’est elle qui m’a remis ma première médaille d’or aux Championnats canadiens. Elle nous a aussi écrit avant Tokyo et nous avons fait une visioconférence avec elle avant de partir. Nous (l’équipe canadienne) voulions profiter de ses conseils et nous assurer que notre préparation était à point.

Dans le dernier droit de la compétition, je pensais à elle. Je me disais que le Canada était dû pour remporter une victoire en temps réel et qu’elle aurait dû vivre ce moment en 2012. Il y a un petit peu d’elle dans ma médaille d’or, a souligné Maude Charron.


Au bout du compte, le fait qu’une athlète comme Maude Charron soit parvenue à décrocher un titre olympique et à savourer sa victoire sur le podium indique qu’un sérieux ménage est en train de se faire au sein de ce sport.

Le CIO a ordonné ce ménage. Et la Fédération internationale d’haltérophilie, qui a été frappée par un gênant scandale de manipulations de tests positifs il y a un an et demi, n’a pas vraiment le choix.

Les athlètes de la Roumanie, de la Thaïlande, d’Égypte et de Malaisie ont été interdits de se présenter à Tokyo en raison du nombre de tests positifs produits par leurs athlètes. Et durant le cycle olympique, de puissantes nations d’haltérophilie comme la Chine, la Russie, le Bélarus, la Turquie et le Kazakhstan ont été suspendues pour les mêmes raisons.

Le CIO a aussi sévi à d’autres niveaux. L’AFP soulignait récemment qu’il n’y a que 120 haltérophiles à Tokyo comparativement à 260 à Rio il y a cinq ans.

Au Canada, on se fait tellement tester qu’on connaît les agents d’antidopage par leur prénom. Il y a effectivement beaucoup de ménage qui se fait dans notre sport et c’est ce qui explique pourquoi nous sommes cinq Canadiens à nous être qualifiés pour les Jeux.

Je me dis que plus les Jeux vont être propres, plus on verra des résultats comme le mien. Et peut-être que les commanditaires seront plus enclins à nous appuyer, conclut Maude Charron.

Pour toutes ces raisons, sa médaille d’or sera assurément l’une des plus grandes réalisations canadiennes à ces Jeux.

Maude Charron pose avec sa médaille d'or olympique.

Maude Charron est la deuxième Canadienne à remporter l'or olympique en haltérophilie après Christine Girard aux Jeux de Londres en 2012.

Photo : Getty Images / Chris Graythen

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