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Nouvelle olympique

Chronique

Le conte de la fée à la planche à roulettes

Elle glisse sur une rampe lors d'un parcours.

La planchiste canadienne Annie Guglia

Photo : AFP / Getty Images / Tiziana Fabi

Si Disney désire produire un conte d'une autre époque, il pourra s'inspirer de l'histoire d'Annie Guglia. Parce que la destinée de la fée de la planche à roulettes mérite d'être racontée.

Il était une fois une jeune femme qui avait perdu espoir de participer aux Jeux olympiques (attention, ceci est une histoire vraie).

Chez elle, dans la contrée du Québec, Annie se remémorait tous ses bons moments passés sur sa planche dans le monde. Combien de fois avait-elle souri en s'imaginant à Tokyo? Sûrement à des milliers d'occasions durant tous ses voyages afin de perfectionner sa technique.

Éveillée ou endormie, la fée Annie rêvait des JO.

Cette fée canadienne de la planche à roulettes n'était pas la dernière venue. À 30 ans, elle savait que beaucoup d'autres fées, plus jeunes qu'elle et de partout sur la planète, pouvaient lui barrer la route qui menait au pays du Soleil levant. Les portes du Japon devaient absolument s'ouvrir à elle pour qu'Annie puisse s'épanouir sur le parcours olympique...

À six semaines à peine des JO, le malheur s'est produit. Les espoirs d'Annie sont devenus des illusions. La fée canadienne a trébuché, incapable de se qualifier et d'obtenir son billet pour ce voyage si attendu au Japon.

À Rome, le jour de son élimination, Annie a beaucoup pleuré, seule dans une petite pièce qui la séparait de la vingtaine d’heureuses élues. Le moral de la fée triste a été miné. À son âge avancé (mes excuses Annie), elle craignait de ne plus jamais avoir l'occasion de réaliser ses ambitions olympiques.

Sécher ses pleurs

Après peu de temps, la fée a cependant retrouvé le sourire auprès des siens. Après tout, Annie avait mené une belle carrière. Pionnière de la planche à roulettes dans son pays, elle n'avait pas à rougir de ses performances, surtout au début de la trentaine! (encore si jeune et inspirante...)

Que de souvenirs depuis ses tournées avec les Skirtboarders, un groupe de jeunes fées qui parcouraient le monde pour faire la promotion de la planche à roulettes au féminin. À l'époque, Annie n'avait que 16 ans et la présence de ce sport au programme olympique n'était même pas un mirage.

Les larmes d'Annie ont séché. De retour dans son royaume, elle s'était faite à l'idée d'observer au loin les autres fées invitées au grand rendez-vous du prince charmant du CIO Thomas Bach (je sais, c'est un peu exagéré, mais il faut respecter la thématique).

L'appel

Tôt, par un beau matin du 21 juillet, pendant qu'Annie dormait encore paisiblement, son téléphone a sonné. Elle n'a pas répondu. Puis, le téléphone a sonné une autre fois.

Au bout du fil, elle a entendu la voix d'un autre prince, celui de la haute performance du Canada. Adam a demandé à Annie si elle désirait l'accompagner à Tokyo. Il ne s'agissait pas d'une invitation à un rendez-vous galant, mais d'une offre à venir rejoindre les autres fées déjà qualifiées. L'une d'entre elles avait malheureusement contracté un terrible virus: la COVID-19, (une sorte de microbe étrange et contagieux dont vous en avez peut-être vaguement entendu parler?) qui la forçait à déclarer forfait.

Annie devenait ainsi une réserviste pour la compétition olympique et pouvait, si elle le voulait, s'envoler pour Tokyo. Mais Adam a préféré la prévenir. En cette période de pandémie, il était possible qu'elle soit enfermée dans sa chambre pendant tout son séjour au Japon dans l'attente qu'au moins deux places se libèrent parmi les fées qualifiées.

Annie a néanmoins accepté l'invitation, elle qui rêvait depuis si longtemps de se rendre à Tokyo et de pouvoir dire un jour qu'elle avait été invitée aux JO.

Puis, un autre mauvais sort a frappé une participante. Cette fée malchanceuse s'est blessée et Annie, qui ne souhaitait du mal à aucune de ses amies planchistes, est soudainement devenue la première réserviste.

L'interminable vol vers Tokyo s'annonçait subitement plus intéressant. Durant le périple, Annie s'est réveillée en sursaut. À travers le hublot, elle a aperçu les nuages et a dû se ressaisir aussitôt. Annie avait perdu le fil du temps. Elle ne comprenait plus pourquoi elle avait revêtu son costume rouge et blanc de l'équipe canadienne. Après quelques secondes, elle a éclaté de rire. Elle ne faisait pas un rêve, on l'attendait vraiment à Tokyo.

Le couronnement

Une fois rendue à destination, à peine 36 heures avant le début de la compétition, Annie a reçu un autre appel à l'aéroport.

Pendant qu'elle faisait la file réservée aux étrangers qui doivent subir le test COVID, Annie a répondu cette fois-ci à la première vibration. Ce qu'elle a entendu l'a fait trembler.

Ému, le prince de la haute performance avait un message percutant à lui transmettre et ne pouvait s'empêcher de verser quelques larmes. Il a annoncé à Annie qu'elle était officiellement une athlète olympique parce qu'une autre fée invitée au grand bal de Thomas Bach s'était blessée (peut-être en descendant l'escalier) durant un entraînement.

Comme par enchantement, en l'espace de quelques jours, sans qu'elle fasse quoi que ce soit, Annie a été promue au statut de participante à l'épreuve de planche à roulettes des Jeux olympiques de Tokyo, ce à quoi elle n'osait plus rêver depuis déjà plusieurs semaines.

La fée canadienne de la planche à roulettes avait sa place parmi les grandes dames du monde entier.

Annie, casquette à l'envers sur la tête et longs cheveux bruns au vent comme une fée moderne, s'est précipitée au parc olympique pour s'entraîner avec les autres invitées.

Dès son arrivée, un ami galant s'est approché pour lui souhaiter la bienvenue. Un sourire était accroché à ses lèvres en permanence. Annie avait encore le goût de se pincer. À quelques heures de sa première participation aux Jeux olympiques, elle rêvait les yeux ouverts.

Peu importe ce qui m'arrive, ceci confirme tout le travail que j'ai accompli. Je deviendrai la première planchiste à roulettes canadienne à participer aux Jeux olympiques. C'est magique.

Une citation de :Annie Guglia

Dorénavant, le conte de la fée à la planche à roulettes existe. Lundi, Annie ne s'est peut-être pas qualifiée pour la finale, mais elle aura fait rêver des milliers de petites princesses de son pays qui à leur tour pourront écrire leur propre histoire dans les parcs de planche à roulettes au Canada.

Annie Guglia montre fièrement sa planche à roulettes devant une affiche où on lit Tokyo 2020.

La Montréalaise Annie Guglia était déjà à Tokyo dans l'espoir de participer aux Jeux.

Photo : Instagram / Annie Guglia

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