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Sébastien Lareau analyse les chances du Canada au tennis

Ils posent fièrement avec leur médaille.

Sébastien Lareau et Daniel Nestor, médaillé d'or en double aux Jeux olympiques de Sydney, en 2000.

Photo : Getty Images / Clive Brunskill

Jean-François Chabot

Médaillé d'or en double aux côtés de Daniel Nestor aux Jeux olympiques de Sydney, Sébastien Lareau conserve un souvenir impérissable de cet exploit inégalé. Vingt et un ans plus tard, il pose son oeil averti sur les chances de médailles canadiennes au tournoi de tennis de Tokyo.

En entrevue à Radio-Canada Sports, l'ancien athlète y va aussi d'explications sur les principales raisons qui motivent les nombreux forfaits et désistements de plusieurs des principales têtes d'affiche du tennis professionnel.

Toujours aussi passionné par son sport, Lareau croit que le tournoi olympique sera l'occasion pour les vedettes montantes d'ici de briller sur la plus grande scène sportive qui soit.


Quand tu entends les mots tennis et olympique ça te ramène sûrement 21 ans en arrière, le 27 septembre 2000, quand tu as remporté le tournoi de double des Jeux de Sydney aux côtés de Daniel Nestor.

R. Ahhhh… c’est certain! Les Jeux olympiques, dès qu’on prononce le mot, c’est sûr, ça vient me chercher. C’est certain que j’ai vécu de super belles émotions lors de mes Jeux à Sydney. Même à Atlanta aussi. J’avais juste participé. Je n’avais pas gagné de médaille. Même ça, c’était déjà extraordinaire. D’avoir eu la chance d’aller sur le podium et de gagner la médaille d’or à Sydney, c’était vraiment magique. Il n’y a pas beaucoup de choses qui vont battre ça ou qui ont battu ça à date, dans ma carrière comme dans ma vie.

Cet exploit a été réalisé dans la période la plus faste de ta carrière. En 1999-2000, tu avais remporté de nombreux tournois en double, dont celui des Internationaux des États-Unis, en plus de terminer l’année au 76e rang mondial en simple. Où classes-tu ta médaille d’or olympique dans tout ça?

R. La médaille d’or reste le fait marquant de ma carrière. Toute l’année, on joue au tennis. On joue pour nous, pour notre partenaire et un peu pour notre famille. C’est sûr qu’on représente un peu le Canada, mais jamais autant qu’aux Jeux olympiques.

Aux Olympiques, tu sens vraiment que tu joues pour ton pays. Tout le monde est derrière toi. Ce n’est pas juste les amateurs de sports ou de tennis qui te suivent. C’est vraiment toute la population. Leurs yeux sont fixés sur les Olympiques. Ils veulent vraiment que tu performes et que tu représentes bien ton pays.

Donc, en tant qu’athlète, tu le ressens. C’est une pression, mais c’est une belle pression parce que tu sens qu’il y a tellement de monde derrière toi pour t’épauler. Les Olympiques, même s’il n’y a pas de bourses et que c’est juste pour l’honneur et l’honneur du pays, ça reste un moment marquant parce que veut, veut pas, ça change une vie après.


Sébastien Lareau explique pourquoi il y a tant de forfaits annoncés pour le tournoi de tennis olympique.

Au cours des dernières semaines et encore jeudi matin, on a été témoins de nombreux désistements en prévision des Jeux de Tokyo. On pense aux Roger Federer, Rafael Nadal, Serena Williams, ainsi que Bianca Andreescu, Denis Shapovalov et Vasek Pospisil dans le camp du Canada. À quoi peut-on attribuer tous ces forfaits si les Jeux olympiques sont un objectif ultime pour tout sportif?

R. Je pense que ça reste un but ultime. C’est une année particulière du fait que les Jeux devaient avoir lieu l’année dernière.

Cette année, en plus, les Jeux de Tokyo, si on regarde le calendrier de tennis, ils tombent vraiment mal. Ils sont entre Wimbledon et le US Open, et la séquence Cincinnati, Toronto, Montréal qui précède l’US Open. Donc, je comprends que de partir de l’Angleterre pour t’en aller en Asie, puis revenir en Amérique du Nord, c’est difficile pour les joueurs.

Ça fait beaucoup de gros tournois en même temps et on sait que les joueurs en disputent beaucoup dans une année. Ils ont souvent des bobos. Ils traînent des blessures et tout ça. Et là, en plus, les mesures de quarantaine sont extrêmement sévères pour les joueurs. Là-bas pendant la compétition, ils vont être restreints au site de compétition et à leur lieu d’hébergement.

Donc, je comprends que certains préfèrent faire l’impasse pour essayer de se préparer pour l’US Open. Mais les Jeux olympiques, ça reste les Jeux olympiques.

On le voit avec Novak Djokovic. Il a peut-être une chance de gagner les quatre tournois du grand chelem et cette année d’ajouter à ça les Olympiques. Il sera là et il sera le grand favori. Federer, c’est parce qu’il n’est pas à son mieux qu’il n’est pas là, parce qu’il rêvait lui aussi de gagner le tournoi olympique. Ça risque d’être difficile pour lui s’il pense être encore là dans trois ans (à Paris).

Il y a donc plus d’inconvénients que d’avantages à aller aux Jeux de Tokyo…

R. C’est certain. Les Jeux sont mal placés dans le calendrier. Les joueurs gagnent leur vie et leur argent avec des tournois. Les Olympiques, c’est plus un moment festif pour représenter ton pays et vivre d’autres grandes émotions.

De nos jours, l’argent et les bourses sont très importants (dans les tournois professionnels), tandis qu’il n’y en a pas aux Olympiques. Il y a certainement des joueurs qui préfèrent rester frais et dispo dans une année chargée et se préparer pour la séquence au Canada et aux États-Unis.


Elle prolonge son élan par-dessus son épaule droite après un coup.

Leylah Annie Fernandez

Photo : Getty Images / Clive Brunskill

Parlons de ceux et celles qui y seront. Qu’entrevois-tu pour la Québécoise Leylah Annie Fernandez?

R. Je pense que ça va être une super belle expérience pour elle de vivre les Jeux, d’y être présente, de vivre un événement de cette envergure.

Ce sera vraiment exceptionnel pour son cheminement parce qu’on sait qu’elle participera à plusieurs autres Jeux olympiques. Elle aura donc son baptême dans cet événement en tant que tel.

En tant que membre du top 80 (mondial), elle réussit très bien. Il n’y a peut-être pas de chance de médaille pour elle, mais c’est du bagage qu’elle va aller chercher.

Si ça part bien, Leylah peut être vraiment difficile à battre. J’espère qu’elle va profiter au maximum de l’expérience, qu’elle sera fière d’être là. Si elle peut jouer son meilleur tennis, ce sera vraiment très encourageant.

Sébastien Lareau parle des chances de médaille pour Félix Auger-Aliassime.

Et qu’en est-il de Félix Auger-Aliassime, qui vient de disputer deux finales sur gazon en plus d’un quart de finale à Wimbledon?

R. Je pense que, pour Félix, c’est vraiment une belle opportunité. On parle qu’il y a juste Djokovic. Federer et Nadal ne sont pas là. Mais il y a d’autres joueurs aussi qui ne sont pas là.

Donc, la porte est un peu ouverte. S’il peut être un peu chanceux avec le tirage au sort et être bien positionné dans le tableau, c’est certain que ça peut être une belle ouverture pour lui de se rendre sur le podium et de prouver à tout le monde le talent qu’il a et ce qu’il est capable de faire.

Déjà, ce qu’il a accompli est extraordinaire et on sait que le meilleur est à venir parce qu’il est tellement jeune. Je pense qu’il a une chance réelle d’atteindre les demi-finales et de gagner une médaille. Il ne peut pas arriver dans de meilleures conditions. Il vient de vivre un mois extraordinaire sur gazon avec des performances où il a super bien joué. Il arrive avec beaucoup de confiance pour les Jeux.

Il sourit.

Félix Auger-Aliassime félicite son coéquipier Denis Shapovalov après que ce dernier eut remporté son match de Coupe Davis contre le Russe Karen Khachanov, à Madrid, en novembre 2019.

Photo : Getty Images / Alex Pantling


Avec le retrait de Pospisil, le Canada se trouve écarté du tableau du double masculin. Mais comment entrevois-tu le double féminin avec Gabriela Dabrowski et Sharon Fichman?

R. C’est un beau duo. Ce n’est pas une équipe qui a joué très souvent ensemble, mais toutes deux ont connu de très bons résultats individuellement, peut-être encore plus Gabriela qui est une vraie spécialiste du double et qui joue sur le circuit depuis très longtemps.

Elle a fait des finales et a gagné des tournois du grand chelem [finale double féminin à Wimbledon en 2019, victoires en double mixte à Roland-Garros en 2017 et en Australie en 2018, finales à Roland-Garros 2018 et 2019, NDLR].

Le seul petit problème c’est qu’elles ne jouent pas souvent ensemble. Ça va être une affaire d’adaptation, de créer la chimie tout de suite au premier tour. Après ça, avec la confiance, tout est possible. Je ne serais pas surpris si elles atteignent le podium.


Est-ce le fait de participer aux Jeux olympiques devants des gradins vides aura un effet sur les joueurs?

R. Au tennis, la foule est quand même moins partisane que dans d’autres sports. Elle est partisane peut-être en Coupe Davis ou lorsque tu joues dans un tournoi dans ton pays. Mais ça reste un facteur énorme.

Quand on est dans un petit creux ou quand ça va moins bien, la foule qui embarque quand tu fais un gros coup, qui jubile et qui te donne de l’énergie, ça ne sera pas présent. C’est décevant de ce côté-là.

Mais les joueurs et les joueuses sont habitués. Ça fait quand même neuf mois que le circuit a repris sans foule. Dernièrement, les spectateurs ont commencé à revenir. C’est de passer par-dessus le moment où tu embarques sur le terrain et où tu vois que c’est vide.

C’est un peu déstabilisant, mais une fois que le match est commencé, l’enjeu est là. Les téléspectateurs seront là. Les joueurs savent que c’est suivi partout dans le monde et je pense que cela n’affectera pas vraiment leur performance.

Tu as repris du service en tant qu’entraîneur de tennis privé auprès de la jeune relève. Es-tu encore assez maniaque du tennis pour te lever en pleine nuit et suivre le tournoi olympique en direct?

R. C’est certain que j’aime beaucoup ça. On est gâtés dernièrement avec Wimbledon, Roland-Garros, le US Open qui s’en vient, Toronto et Montréal pour les dames.

C’est certain que je vais suivre ça.Je ne sais pas si je vais suivre ça tous les jours. Mais plus le tournoi va avancer, c’est certain que je vais suivre ça attentivement, comme un vrai amateur.


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