PANIER D’ÉPICERIE

Votre pouvoir sur l’inflation alimentaire

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PANIER D’ÉPICERIE

Votre pouvoir sur l’inflation alimentaire

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Le prix du panier d’épicerie a augmenté de 76,9 % depuis 1995, selon Statistique Canada. Il est toutefois difficile de savoir exactement comment l'inflation alimentaire influe réellement sur votre portefeuille. Voici pourquoi.

Statistique Canada mesure l'indice des prix à la consommation (IPC) à partir d’un panier fixe de biens et de services. Le panier d’épicerie comprend plusieurs dizaines d’aliments, du beurre aux avocats, en passant par le poulet entier.

Chacun de ces produits est pris en considération au fil des mois. Ils sont toutefois pondérés selon les tendances générales de dépenses des consommateurs : une part plus importante du panier est par exemple consacrée au lait par rapport au sel.

Mais ce panier ne reflète pas vraiment votre réalité.

Pour ressentir la hausse des prix telle qu’indiquée mensuellement par l’agence fédérale, vous devriez acheter un panier similaire en tous points au sien. Ce qui n’est pas nécessairement le cas.

Un régime végétarien permet par exemple d’échapper complètement à l’inflation des viandes, généralement la catégorie d’aliments qui subit les plus fortes hausses.

L’IPC a aussi un autre biais important : celui du pouvoir qu’a le consommateur de faire des choix une fois rendu à l’épicerie.

Le biais de substitution

« Le consommateur est capable d’organiser son panier, de substituer, explique Dalibor Stevanovic, professeur au Département des sciences économiques de l’UQAM. Si les prix des aliments changent, il peut changer la composition de son panier. »

« Même si le prix du boeuf a augmenté, ça n’a pas nécessairement affecté votre portefeuille, parce que vous avez opté pour un substitut », illustre-t-il.

En mesurant l’inflation, Statistique Canada dépeint le pire des cas.

« On sait donc que l’inflation réelle ressentie par les consommateurs est légèrement moindre à cause de cette possibilité de substituer les aliments », appuie l’agroéconomiste Maurice Doyon.

« Comme consommateur, je n’ai pas été affecté à 2,2 % (en 2021) parce que j’ai changé mes habitudes. À l’intérieur de mon régime alimentaire, j’ai la possibilité de faire des transferts entre aliments. »

— Maurice Doyon, Université Laval

Un consommateur ajuste d’ailleurs souvent ses dépenses en fonction des prix.

« Même s’il a tendance à maintenir ses achats dans les catégories de produits qui sont importantes pour lui, il peut faire des substitutions sur des produits auxquels il tient moins », ajoute sa collègue de l’Université Laval, Maryse Côté-Hamel.

Il peut ainsi décider de bouder un aliment dont le prix est déraisonnable jusqu’à ce qu’il revienne à bon prix. Et Statistique Canada n’a aucun moyen de le prévoir dans ses calculs.

L’inflation en bref

Si vous voyez passer différents pourcentages liés à l’inflation et à la hausse des prix dans les médias, c’est normal. Assurez-vous toutefois d’identifier la source, la période ciblée et la composante utilisée pour comprendre pourquoi les chiffres diffèrent parfois.

L’indice des prix à la consommation, par exemple, représente les variations de prix ressenties par les consommateurs au fil du temps. C’est l’une des mesures de l’inflation les plus utilisées. Statistique Canada en fait le calcul sur une base mensuelle, entre un mois donné et le précédent ou le même mois de l'année d’avant, et annuelle. Le résultat est exprimé en pourcentage.

L’IPC d’ensemble est l’indicateur principal, puisqu’il englobe les huit composantes majeures du panier fixe de biens et de services dont l’agence fédérale se sert pour suivre l’évolution des prix, comme les aliments, le logement, les vêtements et le transport. Chacune des composantes a aussi son indice et une série de sous-indices. Les aliments sont en plus séparés entre ceux achetés en magasin et ceux achetés au restaurant. Pour ce projet, par exemple, nous nous limitons à l’IPC des aliments achetés en magasin, puisque nous nous intéressons au panier d'épicerie.

Et les salaires?

Au-delà de la hausse du prix des aliments, les consommateurs doivent aussi prendre en considération l'évolution de leur pouvoir d’achat.

L’inflation n’est pas un problème en soi, selon Maryse Côté-Hamel.

« L’augmentation n’est pas catastrophique, dit-elle. D’autant plus que les salaires augmentent aussi d’année en année. »

L’indice des prix à la consommation permet d’ailleurs aux employeurs d’indexer les salaires au coût de la vie. Il sert aussi de référence pour ajuster les impôts sur le revenu et les prestations gouvernementales.

« Si mon salaire est indexé à l’inflation [et que l’inflation alimentaire est moins grande], ça veut dire qu'à chaque année, mes aliments me coûtent de moins en moins cher, rappelle Maurice Doyon, à la lumière de l’évolution de l’IPC. On a par contre eu des périodes avec de petites poussées d’inflation alimentaire (de 2005 à 2009 et de 2011 à 2015, par exemple), où c’était le contraire. »

Encore faut-il que les salaires suivent vraiment la même tendance que l’IPC d’ensemble, même si, à nouveau, tous les consommateurs ne voient pas évoluer leur revenu de façon identique.

Le constat est le même avec le salaire horaire moyen ou encore le salaire minimum.

Depuis 1997, par exemple, le salaire horaire moyen au Canada a progressé de 92,6 %. C’est plus que l’inflation alimentaire (+ 72,1 %), mais aussi que l’inflation d’ensemble (+ 56,6 %).

En comparant l’évolution du prix des aliments au salaire horaire moyen, nous avons pu déterminer que certains aliments coûtent en réalité aujourd'hui moins cher qu’en 1997. Alors que d’autres sont beaucoup plus chers. Essayez-le par vous-mêmes.

Quant au salaire minimum, Statistique Canada a démontré qu’il avait évolué sensiblement au même rythme que le salaire moyen, de 1975 à 2013, puis à un rythme plus rapide jusqu’en 2018.

Malgré tout, la hausse du prix des aliments est souvent plus difficile à absorber pour les ménages moins nantis dont le revenu diminue ou stagne.

« Pour une famille qui consacre une plus grande part de son revenu à l'alimentation, une hausse du prix des aliments a un plus grand impact, reconnaît l’agronome et économiste Pascal Thériault. Ce sont des gens qui n’ont pas la marge pour s’ajuster. »

Un point de vue que partage Julie Paquette. « Il n’y a plus de place pour les extras », laisse tomber la directrice générale du Dispensaire diététique de Montréal. Maintenir la même qualité de vie devient même un défi.

« Quand les revenus ne suivent pas, c’est l’alimentation qui va passer après. Parce qu’on a plus un contrôle là-dessus que pour le loyer et les transports, par exemple. »

— Julie Paquette, Dispensaire diététique de Montréal

Une hausse subite du prix des aliments sur quelques mois peut donc se traduire par une plus forte pression sur les banques alimentaires et une demande accrue en dépannage alimentaire d’urgence.

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Daniel Blanchette Pelletier journaliste, Melanie Julien chef de pupitre, Charlie Debons illustratrice, Mathieu St-Laurent développeur, Danielle Jazzar réviseure linguistique et Martine Roy coordonnatrice

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