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Chronique

La vague d'Italo

L'athlète est en action sur une vague.

Pour la première fois à Tokyo, il y aura des compétitions de surf aux Jeux olympiques.

Photo : Getty Images / MARVIN RECINOS

Ça fait du bien d'entendre quelqu'un souhaiter de plus grosses vagues. Le genre de vagues qui vous transportent ailleurs que dans une crise sanitaire. Les vagues de la mer, celles qui ravissent le surfeur olympique dans le Pacifique.

La scène se passe à la plage de Tsurigasaki. Jérôme et moi, on n'a pas hésité une seconde. C'est sur le sable que nous allions nous précipiter pour contrer les effets d'un périple de 30 heures vers le Japon. Pour y travailler, bien sûr. Ben voyons.

Jérôme Voyer-Poirier est mon partenaire olympique. Le réalisateur de talent avec qui je passerai tout mon temps durant 22 jours. Autrement dit, en jargon de pandémie, Jérôme est dans ma bulle. Alors, lui et moi, on est comme une planche et un surfeur. Indissociables. Mais revenons à la plage.

Le surf fait son entrée aux JO à Tokyo. Les compétitions auront lieu à une centaine de kilomètres de la capitale nipponne. Un beau coin du pays où les Japonais ont choisi de ne pas construire d'hôtels ni de condos de luxe au bord de la mer.

Ici, ce n'est pas la plage d’Hawaï, mais les surfeurs ne vont pas s’en plaindre. Parce que c'est ici qu'une première médaille d'or olympique sera accrochée au cou de l'un des leurs. Oui, le surf aux JO. Sur sa planche, Pierre de Coubertin en aurait perdu l'équilibre entre deux manœuvres audacieuses et un coup de vent. Et il aurait peut-être laissé son maillot au fond de l'eau!

Un surfeur à la mer

À notre arrivée à Ichinomiya, en milieu d'après-midi, il n'y avait qu'un seul homme à la mer. Ce surfeur dont le bronzage trahissait son amour de l'eau se laissait bercer par les petites vagues du jour. Je soupçonne Jérôme, surfeur à ses heures, d'avoir été tenté d'enfiler son maillot. Mais non, c'est un pro.

Les représentants des médias ne faisaient pas la file au bord de la mer mardi. Jérôme et moi étions pratiquement seuls, comme deux Canadiens errants au bas du classement d'une compétition de surf.

Vous avez compris. Aucun représentant de notre pays n'a réussi à se qualifier pour les premières épreuves féminine et masculine de surf olympique. 0 en 40. Meilleure chance la prochaine fois. Oui, nos milliers d'adeptes ont des croûtes à manger face à l'élite mondiale.

Grâce au photographe

Un photographe brésilien, le seul dans les parages, semblait porter une attention particulière à l'homme dans l'eau. Je m'approche et ce photographe constate que je n'ai aucune idée de l'identité de ce surfeur solitaire au loin.

C'est Italo Ferreira, le champion du monde, me dit-il, avec un peu de pitié dans la voix.

Oh!

Je me tourne vers Jérôme qui, agenouillé dans le sable, accumule les images de ce lieu qui ferait fléchir tout vacancier en surveillant du coin de l'oeil le surfeur inactif.

Je montre le gars dans l'eau avec une certaine insistance. Assez pour que Jérôme saisisse le message que le gars en question ne sera pas un touriste à la compétition prévue à compter du 25 juillet.

Italo finit par saisir une vague au passage, puis une autre. Et Italo décide de partir. Il se dépêche pour rentrer au vestiaire.

Il a pris son taxi pour rentrer à la maison, m'expliquera plus tard Jérôme, une expression utilisée par les amateurs de surf.

Ô Canada

Je vous jure que, pour une fois, un Canadien était à ses trousses.

Entre les barrières de sécurité, je l'interpelle au loin. Italo s'arrête et semble se demander ce que ce gars-là est si pressé de lui demander par une journée si tranquille.

Italo n'a pu entendre que le mot Canada, dont je me suis servi pour attirer son attention. Il lève le bras, hoche la tête en guise d'approbation, puis poursuit son chemin.

Il a fallu être patient avant qu'il revienne...

Italo est plus tard apparu sur un balcon d'une loge réservée aux athlètes située juste derrière nous, près de la plage. Le champion semblait très détendu. Et le photographe brésilien était avec lui. Et il y avait d'autres amis à ses côtés. Et on riait fort. Italo saluait au passage d'autres surfeurs.

On aurait dit par moments de grandes retrouvailles. Et les surfeuses qui sautaient à l'eau une à une s'envoyaient la main. Personne ne semblait vouloir rester dans sa bulle. Au diable les rivalités.

Après une trentaine de minutes, Italo finit par descendre de son balcon pour venir nous rejoindre, sans qu'on lui fasse signe. Il était peut-être curieux de savoir ce que le Canada lui voulait.

En fin de compte, Italo a été fort aimable.

Je souhaite pouvoir donner un bon spectacle. Aujourd'hui, les vagues étaient toutes petites. C'était juste plaisant. J'espère avoir la vague pour faire des choses folles. J'aime les grands sauts, comme si je faisais de la planche à roulettes sur l'eau.

Une citation de :Italo Ferreira, champion du monde de surf

Italo est resté humble. Il voyait bien que sa renommée pouvait encore grandir dans un pays comme le Canada, où les étoiles du surf ne viennent pas se mouiller.

Le Brésilien a été sacré champion du monde en 2019. Né dans l'un des berceaux du surf, l'athlète de 27 ans ne serait pas surpris que l'ajout de son sport au programme olympique soit bénéfique pour les athlètes de pays comme le Canada.

Je pense que les chances sont bonnes que les JO permettent à des athlètes de différents pays d'avoir une meilleure chance d'exploiter leur talent. J'ai grandi en m'exerçant sur de petites vagues. Aujourd'hui, je suis plus à l'aise grâce à ça. La médaille d'or olympique est précieuse. Il s'agirait d'un énorme accomplissement.

Sa victoire en finale olympique est évidemment loin d'être acquise, mais grâce à une simple baignade et à un petit détour pour répondre aux questions d'un reporter étranger, Italo Ferreira a certes gagné en popularité au Canada.

Et de son discours, on retiendra qu'il est au Japon pour se donner en spectacle, car un surfeur d'élite ne peut penser autrement, même si personne n'a le droit d'assister à la compétition.

Un surfeur dans les airs après avoir attaqué une vague.

Italo Ferreira en action le 19 avril, à Sydney, en Australie

Photo : Getty Images / Cameron Spencer

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