Élections Québec 2022

Le gouvernement Legault a-t-il réalisé ses promesses?

Par

Publié le | Mis à jour le

À moins d’une semaine du déclenchement des élections, l’heure est au bilan. Qu’est-il advenu des 251 promesses formulées par la Coalition avenir Québec (CAQ) pendant la campagne électorale qui lui a permis de se hisser au pouvoir pour la première fois en octobre 2018?

Quatre ans plus tard, et au moment où le premier ministre François Legault aspire à un second mandat, sauriez-vous dire quelles promesses ont finalement été réalisées? Et lesquelles ont été rompues?

Prêtez-vous au jeu!

Déterminez parmi notre sélection de dix promesses lesquelles ont été réalisées, en partie réalisées ou rompues. Ou voyez l’ensemble de son bilan plus bas.

1 / 10

Réduire les seuils d’immigration de 20 %

Cet échantillonnage de 10 promesses correspond à peine à 4 % de l’ensemble des promesses du gouvernement Legault.

Découvrez maintenant son bilan complet.

Un parcours à obstacles

Les quatre dernières années ont été marquées par une pandémie, l’invasion de la Russie en Ukraine et une inflation galopante.

Malgré tout, le gouvernement Legault a réalisé en totalité ou en partie 80 % de ses promesses électorales et en a rompu une sur cinq, selon le Polimètre du Centre d’analyse des politiques publiques.

Cet outil, sur lequel nous nous basons pour ce dossier, est chapeauté par des politologues de l’Université Laval pour mesurer le respect des promesses électorales des gouvernements. Car s’il suffit de faire des promesses pour être élu, encore faut-il ensuite respecter ses engagements.

Le bilan Legault

4 ans et un jour de mandat
251 promesses

Réalisées : 140 promesses
En partie réalisées : 61 promesses
Rompues : 50 promesses

55,8 % réalisées

24,3 % en partie réalisées

19,9 % rompues

Source : Polimètre, Université Laval

Au lendemain de son élection, le premier ministre François Legault faisait toutefois une autre promesse, qui n’a pas été incluse au Polimètre : celle de réaliser l’ensemble de ses engagements. Un objectif ambitieux que ni lui ni ses prédécesseurs n’ont réussi, peu importe les embûches rencontrées en cours de route.

Dans la moyenne

La CAQ, pour sa première fois au pouvoir, peut néanmoins se targuer d'avoir tenu autant, sinon plus d'engagements électoraux que les gouvernements libéraux et péquistes avant lui, qui, eux, étaient habitués à gouverner.

« Il arrive avec un résultat respectable », estime Lisa Maureen Birch, directrice générale au Centre d’analyse des politiques publiques, quand elle compare le bilan de la CAQ à celui des autres gouvernements en poste depuis 1994, soit lorsque l’équipe du Polimètre a commencé à les évaluer sur leurs promesses.

« Jamais on n’avait suivi un parti politique qui était au pouvoir pour la première fois de sa vie, poursuit-elle. On aurait pu s’attendre à ce que la réalisation des promesses soit plus difficile, parce qu’il faut naviguer entre les rouages de la législature, de l'exécutif et de l'administration publique. »

Et François Legault avait aussi plus de promesses, rappelle l’experte.

« Quand on veut changer la politique, la société et l’économie, la faire évoluer dans un autre sens, on va peut-être faire plus de promesses, parce qu’on a plus d'ambitions par rapport au changement. »

Non seulement sa liste de promesses est une fois et demie à quatre fois plus longue, mais son ratio d’engagements tenus demeure au-dessus de la moyenne des gouvernements que l'équipe du Polimètre a évalués au fil des ans.

« On se retrouve avec des chiffres très similaires au gouvernement Couillard avant lui », souligne aussi le scientifique de données Alexandre Fortier-Chouinard de la Chaire de leadership en enseignement des sciences sociales numériques à l’Université Laval.

Le comparatif

Les chiffres ne suffisent pas pour comparer les quatre derniers gouvernements. Seuls François Legault et les libéraux Philippe Couillard et Jean Charest ont dirigé des gouvernements majoritaires et ont eu un mandat complet pour mener à terme leurs engagements.

Minoritaire, le gouvernement péquiste de Pauline Marois a été confronté à l’opposition et à l’obstruction des autres partis. Il est également tombé moins de deux ans après son élection.

Gouvernement Legault : 251 promesses

to be defined
140
61
50

Gouvernement Couillard : 158 promesses

to be defined
94
34
30

Gouvernement Marois : 113 promesses

to be defined
26
31
56

Gouvernement Charest : 62 promesses

to be defined
26
3
33
100 %

Source : Polimètre, Université Laval

Côté politique, la Coalition avenir Québec a profité d'« un gouvernement majoritaire et d’une bonne députation (76 des 125 élus), sans grandes divisions internes », note Alexandre Fortier-Chouinard.

« Ce sont des facteurs qu’on relie habituellement à la réalisation des promesses », ajoute celui qui est aussi candidat au doctorat à l’Université de Toronto.

Mais, contrairement à celui de François Legault, les autres gouvernements n’ont pas eu à jongler avec une pandémie dont les conséquences économiques et sociales ont accaparé plus de la moitié du mandat.

L’équipe du Polimètre soulève toutefois qu’il s’est mis au travail dès son élection, en octobre 2018, et a attaqué la réalisation d’un grand nombre de promesses entre le début de son mandat et la pandémie.

« Il y a eu une progression, lentement mais sûrement, dans la réalisation des promesses, analyse Lisa Maureen Birch, qui est aussi professeure associée en science politique à l’Université Laval. Mais, évidemment, la pandémie a pu ralentir un peu la cadence sans pour autant empêcher le gouvernement de continuer de réaliser des promesses jusqu’à la dernière minute. »

Il n’a pas utilisé la pandémie comme une excuse pour ne pas mener à bien l’ensemble de son programme, souligne-t-elle.

« On est devant un gouvernement qui avait l’excuse parfaite de ne pas réaliser ses promesses. Mais il a quand même poussé vers l’avant plusieurs dossiers, dans des domaines différents et parfois complexes. »

— Lisa Maureen Birch, Université Laval

Outre le défi posé par la pandémie, la pénurie de main-d'oeuvre était aussi déjà installée au Québec, même si elle s’est aggravée dernièrement.

« Il y a certaines promesses qui sont liées à l’augmentation des services publics, qui impliquent des êtres humains qualifiés, comme des médecins, des infirmières, des préposés aux bénéficiaires ou encore des enseignants », explique Lisa Maureen Birch.

Leur réalisation ou non repose ainsi en partie sur des facteurs externes, hors du contrôle du gouvernement, note-t-elle, comme le recrutement de personnel qualifié, déjà rare.

Champion en éducation, mauvais élève en gouvernance

Dans sa recension, l’équipe du Polimètre a catégorisé les promesses en différents thèmes.

Le premier ministre François Legault a fait de l’économie, de l'éducation et de la santé, entre autres, ses priorités. Ces catégories sont d’ailleurs parmi les plus touffues en termes de promesses.

Si le bilan global du gouvernement est somme toute bon, il ne s’en tire pas aussi bien dans tous les thèmes, comme en gouvernance et en justice, où il a rompu plus du tiers de ses promesses.

La vue par thèmes

L'ensemble des promesses est trié ici en onze thèmes, fortement inspirés de ceux choisis par le Polimètre (voir méthodologie). L’ordre et la taille des cercles correspondent au nombre d’engagements et leur couleur indique s’ils ont été réalisés, en partie réalisés ou rompus.

Santé

55 promesses

30
10
15

Régions et agriculture

49 promesses

22
17
10

Économie et emploi

35 promesses

22
7
6

Éducation

28 promesses

20
5
3

Gouvernance

24 promesses

8
6
10

Environnement

16 promesses

11
4
1

Familles

14 promesses

10
3
1

Identité et minorités

11 promesses

4
6
1

Justice

9 promesses

3
3
3

Arts et culture

5 promesses

5
0
0

International

5 promesses

5
0
0

Source : Polimètre, Université Laval

Outre un score parfait en arts et culture et en international, avec seulement cinq promesses chacun, c’est pour les thèmes familles, éducation, et économie et emploi que le gouvernement Legault a le meilleur ratio de réalisation de promesses.

« En éducation, le gouvernement a mis beaucoup d'efforts pour investir et même réinvestir », souligne Lisa Maureen Birch. « Il ne s’est pas gêné pour dépenser beaucoup de fonds publics pour réaliser ses promesses », appuie Alexandre Fortier-Chouinard.

L’environnement, avec plus de la moitié des engagements tenus, détonne.

« On aurait pu s’attendre à ce que ça soit un maillon faible en début de mandat. Ce n’était pas une priorité dans la campagne de la CAQ, rappelle le scientifique de données. Mais le score final est assez bon, même au-delà de la moyenne pour la réalisation des promesses. »

« En même temps, beaucoup de ces promesses reposaient uniquement sur la modernisation de normes, nuance-t-il, et étaient donc aussi moins difficiles à réaliser. »

C’est en identité et minorités et en régions et agriculture que le plus de chantiers ont été amorcés, mais pas terminés.

« Sa stratégie en début de mandat était d’aller de l’avant avec des promesses phares, en économie ou encore du côté des politiques d'identité et de nationalisme », se rappelle Lisa Maureen Birch.

« C’est pour ça que le projet de loi 21 (sur la laïcité de l’État) a été mis de l’avant rapidement. Et il a clos son mandat avec le projet de loi 96 qui modernise la loi 101. »

L’adoption de ces projets de loi phares est venue concrétiser plusieurs promesses.

Mais en immigration, par exemple, « il a dû changer de cap et revenir à augmenter les seuils, précise la professeure. En contrepartie, il a investi beaucoup dans les programmes de francisation. »

Un pour un

Précisons que le Polimètre accorde le même poids à chacune des promesses, bien que ce ne soit pas le cas en réalité.

« Une de ses principales zones d'ombre, c’est la saillance des promesses, confirme Alexandre Fortier-Chouinard. On n’est pas en mesure d’évaluer si elles sont toutes égales. »

Certaines d’entre elles ont une plus grande valeur pour le gouvernement et toutes n’ont pas le même degré de difficulté de réalisation.

« On est à 55 % de promesses réalisées, mais si on pondérait selon la saillance, on serait à mon avis en dessous de ça, évalue le scientifique de données. Parce qu’il y a beaucoup de promesses importantes qui sont seulement en partie réalisées ou même rompues.

« En contrepartie, le gouvernement a fait beaucoup d’efforts pour réaliser plusieurs petites promesses, jugées un peu plus électoralistes. »

Découvrez les 251 promesses

Parcourez notre sélection de promesses phares du mandat caquiste ci-dessous.

Explorez aussi l’ensemble des promesses en sélectionnant le thème de votre choix. Consultez l’explication des promesses phares pour en savoir plus sur leur verdict.

Promesses phares

15/251

8
4
3

Touchant d’abord les employés de l’État en position d’autorité (policiers, juges, gardiens de prison, etc.), l’interdiction du port de signes religieux a été élargie aux enseignants et aux directeurs d’école avec l’adoption de la loi 21 sur la laïcité de l’État en juin 2019.

Identité et minorités

Interdire le port de signes religieux au personnel en position d’autorité, dont les enseignants

Réalisée

Limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C en réduisant les gaz à effet de serre de 45 % d’ici 2030 (par rapport au niveau de 2010) a été jugé « irréaliste » par Québec, qui vise plutôt une réduction de 37,5 % (par rapport au niveau de 1990). Les mesures présentement en place ne permettraient toutefois que d’atteindre la moitié de l'objectif.

Environnement

Respecter les objectifs de réduction des gaz à effet de serre adoptés par la communauté internationale

Rompue

Malgré la crise sanitaire, qui a diminué les revenus de l’État et augmenté son endettement, la vigueur de la reprise économique permettra, selon les projections, de ramener la dette à 41,9 % du PIB au 31 mars 2026, soit en deçà de l’objectif établi.

Économie et emploi

Respecter la Loi sur la réduction de la dette, et réduire celle-ci à 45 % du PIB d’ici 2026

Réalisée

Une attestation d’apprentissage des valeurs démocratiques et québécoises a été intégrée au processus de sélection des immigrants en janvier 2020, mais la réussite de celle-ci n’est pas conditionnelle à l’obtention, ou au maintien, de la résidence permanente ou de la citoyenneté (qui relèvent du gouvernement fédéral).

Identité et minorités

Soumettre les nouveaux arrivants à un test des valeurs québécoises pour faciliter leur intégration

En partie réalisée

Un projet de loi sur la maternelle 4 ans a été adopté dès novembre 2019, mais, en visant la création de seulement 26 000 places d’ici 2023, le gouvernement Legault ne parvient pas à offrir un accès universel ni à libérer 50 000 places en garderies.

Éducation

Offrir sans imposer la prématernelle gratuite à tous les enfants de 4 ans

En partie réalisée

Québec a conclu une entente avec la Fédération des médecins spécialistes du Québec en 2019, pour réduire leur rémunération à 9 % sous la moyenne canadienne. Les économies de 1 G$ qu’il comptait faire du même coup ne se sont toutefois pas concrétisées. Seulement la moitié de la somme serait récupérée.

Santé

S’entendre avec les médecins spécialistes sur une rémunération raisonnable

En partie réalisée

Malgré une entente avec les partis d’opposition (à l’exception du Parti libéral) et le dépôt du projet de loi 39 établissant un nouveau mode de scrutin, le gouvernement Legault a finalement abandonné la réforme promise en décembre 2021.

Gouvernance

Réformer la loi électorale pour remplacer le mode de scrutin majoritaire par un mode de scrutin proportionnel mixte

Rompue

L’adoption d’une politique-cadre d’électrification et de lutte contre les changements climatiques, en octobre 2021, comprend l’exportation de l’électricité du Québec vers les autres provinces du pays et les États-Unis.

Environnement

Augmenter les exportations d'« électricité propre » au Canada et aux États-Unis

Réalisée

Le Québec a défendu la gestion de l’offre et les producteurs agricoles auprès du gouvernement fédéral. Il était présent, aux côtés d’Ottawa, à chacune des rondes de négociations qui ont mené à la conclusion du nouvel Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM).

International

Appuyer les producteurs agricoles dans leurs revendications sur la renégociation de l’ALENA auprès du gouvernement fédéral

Réalisée

La Loi mettant fin à la recherche d’hydrocarbures ou de réservoirs souterrains, à la production d’hydrocarbures et à l’exploitation de la saumure a été adoptée en février 2022. Elle a même mis fin aux licences d’exploration et de production en cours.

Environnement

Interdire la fracturation hydraulique dans les secteurs à forte densité de population ou en l’absence d’acceptabilité sociale

Réalisée

Le mandat d’Investissement Québec, tel que revu par la Loi sur l’organisation gouvernementale, est de favoriser les projets de développement économique et d’accompagner les entreprises pour « créer de la richesse » et faire croître les exportations.

Économie et emploi

Réviser le rôle d’Investissement Québec et lui donner un rôle accru pour stimuler l'innovation et les investissements privés

Réalisée

Malgré la réforme amorcée du réseau des CPE, le gouvernement Legault n'est pas parvenu, comme promis, à réduire les listes d’attente avant la fin de son mandat. Le nombre d’enfants en attente d’une place en garderie a même augmenté l’an dernier.

Familles

Réduire les listes d’attente dans les centres de la petite enfance

Rompue

Non seulement le gouvernement de la CAQ a investi les sommes promises pour intensifier l’offre de services publics en soutien à domicile, mais il a également surpassé sa promesse. Au total, plus de 1,5 G$ ont été consacrés à ce secteur au cours des quatre dernières années.

Santé

Investir 800 M$ dans la bonification des soins à domicile pour aînés

Réalisée

Malgré un départ lent, au moins 2000 emplois du secteur public ne seront plus dans les grands centres d’ici la fin septembre. Les quelque 3000 postes restants suivraient d’ici 2028, selon le plan gouvernemental, qui mise autant sur la délocalisation que sur le télétravail.

Régions et agriculture

Transférer 5000 postes de fonctionnaires en région d’ici dix ans

En partie réalisée

De budget en budget, Québec a investi pour « décloisonner, créer et exporter » la culture d’ici, que ce soit en soutenant Télé-Québec ou en appuyant l’industrie des arts, de la musique, du livre ou du spectacle, autant avant qu’après la pandémie, et ainsi encourager leur relance et poursuivre leur transition numérique.

Arts et culture

Soutenir les artistes dans la diffusion de leurs oeuvres, au Québec et à l’étranger

Réalisée

Nouvelle campagne, nouvelles promesses

À l’approche des élections, le compteur repart à zéro pour François Legault et la Coalition avenir Québec.

Ils risquent d’insister, selon Lisa Maureen Birch, sur la décentralisation du système de santé, comme de redonner le pouvoir aux établissements de gestion de prendre leurs décisions, « une promesse phare qui n’a pas été remplie dans le premier mandat, mais dont les mesures sont maintenant en place. »

« Je m'attends à ce qu’ils servent l’argument que pour compléter tous les projets en cours de route, ils méritent un deuxième mandat », soutient la directrice générale au Centre d’analyse des politiques publiques à l’Université Laval.

L’inflation, le coût de la vie et le logement abordable, absents ou presque des promesses de 2018, risquent aussi d’occuper une place de choix cette fois-ci.

Et l’environnement aussi. « Il sait maintenant que c’est un enjeu auquel la population s’intéresse, et surtout les jeunes, soutient l’experte. Il a fait ses devoirs pour clarifier son positionnement en environnement, et je crois qu’il va essayer de mettre ça de l'avant. »

Son collègue Alexandre Fortier-Chouinard croit également que l’identité et le nationalisme pourraient s’imposer à nouveau pendant la campagne électorale.

« Je ne serais pas surpris non plus que le gouvernement Legault formule ses promesses de façon plus avantageuse, pour s’assurer d’obtenir le meilleur score possible » s’il est réélu, soutient-il.

Surtout si François Legault compte à nouveau promettre de réaliser tous ses engagements.

Partagez le projet

Daniel Blanchette Pelletier journaliste, Isabelle St-Pierre Roy cheffe de pupitre, Anis Belabbas et Francis Lamontagne designers, André Guimaraes et Mathieu St-Laurent développeurs, Danielle Jazzar réviseure linguistique et Martine Roy coordonnatrice

En collaboration avec le Centre d’analyse des politiques publiques de l’Université Laval

Pour en savoir plus

Élections Québec 2022

Élections Québec 2022