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Nouvelle olympique

La tempête bravée, Pierre-Luc Poulin déborde à nouveau de confiance

Il tient une rame dans sa main droite devant le lac Beauport.

Le kayakiste Pierre-Luc Poulin participera aux Jeux olympiques de Tokyo.

Photo : Radio-Canada / Carl Boivin

La dernière ligne droite du cycle olympique vers Tokyo n'a pas été de tout repos pour Pierre-Luc Poulin. Le kayakiste a pagayé en eaux troubles plus souvent qu'à son tour dans la dernière année, y perdant presque le nord avant d'assurer sa présence aux Jeux d'été.

Entre le début de la crise sanitaire et une importante blessure nécessitant une opération, Poulin a également vécu un changement d’entraîneur. Une succession d’obstacles qui l’ont amené dans une zone qui lui était jusque-là inconnue.

Moi, dans la vie, je suis quelqu'un qui a vraiment confiance en lui dans plein de situations, et encore plus pour le kayak, comme c'est ce que je fais de ma vie.... Mais, dans la dernière année, il y a eu des moments où je n'avais vraiment pas confiance en moi. Ça, c'était nouveau, confie l'athlète de 25 ans.

Instructeur de longue date de Poulin et de l'équipe nationale masculine de kayak, Frédéric Jobin a délaissé ses fonctions pour des raisons familiales en janvier 2021. L'entraîneur Mathieu Pelletier a repris les rênes de la formation.

Il était là, de près ou de loin, dans chaque étape de ma carrière : la première fois que j'ai gagné les essais nationaux, pour mes premiers Championnats du monde seniors, pour ma première médaille en Coupe du monde aussi et lorsqu'on a eu le standard olympique, ce qui était quand même un très gros défi pour nous. Malheureusement, il ne sera pas à Tokyo, mais Fred est dans mon quotidien.

Une citation de :Pierre-Luc Poulin, kayakiste

Victime d'une rupture de la bandelette sagittale de la main droite en février 2021, Poulin n'a eu d'autre choix que de passer sous le bistouri quelque cinq mois avant son départ vers Tokyo. L'intervention chirurgicale s'est déroulée rondement, si bien qu'il a repris l'entraînement au printemps en vue d'une course de qualification olympique.

Avant d'y parvenir, toutefois, les interrogations ont été nombreuses.

Est-ce que c'est la fin pour moi? Est-ce que c'est la fin pour Tokyo, ce rêve que je chéris depuis 15 ans? Je me suis dit que ça ne pouvait pas se passer comme ça, c'est impossible, pas avec tout ce que je venais de vivre, ça ne pouvait pas m'arriver en plus...

Les kayakistes Simon McTavish, Pierre-Luc Poulin, Nick Matveev et Mark de Jonge naviguent sur l'eau.

De gauche à droite, on retrouve Simon McTavish, Pierre-Luc Poulin, Nick Matveev et Mark de Jonge dans le K-4 canadien.

Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Martin

J'ai toujours cru en moi, mais, parfois, la montagne est haute. J'ai toujours su que c'est là que je voulais aller, je m'y suis toujours imaginé. Si j'avais à avoir une carrière olympique, ça passerait par Tokyo. Et je n'avais pas tort, renchérit-il.

Ce n’est qu’à la mi-mai que Poulin et ses partenaires Mark de Jonge, Nick Matveev et Simon McTavish ont dégoté leur billet haut la main en K-4 sur 500 m, devançant deux fois plutôt qu’une l’embarcation de Dominik Crête, de Vincent Jourdenais, de Laurent Lavigne et de Brian Malfesi au bassin de l’île Notre-Dame, à Montréal.

C'était un sentiment de devoir accompli, de mission accomplie et de fin de cauchemar, si l'on veut, soutient Poulin.

Une participation à la finale apparaît dans la ligne de mire du quatuor guidé par le capitaine de Jonge.

L'épreuve sera présentée pour une première fois aux JO, au détriment du K-4 1000 m, cédant sa place après avoir été tenue de 1964 à 2016. La plupart du temps écartés de la course décisive, les Canadiens ont obtenu une 7e place aux Jeux d'Atlanta, leur meilleur résultat à ce jour.

Une arrivée salutaire

De Jonge a migré vers le K-4 en 2019, tournant la page sur un illustre chapitre en K-1 afin de se concentrer sur la qualification olympique du bateau unifolié à quatre. Vétéran fort respecté au sein de l'équipe nationale, tout comme sur la scène internationale, l'Albertain a instantanément dynamisé le groupe inexpérimenté.

Son arrivée en K-4 nous a un peu donné la confiance qu’il manquait dans notre équipe, qui était jeune et qui avait tout à faire devant elle, mais qui n’avait pas d’expérience. Mark est venu changer cette donnée du jour au lendemain, explique Poulin au sujet de son compatriote de 37 ans.

Il m’a appris le fait d’être calme, la résilience et d’avoir confiance. Il y a plein de situations hors de notre contrôle dans notre sport, qu’on ne connaît pas, qu’on n’a aucun pouvoir sur elles. Mark met ça de côté, c’est le moment présent : qu’est-ce que je suis capable de faire pour être meilleur?

Une citation de :Pierre-Luc Poulin, kayakiste

Le Québécois ne tarit pas d'éloges à l'endroit du médaillé olympique et double champion du monde en solo. Les deux hommes ont formé un duo dans le passé, en route vers le bronze en K-2 500 m aux Jeux panaméricains de Toronto, en 2015.

Pierre-Luc Poulin et Mark de Jonge rament dans un kayak.

Pierre-Luc Poulin (gauche) et Mark de Jonge (droite)

Photo : La Presse canadienne / Aaron Lynett

Dans le milieu du canoë-kayak, Mark de Jonge, c’est le summum, Mark de Jonge, c’est la vitesse, Mark de Jonge, c’est les succès, Mark de Jonge, c’est quelqu’un qui trouve des solutions, et il n’y a rien qui se met sur le chemin de Mark de Jonge, lance Poulin, dithyrambique.

Une belle manière de résumer le pouvoir d’avoir Mark dans le bateau : le K-4 allemand compte six médailles d’or olympiques dans le bateau, le K-4 espagnol en compte quatre et sept médailles au total. Et pour Mark, ça ne change rien, on a les mêmes capacités, et on va le prouver. C’est ce type de mentalité que Mark amène.

Une riche histoire

Le canoë-kayak de vitesse est l'un des sports de prédilection du Canada depuis qu'il a intégré le programme olympique en 1936. Nombre d'athlètes de renom se sont relayés après les exploits aux Jeux de Berlin de Frank Amyot (or au C-1 1000 m) et du tandem composé de Harvey Charters et de Frank Saker (argent C-2 10 000 m, bronze au C-21000 m).

De Jonge est le dernier surdoué d'une longue lignée ayant contribué à une récolte de 24 médailles olympiques, dont 4 dorées. Seuls l'athlétisme (60), la natation (49) et l'aviron (41) ont offert plus de podiums à la délégation canadienne aux Jeux d'été.

L’histoire du canoë-kayak au Canada est énorme [...] On a eu énormément de succès dans le passé. Je pense qu’il y a peut-être un petit peu de pression par rapport à ça, d’arriver aux attentes de nos anciens collègues, mais c’est aussi motivant de savoir qu’il y a du succès dans notre sport au Canada, et c’est possible de le faire.

Une citation de :Pierre-Luc Poulin, kayakiste

On en parle, on est au courant qu’il y a eu des Mark Oldershaw, Caroline [Brunet], Adam [van Koeverden], qui ont eu de multiples médailles, mais, en fait, ça ne change rien sur la performance que nous pouvons et devons faire, enchaîne Poulin. On contrôle seulement ce que nous pouvons faire, je pense qu’il faut se focaliser là-dessus. Le reste est superflu.

Le kayakiste Adam van Koeverden rame dans les eaux de Rio.

Le kayakiste Adam van Koeverden s'est hissé sur le podium olympique à quatre occasions et une fois sur la plus haute marche.

Photo : Getty Images / AP Photo/Luca Bruno

De 1996 à 2012, soit des Jeux de Barcelone à ceux de Londres, une embarcation unifoliée a remporté une médaille en canoë-kayak dans chacun des cinq rendez-vous olympiques. La séquence heureuse s’est arrêtée dans les eaux de Rio, non sans avoir inspiré plusieurs espoirs d'un océan à l'autre.

En 2004, le canoë-kayak faisait partie de ma vie de petit garçon, et j’ai vu Adam van Koeverden gagner les Jeux d’Athènes [au K-1 500 m]. Je me suis dit : " Okay, les Olympiques existent, il y a des Canadiens qui y vont, on est bons, on a gagné", se remémore le kayakiste de Lac-Beauport, trépignant d'impatience à l'idée de se retrouver à son tour sur la plus grande scène sportive.

(Avec les informations de Diane Sauvé)

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