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Nouvelle olympique

Chronique

Le passage du flambeau, les meilleurs Jeux des judokas canadiens

Catherine Beauchemin-Pinard place ses mains sur ses hanches.

Après Jessica Klimkait, au tour de Catherine Beauchemin-Pinard de grimper sur la troisième marche du podium en judo à Tokyo.

Photo : Getty Images / Franck Fife

TOKYO – Lorsque les judokas canadiens ont pris l’avion pour le Japon le 18 juillet dernier, ils mettaient le cap vers les Jeux de l’incertitude. Et voilà que neuf jours plus tard, le thème a complètement changé. Ils sont en train de vivre les meilleurs Jeux de l’histoire du programme.

Vingt-quatre heures après avoir vu Jessica Klimkait (-57 kg) remporter la première médaille féminine de l’histoire pour le judo canadien, la Québécoise Catherine Beauchemin-Pinard, classée 7e du monde chez les moins de 63 kg, en a remis mardi soir dans l’enceinte du mythique Budokan de Tokyo.

Après s’être inclinée en demi-finales, au terme d'un furieux combat avec la no 1 mondiale, la Française Clarisse Abdegnenou, Beauchemin-Pinard s’est emparée du bronze en défaisant une vieille rivale, la Vénézuélienne Anriquelis Barrios, 12e.

Maintenant, toutes les petites filles qui pratiquent le judo au Canada savent qu’il est possible de remporter une médaille olympique.

Les femmes de l’équipe canadienne n’ont pas fait les choses à moitié à Tokyo. Car Klimkait et Beauchemin-Pinard ont aussi repoussé une autre frontière en permettant au programme national de remporter deux médailles pour la toute première fois de son histoire.

Pour gagner cette précieuse deuxième médaille, Beauchemin-Pinard ne l’a toutefois pas eue facile. Elle a dû disputer plus de trois minutes supplémentaires (la période golden score) avant d’inscrire un waza-ari en contrant une sérieuse attaque de Barrios.

Quand l’arbitre a confirmé qu’il s’agissait d’un waza-ari, je me suis dit : "C’est fini? Ma souffrance est finie"?, racontait la nouvelle héroïne de l’équipe canadienne, en reprenant son souffle, quelques minutes après ce combat épique.

Beauchemin-Pinard était toutefois confiante en se présentant sur le tatami. Elle avait déjà vaincu Barrios trois fois en cinq affrontements au cours des dernières années.

La dernière fois, c’est moi qui avais gagné. Et aujourd’hui, j’avais ma tactique. Il fallait juste que je descende sa manche et que je ne la laisse pas travailler. Il fallait que je travaille et que je bouge. Et c’est ce que j’ai fait jusqu’à la fin, a-t-elle relaté.

La Montréalaise de 27 ans ne sait toutefois pas si on la reverra dans trois ans aux Jeux de Paris.

Pour 2024, ce sera à voir. Je ne suis pas encore certaine de continuer parce que je ne sais pas si ma flamme intérieure sera suffisamment forte. Il est certain que je continuerai pendant encore un an. Mais après, ce sera à voir.

Une citation de :Catherine Beauchemin-Pinard

Il y a neuf jours, le hasard a voulu que les judokas canadiens se retrouvent sur le même vol que nous pour s’en venir aux Jeux. J’en avais profité pour reprendre un peu de temps perdu avec Nicolas Gill, que j’ai connu en 1992 après la retentissante médaille de bronze qu’il avait remportée à Barcelone.

Au terme de sa carrière d’athlète, avec en poche des diplômes universitaires en éducation physique et en administration, Gill était devenu entraîneur au sein du programme national. Mais après les Jeux de Rio, il a été promu aux exigeantes fonctions de directeur général et de directeur de la performance de la Fédération canadienne.

Il n’est pas nécessaire de faire un dessin pour comprendre que son premier cycle olympique à titre de grand patron a tourné au cauchemar en mars 2020. Jusque-là, tout était sur les rails, racontait-il.

Durant la pandémie, il n’y avait plus de rails. La fédération a perdu 66 % de ses membres. Et Judo Canada n’aurait pas été en mesure de traverser cette crise sans une aide financière d’urgence du gouvernement. Sans compter le fait qu’en comparaison avec la plupart de leurs rivaux, les judokas et des autres athlètes olympiques canadiens ont été considérablement désavantagés par les règles sanitaires préconisées au pays.

Il a fallu trouver des solutions bâtardes pour que nos athlètes puissent avoir accès à un minimum d’entraînement. Je pense que ces initiatives-là vont faire en sorte que nos résultats seront, somme toute, corrects, prédisait-il avant de poser le pied au Japon.

Cette semaine, avec ses résultats historiques, ses athlètes lui ont donc donné une extraordinaire démonstration de résilience.

***

En plus, les médailles que le Canada espérait ne sont pas nécessairement venues d’où on les attendait.

Quelques heures avant le combat de Catherine Beauchemin-Pinard, Antoine Valois-Fortier s’est incliné par waza-ari devant le huitième favori mondial, le représentant du Comité olympique russe, Alan Khubetsov.

Classé 9e du monde, le valeureux combattant québécois a ainsi vu sa carrière olympique prendre fin dans les huitièmes de finale.

Depuis sa médaille de bronze aux Jeux de Londres en 2012, Valois-Fortier avait pourtant déployé tous les efforts imaginables pour en décrocher d’autres. Il avait d’ailleurs pleuré à chaudes larmes et ému le pays tout entier après avoir perdu son premier combat de repêchage à Rio, où il était l’un des favoris.

Puis, au cours du dernier cycle olympique, en plus d’être aux prises avec de puissants maux de dos, il était passé sous le bistouri deux fois pour soigner des blessures à une hanche et à un genou dans l’espoir de retrouver une forme optimale.

Voir cet ancien vice-champion du monde quitter Tokyo sur cette note était donc immensément triste. Sauf qu’avec un pas de recul, on se rend compte qu’il y avait aussi quelque chose d’immensément beau dans ce qui est survenu mardi dans l’équipe canadienne.

Car tout ce que Judo Canada a construit au cours des neuf dernières années reposait en quelque sorte sur les épaules d’Antoine Valois-Fortier.

Après la défaite de son protégé, Nicolas Gill a d’ailleurs expliqué que, depuis la médaille de bronze à Londres, une importante partie du financement du programme d’excellence de Judo Canada, notamment par À nous le podium, avait été obtenue grâce à l’excellence de Valois-Fortier. Parce que le système canadien finance davantage les programmes susceptibles de rapporter des médailles.

Si Antoine ne gagne pas la médaille de bronze à Londres, je ne suis pas ici pour vous parler aujourd’hui. Et nous n’aurions pas six judokas à Tokyo s’il n’avait pas été là. Nous en aurions peut-être deux, a raconté Gill aux confrères qui assistaient à la séance de l’après-midi.

Ce n’est donc pas à un échec qu’on a assisté avec la sortie de Valois-Fortier, mais plutôt à un extraordinaire passage du flambeau.

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