Sérotonine anonyme : un film interactif qui parle d’anxiété

Publié il y a 3 jours

Sérotonine Anonyme, c’est le nouveau bébé de l’illustratrice, graphiste, scénariste et artiste multidisciplinaire Caroline Robert. Présenté en collaboration avec l’Office national du film (Nouvelle fenêtre), le film interactif nous projette en 2028, où il serait possible de faire un massage de cerveau à des personnes inconnues. Pendant l’expérience, tu aides D, une jeune adolescente qui a la tête qui tourne depuis quelques heures et qui veut apaiser son anxiété. Sérotonine Anonyme, c’est une aventure au ton léger qui te transporte dans les confins du cerveau humain.

Avec ce film, la réalisatrice Caroline Robert s’est donné comme mission de faciliter les conversations autour de la santé mentale et de l’anxiété. MAJ a profité de la sortie du film cette semaine pour la rencontrer et lui poser des questions sur son œuvre!

MAJ : Quel a été le processus pour créer le film?

Caroline Robert : J'ai commencé à écrire ce projet avant la pandémie. À l'époque, je m'intéressais aux mécanismes du cerveau. J’ai eu ma fille, puis j'ai commencé à lire sur le cerveau des enfants. Ça m'intéressait de parler d'anxiété, mais sur un ton vraiment léger, puis très accessible. Le fait de vouloir regarder un petit peu les pensées de quelqu'un, ça m'est venu aussi quand je faisais ces lectures. Je me suis rendu compte que c'est quand on commençait à observer des pensées avec une petite distance qu'on arrivait à les questionner, ou à les regarder différemment. Et on arrive à mieux tolérer certaines pensées qui sont plus désagréables. C'est pour ça que j'ai voulu créer ce petit personnage qui incarne son anxiété, certaines peurs qu'elle a ou ses rêves.

M : Et pourquoi avoir créé un massage de cerveau virtuel pour ton personnage?

C : J'étais fascinée par toute l'énergie qu'on dépensait quotidiennement, collectivement, sur nos téléphones, sur nos écrans. J’avais vraiment envie d'essayer de faire un projet où on puisse utiliser toute cette énergie-là, mais la transformer en quelque chose de gratifiant. C'est de ces deux choses-là que m'est venue l'idée de faire ce genre de massage de cerveau .

J’avais envie de faire un film où on sent la présence des autres personnes en ligne en même temps que nous et avoir l'impression que tous nos petits gestes combinés à ceux des autres participants, ça devient une force. On sent que c'est vraiment bénéfique pour mon personnage. C'est comme toutes les communautés Internet qui ont été créées dans les dernières années. C'était vraiment une inspiration de voir des gens, par exemple, sur des plateformes comme Twitch, qui créent des communautés autour de choses banales. Comme quelqu'un qui se filme en train de jouer à un jeu, et tout le monde qui le regarde faire. J’aimais cette idée de créer une proximité et une activité avec quelqu'un.

M : Comment imaginais-tu l’expérience?

C : Je voyais vraiment une expérience où les gens se sentent en sécurité, en confiance, comme un genre de safe space. Mon personnage découvre des choses sur elle-même, on passe à travers ses difficultés, mais au final, elle en sort grandie. Tout ça, on le fait avec elle et on l'accompagne là-dedans, mais c’est quelque chose de très apaisant au final.

J'ai aussi travaillé avec une recherchiste pour faire des entrevues avec des jeunes filles de différents profils, pour essayer de donner plus de vérité à mon personnage. Entendre un petit peu leur façon de parler. J’avais vraiment envie que leurs questionnements soient des questionnements qui soient vraiment actuels. Qu'est-ce qui les met en colère? Qu'est-ce qui les passionne? Que ce soit vraiment vrai.

M : C’est donc pensé en fonction des jeunes?

C : Les jeunes, c'est ma plus grande inspiration pour ce film. Je les trouve vraiment, vraiment, vraiment inspirants. J'ai beaucoup d'espoir en les jeunes et je les trouve tellement bons. Je trouve qu'ils prennent beaucoup soin d'eux par rapport à leur santé mentale. Ils le font pour eux-mêmes, mais pas seulement pour eux-mêmes. Ils font vraiment aussi pour les autres.

C’était ça ma démarche quand j'ai fait ce film-là. L’idée, c’est que vous allez faire un massage à quelqu'un pour l'aider, mais quand vous faites ça, vous vous aidez aussi. Ce geste un peu altruiste et solidaire que vous faites déjà dans votre vie. Je voulais un petit peu leur rendre hommage avec ce projet-là.

M : C’est donc un moment de répit à la fois pour le personnage et pour les participants et participantes?

C : Je voulais le faire surtout pour le cellulaire, parce que j'aimais ça, ce rapport-là entre le personnage, le toucher et nous. Souvent quand t'as ton téléphone et t'es dans les transports, tu vas mettre tes écouteurs pour écouter quelque chose, pour écouter un film, et j'aimais vraiment ça, qu’on ait cette voix dans notre tête un petit peu qui nous parle. J'ai écouté beaucoup de podcasts ces dernières années. Juste d'avoir une voix qui me parle dans ma tête, qui prend un petit peu la place de ma voix à moi, ça aide. On se parle à nous-mêmes souvent, puis des fois ça tourne. On s'imagine plein de choses. L'anxiété, c'est un peu ça. Ça prend toute la place parce que ça anticipe tout le temps tout. La voix du personnage, qui prend un petit peu la place de notre voix à nous, nous amène dans sa tête à elle, mais au final, c’est agréable comme expérience.

Elle nous donne un petit moment de calme, mais sauf que c'est pas calme du tout. C'est vraiment une aventure. Ça part dans tous les sens. Oui, c'est l'histoire d'une jeune fille qui nous parle, mais je voulais vraiment que ça s'adresse à tout le monde. C'est pour ça que c'est quelque chose de drôle, d'accessible. Elle parle de choses qui sont quand même assez universelles. On vit tous des émotions. On en a tous, des faiblesses, mais elle, au final, réalise que ce qu'elle considère comme sa plus grande faiblesse, c'est de là qu'elle tire son plus grand talent.

M : Ton film nous projette dans le futur, sur la plateforme de Santé Canada. Comment as-tu eu cette idée pour parler de santé mentale?

C : C'est vraiment comme si c'était quelque chose de naturel et de normal. C'est pour ça que quand on commence le film, ça dit qu'on est sur la plateforme de Santé Canada pour faire un massage de cerveau. C'est comme si c'était très normalisé, que tout le monde le faisait. Tout le monde sait que s'il a des problèmes d'anxiété et de santé mentale, il peut aller sur cette plateforme. Tout le monde le fait et il n'y a pas de stigmatisation ou de honte à prendre soin de soi. Tout le monde se sent responsable du fait d'aller bien, parce qu'on le fait pour nous-mêmes, mais aussi pour les autres. C'est la santé publique.

M : Même si on ne reconnaît pas sa voix dans le film, Julianne Côté y participe. C’était comment, travailler avec elle?

C : J'ai demandé à Julianne Côté d'interpréter mon personnage, parce que je l'aime beaucoup. Je trouvais qu'elle avait ce talent-là, de l'authenticité et une fragilité, mais une force aussi. Elle a aussi beaucoup d'humour, donc je trouvais qu'elle pouvait vraiment donner une belle voix à mon personnage.

Je voulais vraiment qu'elle ait une voix qui soit différente. J’avais envie que la fréquence soit plus grave pour nous mettre dans cet état de relaxation. Mais aussi parce que je voulais que mon personnage soit anonyme . Pour que le fait qu'elle se confie librement soit crédible. Je voulais aussi que les gens qui l'écoutent parler commencent à l'écouter sans préjugés relatifs à son âge ou à son genre. Je voulais essayer pour voir... Est-ce que les gens vont être plus ouverts à écouter ce qu'elle a à dire si a priori on voit que c'est une jeune fille? Est-ce qu'on va prendre un peu plus au sérieux ce qu'elle nous dit?

Même si le film a été conçu pour les téléphones intelligents, il est possible d’y participer sur une tablette ou un ordinateur. Tu peux le visionner en cliquant sur le lien suivant : http://onf.ca/serotonine (Nouvelle fenêtre)

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