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Nouvelle olympique

Chronique

De la salive et du fric, tout le monde crache à Tokyo

Il marche devant les anneaux olympiques à Tokyo.

Un homme portant un masque

Photo : Getty Images / Behrouz Mehri

TOKYO – Quand un manufacturier renommé comme Toyota renonce à présenter ses publicités en sol japonais durant les Jeux de Tokyo, ça signifie que les choses vont vraiment mal. Et pour qu’un commanditaire mondial du CIO en vienne à la conclusion qu’il vaut mieux prendre ses distances avec les cinq anneaux, il faut que l’opposition à la présentation des JO soit extrêmement forte.

Les Japonais sont considérablement en retard dans leur campagne de vaccination. Craintif, le public est majoritairement défavorable à la tenue des Jeux. Et pour pimenter le tout, des élections générales auront lieu à l’automne, presque immédiatement après le départ de la visite olympique.

Le gouvernement japonais et le comité organisateur se battent donc contre vents et marées pour respecter leur engagement et présenter ces étranges Jeux, qui se dérouleront en bonne partie devant des gradins vides. Il est impossible de remettre le dentifrice dans le tube : des dizaines de milliards ont déjà été dépensés, et presque tout le monde est déjà sur place.

Au départ, ces Jeux étaient censés faire rayonner le savoir-faire nippon. Désormais, leurs organisateurs espèrent simplement que les compétitions se dérouleront sans trop d’anicroches.

En apprenant lundi que même un partenaire privilégié, la grande industrie japonaise Toyota, préférait faire un pas de côté, il était difficile de ne pas ressentir de la pitié pour tous ces gens qui se démènent sur le terrain et qui se fendent en quatre pour tenter de bien accueillir les étrangers… et de réconforter leurs compatriotes.

***

Au cours de la dernière année, les grands championnats professionnels nord-américains n’avaient que quelques centaines d’athlètes et d’entraîneurs à superviser. Malgré l’application rigoureuse de protocoles stricts, ces ligues n’ont pas été en mesure d’éviter les complications.

Au cours des prochaines semaines, plus de 11 000 athlètes provenant de 206 pays compétitionneront à Tokyo. Quand on tient compte des accompagnateurs, des entraîneurs, des officiels et des représentants des médias, on arrive à un total d’environ 80 000 visiteurs.

C’est ce qu’on appelle un beau contrat!

Même si 85 % de tous ces gens sont vaccinés, selon le CIO, il est difficile de ne pas s’attendre à ce que ce soit éventuellement le chaos. En tout cas, si la situation tourne au vinaigre, ce ne sera pas parce que les organisateurs n’auront pas tenté de colmater toutes les brèches et de surveiller le plus étroitement possible tous ces visiteurs.

***

En fait, les procédures à suivre sont tellement nombreuses qu’on se demande rapidement comment font les Japonais pour suivre, en temps réel, l’état de santé de 80 000 personnes et pour gérer cette incroyable masse d’information. C’est complètement fou.

Chaque personne accréditée doit subir un test de dépistage de la COVID-19 dans les 96 heures précédent son vol en direction du Japon, puis un autre 72 heures avant de partir. Chaque visiteur est à nouveau testé dès qu’il pose le pied à l’aéroport.

Quand on débarque à Tokyo, les files d’attente sont donc interminables. Avant de quitter l’aéroport, il faut compter entre cinq et huit heures supplémentaires pour terminer les procédures et faire les déclarations requises par le gouvernement et le CIO sur son état de santé.

Durant leur séjour, les représentants des médias susceptibles d’être en contact avec les athlètes sont testés quotidiennement. Ceux qui travaillent plus en périphérie doivent aussi se soumettre à des tests fréquents. Au centre des médias, ça crache donc en masse! Il y a des kiosques qui recueillent ces milliers d'échantillons de salive afin qu’ils soient analysés. Le coût de ces mesures sera astronomique.

En plus, chaque jour, chaque personne doit inscrire sa température corporelle et rapporter son état de santé aux autorités avec une application qu’il faut obligatoirement télécharger dans son téléphone. Une autre application obligatoire surveille une éventuelle proximité avec des gens contaminés. Il faut aussi régler son téléphone pour lui permettre d’enregistrer tous ses déplacements.

Et incroyablement, si vous oubliez de faire ces déclarations, quelqu’un vient gentiment vous taper sur l’épaule le lendemain pour vous le souligner!

Malgré toutes ces mesures, les seuls lieux qu’il est possible de fréquenter durant les 14 premiers jours en sol japonais sont les sites de compétitions, le centre des médias et l’hôtel. Et, bien sûr, il faut porter le masque en tout temps, même lors des déplacements à l’extérieur. Et même s’il fait 35 degrés Celsius.

Ces Jeux se déroulent véritablement sous haute surveillance. Les athlètes se sont préparés pendant cinq ans pour vivre leur moment à Tokyo et les organisateurs ne veulent pas qu’ils en soient privés. Même s’il n’y aura à peu près personne pour les encourager.

Ces Jeux dont les Japonais raffolent peu, il ne faut pas l’oublier, sont aussi sous haute surveillance parce que leur déroulement pourrait décider de l’identité du prochain gouvernement.

Porte-drapeaux : une tradition rompue

Beaucoup de gens ont sourcillé lundi, avec raison, en apprenant que la basketteuse Miranda Ayim et le joueur de rugby Nathan Hirayama avaient été choisis par le Comité olympique canadien pour porter l’unifolié, vendredi, à la cérémonie d’ouverture.

La surprise vient du fait que ces nominations rompent avec une tradition voulant que les porte-drapeaux canadiens aient compilé un palmarès olympique exceptionnel.

À Tokyo, Miranda Ayim en sera à ses troisièmes et derniers Jeux. Jusqu’à présent, son plus grand fait d’armes consiste à avoir fait partie de l’équipe canadienne qui a remporté l’or aux Jeux panaméricains de Toronto en 2015.

Quant à Hirayama, il porte les couleurs de l’équipe nationale depuis 2006, mais en sera seulement à ses premiers Jeux. Le rugby masculin canadien est encore loin d’avoir obtenu ses lettres de noblesse sur la scène olympique.

À Rio, en 2016, c’était la trampoliniste Rosie MacLennan qui avait porté le drapeau canadien. Elle en était à ses troisièmes Jeux et, quatre ans plus tôt, elle avait été l’unique médaillée d’or canadienne à Londres. Puis, en 2012, le triathlonien Simon Whitfield avait obtenu l’honneur de porter le drapeau parce qu’il avait remporté l’or en 2000 aux Jeux de Sydney, en plus d’avoir enchaîné avec une médaille d’argent, à Pékin, en 2008.

Dans la même veine, de grands médaillés comme le kayakiste Adam van Koeverden (2008), le judoka Nicolas Gill (en 2004 à Athènes) et la kayakiste Caroline Brunet (2000) avaient mené la délégation canadienne depuis le début des années 2000.

Pour les Jeux de Tokyo, en se basant sur les critères des années passées, la plupart des observateurs s’attendaient à ce que Penny Oleksiak, quadruple médaillée aux Jeux de Rio, soit désignée pour porter le drapeau.

Or, aucun membre de l’équipe de natation n’assistera à la cérémonie d’ouverture, a-t-on appris. Il semble que les dirigeants du programme canadien souhaitent éviter les distractions à moins de 24 heures du début des compétitions.

Une autre candidate de choix aurait été Christine Sinclair. La joueuse de soccer de 38 ans est la plus prolifique marqueuse de tous les temps sur la scène internationale. Son équipe a aussi remporté des médailles de bronze aux Jeux de Rio (2016) et de Londres (2012).

Cependant, l’équipe féminine de soccer entreprendra le tournoi olympique mercredi à Sapporo, deux jours avant la cérémonie d’ouverture. Sapporo est située à plus de 1100 kilomètres de Tokyo. Sinclair et ses coéquipières seront par ailleurs de retour en action, toujours à Sapporo, le lendemain de la cérémonie.

Le sprinteur Andre De Grasse, triple médaillé à Rio, aurait aussi constitué un candidat exceptionnel pour porter le drapeau du Canada, mais il ne participera pas à la cérémonie d’ouverture, a-t-on appris.

Les épreuves de sprint ne battront leur plein que durant la deuxième semaine des Jeux et, en raison de la pandémie, les athlètes ont reçu la consigne de ne pas arriver au village olympique plus de cinq jours avant le début de leur compétition.

Toutes ces absences expliquent sans doute les nominations d’Ayim et de Hirayama, qui vivront néanmoins une expérience extraordinaire vendredi.

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