Festivals de musique québécois : où sont les femmes?

Par Laurianne Croteau

1er août 2019

La crème de la scène pop sera à l’honneur ce week-end au festival Osheaga, à Montréal. Chaque année, la programmation révèle qui sont les artistes de l’heure. Mais lorsqu’on s’attarde aux noms affichés sur la programmation, force est de constater que ce sont encore et toujours majoritairement des hommes.

Vendredi
the lumineers Flume J Balvin Interpol
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Samedi
the chemical brothers logic city and colour janelle monae
schoolboy q RÜFÜS DU SOL beach house young the giant louis the child king princess a boogie wit da hoodie lennon stella young thug fkj griz black tiger sex machine sofi tukker two  feet bas ravyn lenae saba u.s. girls yellow days said the sky reignwolf Bülow grandson sales mormor vladimir cauchemar robotaki anemone dr. fresch braids les Louanges Munya laye radiant baby
Dimanche
Childish gambino tame impala hozier Kaytranada
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Si on retire les artistes masculins de la programmation d’Osheaga...

Et qu’on retire aussi les groupes mixtes...

On se retrouve avec une affiche dépouillée de 76 % de ses noms.

Et une seule tête d’affiche féminine sur 12.

Osheaga est loin d’être le seul festival à ne pas atteindre la parité. En 2019, 23 % des artistes qui figurent dans les programmations des festivals québécois sont des femmes, selon les données compilées et analysées par Radio-Canada.

« Les femmes amènent quelque chose de complètement différent que les hommes » dans la société, affirme Sara Dendane, co-fondatrice de MTL Women in Music. « Et cette vision-là est tout aussi importante. »

La méthode d’analyse utilisée pour calculer la proportion de femmes peut facilement changer les résultats. Radio-Canada a choisi de différencier trois groupes : les hommes, les femmes et les groupes avec au moins un membre féminin ou non binaire (voir notre méthodologie).

Si on ne retient que des artistes ou des groupes entièrement féminins, la moyenne des festivals québécois est de 23 % en 2019. La proportion s’élève à 37 % lorsqu’on y ajoute les groupes mixtes.

Notre analyse montre que les inégalités ne sont pas propres à certains genres musicaux. Par exemple, ÎleSoniq, avec 8 %, se trouve loin derrière les trois autres festivals qui diffusent eux aussi de la musique électronique. Mutek, l’Igloofest et le Piknic Électronik se retrouvent au-dessus de la moyenne, avec de 23 % à 30 % de femmes.

Un virage… modeste

L’industrie est unanime : le mouvement Femmes en musique (FE*M) a brassé la cage. En juin 2017, le collectif de 135 femmes dénonçait dans une lettre ouverte l’inégalité entre les sexes dans le milieu des arts et du spectacle au Québec :

« Entre chanteuses, musiciennes, auteures-compositrices-interprètes, techniciennes et autres intervenantes féminines du milieu, nous nous entendons toutes pour dire que le sexisme existe bel et bien dans l’industrie de la musique et que la plupart d’entre nous l’avons vécu, à un moment ou à un autre. »

Le mouvement a déclenché un défilé d’entrevues et de débats dans les médias pour tenter de comprendre le problème. Face à ce cri du coeur, les programmateurs, mais aussi les gérants d’artistes, les agents de spectacles et les patrons de radios, n’ont eu d’autre choix que de se demander s’ils en faisaient assez pour faire avancer les femmes dans l’industrie.

« Je suis persuadée que FE*M a fait une différence dans l’industrie », estime Anne-Marie Dufour, co-fondatrice et programmatrice du Festif! de Baie-Saint-Paul. « Depuis nos débuts, il y a toujours un moment dans l’année où on s’arrête pour se demander si on a assez de femmes. Mais depuis 2017, on y met plus d’efforts. »

Notre analyse révèle toutefois que les chiffres ne reflètent pas cette prise de conscience. En deux ans, la proportion de femmes est passée de 19 % à 23 % ⁠— une faible augmentation de 4 points de pourcentage.

Tous les festivals ne sont pas égaux

Cette légère augmentation n’est toutefois pas linéaire : certains festivals ont énormément accru leur proportion de femmes, comme POP Montréal avec une hausse de 13 %, alors que d’autres ont connu un recul marqué.

C’est notamment le cas du Festival de la chanson de Granby, avec une diminution de 11 %.

Le Montebello Rock, le festival Rythmes du Monde et ÎleSoniq arrivent en queue de peloton, avec moins de 10 % de femmes sur les trois années étudiées. Toutefois, les festivals qui arrivent en dessous de ce seuil se font de plus en plus rares; on en comptait cinq en 2017, quatre en 2018 et trois en 2019 sur un total de 28 festivals.

De leur côté, Coup de coeur francophone, le Festival d’été de Québec et ÎleSoniq ont tous programmé une proportion similaire de femmes en 2017 et 2019.

Quatre festivals ont augmenté de plus de 10 % leur proportion de femmes entre 2017 et 2019 : l’International de montgolfières de Saint-Jean-sur-Richelieu, le Festival de musique émergente en Abitibi-Témiscamingue (FME), POP Montréal et le Piknic Électronik.

Une parité à deux vitesses

Les festivals évaluent souvent eux-mêmes leurs proportions de femmes, et ce, particulièrement depuis le mouvement Femmes en musique, en 2017. Mais la méthodologie utilisée influence énormément les résultats. Les proportions de femmes qui apparaissent dans les médias peuvent donc parfois être… plutôt gonflées.

Keychange, un mouvement international qui souhaite augmenter le nombre de femmes dans les festivals, ne prend en compte que deux groupes : hommes et femmes.

Selon sa méthodologie, un groupe de musique de six personnes dont seule la percussionniste est une femme entre automatiquement dans la catégorie « femmes ». Et une majorité des festivals contactés se basent sur les même critères. Certains vont jusqu’à considérer un artiste masculin et sa choriste comme faisant partie de la catégorie « femmes », même si seul le nom du chanteur principal figure sur l’affiche.

Un festival qui présenterait une programmation paritaire en choisissant cette méthodologie n’aurait donc probablement pas autant d’hommes que de femmes sur scène.

Mutek est le seul festival de musique québécois à s’être engagé sous la bannière Keychange à atteindre la parité 50-50 d'ici 2022. « Les programmateurs vont passer par toutes sortes de détours pour affirmer qu’ils ont atteint la parité, ou qu’ils s’en approchent. Mais on en est loin », affirme l’actrice Brigitte Poupart, ambassadrice du projet à Montréal pour Mutek.

Même en utilisant la méthode Keychange, seuls le Festival des montgolfières de Gatineau et POP Montréal ont réussi à franchir la barre de la parité en 2017, avec respectivement 54 % et 52 % de femmes.

En 2018, le nombre augmente à cinq festivals. Le Festival de la chanson de Granby, le Festival de musique actuelle de Victoriaville et Montréal en lumière ont programmé 55 % de femmes et groupes mixtes, tandis que POP Montréal (51 %) et Mutek (50 %) les suivent de près.

En 2019, tous les festivals sont retombés sous la barre de 50 %, sauf POP Montréal, qui a atteint son plus haut résultat des trois années étudiées, soit 59 %.

Les festivals avaient en 2017 une moyenne de 34 % de femmes et groupes mixtes. Elle a augmenté à 37 % en 2018, puis est restée constante en 2019.

Attirer les foules, un défi

« La société est privée de certains des meilleurs talents musicaux de notre génération. Culturellement, nous passons à côté d’œuvres et de performances incroyables à cause du système sexiste qui est en place », estime Candace Shaw, fondatrice de Secret Frequency, un organisme qui souhaite augmenter la présence des femmes dans les festivals.

Mais comment expliquer que si peu de femmes se taillent une place dans les programmations de festivals?

« Il y a cette vision misogyne enracinée dans l’industrie qui limite l’intégration des femmes », croit Dan Seligman, cofondateur et responsable de la programmation de POP Montréal.

Pour Louis Bellavance, directeur de la programmation du Festival d’été de Québec (FEQ), il s’agit plutôt d’une question de succès. « Les artistes féminines de haut calibre international sont plus rares, donc extrêmement en demande, parce que tous les festivals essaient d’avoir des ratios hommes-femmes raisonnables. Les artistes masculins peuvent me dire non à l’infini, il y en aura toujours d’autres. »

Le fondateur et programmateur du Montebello Rock (anciennement Rockfest), Alex Martel, abonde dans le même sens. « Dans notre créneau, c’est vrai qu’il n’y a pas de femmes parmi les groupes qui attirent des grosses foules. Et si, à la base, il y a moins de groupes avec des femmes, ultimement, il y en a moins qui vont connaître un gros succès. »

Laurent Saulnier, vice-président à la programmation de l’Équipe Spectra, qui produit le Festival de jazz, les FrancoFolies et Montréal en lumière, tente de tenir un équilibre dans sa programmation entre des artistes moins connus et ceux qui feront courir les foules. « C’est une position difficile, parce qu’on souhaite être le reflet de la dernière année en termes de production musicale, mais on veut aussi ajouter l’inédit, de l'originalité. »

Les défis sont toutefois différents selon l’importance et l’impact souhaité du festival. Louis Bellavance affirme que les programmateurs qui n’ont pas à remplir les plaines d’Abraham, la plus grosse scène du Québec, ont plus de choix féminins intéressants. « Si demain, je booke le Festif! ou n’importe quel événement dans lequel les artistes ne sont pas payés des millions de dollars, il n’y aurait aucun problème à respecter la parité. Ce n’est pas un défi d’avoir un ratio 50-50 avec des artistes émergents parce qu’il y en a plein, des artistes féminines au Québec. »

Anne-Marie Dufour, fondatrice du Festif!, est d’un autre avis. « La réalité, c’est que j’ai une scène de 5000 personnes à remplir. Je rêve de mettre une fille sur le stage! Mais des femmes ou des bands québécois complètement féminins qui peuvent vendre autant de billets, il y en a très peu. »

Angèle en concert le 16 juin 2019 aux FrancoFolies de Montréal
Angèle en concert le 16 juin 2019 aux FrancoFolies de Montréal Photo : Courtoisie FrancoFolies/Frédérique Ménard Aubin

Une question de disponibilité?

Il existe différentes manières de sélectionner les artistes qui participeront aux festivals. Les agents de spectacles – des intermédiaires entre le gérant et le programmateur – peuvent soumettre des noms d’artistes disponibles pour jouer et qui ont du nouveau contenu à présenter. Mais les programmateurs peuvent aussi rechercher eux-mêmes de nouveaux talents, qui ont souvent moins de ressources à leur disposition.

Au FEQ, on ne fait d’offres qu’aux artistes qu’on leur soumet. « On ne court pas après des artistes qui ne sont pas disponibles, on fait avec les listes qu’on a », explique Louis Bellavance.

Selon Anne-Marie Dufour, l’offre féminine croît chaque année, et tous doivent faire l’effort d’être curieux et de chercher à découvrir ces nouveaux talents. « Il y a un mouvement parmi les bands plus jeunes, plus indépendants. Sur Internet, ils ont la liberté de ne pas devoir rentrer dans un cadre pour diffuser leur musique », explique-t-elle. « Je pense que ça, ça va rendre ça de plus en plus facile d’avoir accès à du matériel féminin. »

Le cofondateur de POP Montréal croit également qu’il faut se faire un devoir d’être curieux. Selon lui, il y a suffisamment d’artistes disponibles pour atteindre la parité. « Il faut seulement gratter la surface un petit peu. »

Tous les programmateurs consultés ont évoqué la question de la disponibilité pour expliquer le manque de femmes. Mais pour Candace Shaw, qui établit elle aussi des programmations de festivals, c’est une question d’habitude et de paresse. Les programmateurs se doivent d’élargir leurs horizons et « arrêter de se chercher des excuses », croit-elle.

« Le plus grand problème, selon moi, c’est le manque de prise de risque des programmateurs ici au Québec », croit l’agent de spectacles Michaël Bardier. « Si quelqu’un dit : “je les ai déjà essayées, Safia Nolin, Lisa Leblanc et les Soeurs Boulay”. Je lui réponds : “parfait! Va voir en Ontario, aux États-Unis, en France. Il y en a plein, de femmes!”  »

Un financement public

Une grande partie des festivals québécois survivent grâce aux subventions gouvernementales, soit 110 millions sur cinq ans du provincial et 10,5 millions du fédéral en 2019.

Avec ce financement viennent différentes responsabilités liées au rayonnement de la région, aux retombées économiques, mais aussi, selon certains acteurs de l’industrie, à la représentation de la société. « Les festivals ne sont pas là que pour divertir. En un sens, ils sont un reflet de ce que la société devrait être », croit Dan Seligman, cofondateur de POP Montréal.

Patrimoine Canada finance déjà des initiatives pour augmenter l’apport des femmes en culture. Mais « le gouvernement reconnaît qu’il reste du travail à accomplir » en ce sens, répond par courriel la porte-parole de Patrimoine Canada, Martine Courage.

De son côté, le gouvernement provincial dit faire confiance aux promoteurs d’événements et ne compte pas intervenir dans le milieu culturel pour favoriser une plus grande parité. « Ce n’est pas au gouvernement du Québec de s’immiscer dans l’élaboration et le choix des programmations des festivals », a réagi l’attaché de presse du premier ministre François Legault par courriel.

Charlotte Cardin chante et joue du clavier sur scène
Charlotte Cardin en concert au Festival international de jazz de Montréal en 2019 Photo : FIJM/Frédérique Ménard-Aubins

Là où le bât blesse

Les festivals sont représentatifs de l’industrie de la musique québécoise : ils réunissent des artistes populaires, qu’on entend fréquemment à la radio, ainsi que des talents émergents. Mais ceux qui réussissent à se tailler une place sur ces scènes ne sont qu’un échantillon de ceux qui souhaiteraient y accéder.

« Il y a vraiment un gap entre le nombre de filles qui vont dans des écoles de musique, qui l’apprennent, et celles qui, après, gagnent leur vie grâce à leur musique », admet Laurent Saulnier.

Fender, le plus important fabricant de guitares au monde, révélait en 2018 que plus de 50 % des premiers acheteurs de ses guitares sont des femmes. Il y a donc un intérêt tout aussi marqué de part et d’autre pour la musique.

La moyenne des diplômés universitaires des programmes de musique était elle aussi dans la zone paritaire de 40-60 % entre 2012 et 2015, les données les plus récentes de l'Institut de la statistique du Québec. Et à l’heure actuelle, 54 % des membres de l’Union des artistes (UDA) inscrits dans la catégorie chanteur/chanteuse sont des femmes.

Les concours de musique sont parmi les premières étapes à franchir pour les musiciens qui souhaitent faire carrière. Depuis quelques années, le concours du Festival de la chanson de Granby atteint généralement la zone paritaire de 40-60, tandis que les Francouvertes affichent environ un tiers de femmes et un tiers de groupes mixtes.

Et c’est à ce moment que débute le rodage. L’artiste est repéré, il enregistre des chansons, un album. Il joue à la radio, les gens entament ses chansons à tue-tête. Il donne alors des concerts en salle, puis dans les festivals.

Il y aura toujours une façon d’expliquer pourquoi il est difficile d’atteindre la parité, mais un changement à une seule de ces étapes pourrait avoir un impact sur la carrière de nombreuses femmes, croit Brigitte Poupart. « Si un festival choisit de mettre plus de femmes sur scène, les gérants d’artistes vont peut-être décider d’en signer plus, parce que ça ouvre la porte. Sans opportunités, ils ne prendront pas de filles. »

Voici quelques idées lancées au fil des entrevues pour que les programmations des festivals soient plus représentatives de la société.

Quotas

Les quotas sont fréquemment discutés lorsqu’il est question de parité en culture. Tous les programmateurs québécois contactés sont contre l’idée, et croient qu’ils sonneraient le glas de leur festival. Mais plusieurs acteurs de l’industrie croient que c’est le moyen le plus efficace d’accélérer le processus.

« Tout ce qu’on demande, c’est d’avoir les mêmes opportunités », explique Brigitte Poupart, ambassadrice Keychange à Montréal pour Mutek. « Il faut passer par des quotas, parce que si nos gouvernements ne montrent pas un modèle, nos paradigmes ne changeront pas. »

Candace Shaw rappelle que les subventions sont déjà liées à certains résultats spécifiques, comme la langue. Elle ajoute qu’il ne serait pas difficile et pourtant « très positif » pour le gouvernement d'associer les subventions à la parité hommes-femmes. « Nous payons pour ces festivals en tant que société, et je refuse de croire que les Canadiens se contentent de payer pour des pratiques sexistes », dit-elle.

Équilibrer son offre

Pour Dan Seligman, cofondateur de POP Montréal, il faut faire des changements à petite échelle pour assurer la pérennité des festivals. Mais il faut s’y mettre dès maintenant. « C’est trop facile de dire : “Si on ne fait pas jouer ces 10 têtes d'affiche connues, personne ne viendra et nous ferons faillite”. »

Les festivals sont souvent très importants pour les groupes émergents qui n’ont pas les ressources pour partir en tournée. Dan Seligman propose donc d’utiliser les têtes d’affiches d’une programmation pour attirer les foules, vendre des billets, mais de saisir cette opportunité pour ouvrir la porte à de plus petits artistes que les gens peuvent découvrir.

Contacts, contacts, contacts

« Sans contacts, tu n’es personne », déplore Sara Dendane. MTL Women in Music organise donc un brunch mensuel de réseautage pour favoriser la rencontre de pairs. « C’est important de se bâtir un réseau, surtout pour les femmes, parce que sinon c’est un boys club. »

Candace Shaw ajoute qu’il existe de nombreux groupes Facebook secrets dans lesquels les femmes de l’industrie échangent sur leurs réalités et s’entraident. « C'est vraiment précieux parce que les hommes dans l'industrie de la musique obtiennent déjà beaucoup de soutien de la part de leurs pairs. »

Des femmes au sommet

Plusieurs acteurs de l’industrie soulignent l’importance de l’effet d’entraînement : plus il y a de femmes dans les postes de gestion des organismes culturels, plus leurs voix seront entendues. « Plus les femmes seront impliquées dans la prise de décision au plus haut niveau et dans les choix artistiques, plus la programmation sera inclusive », croit Dan Seligman.

Sara Dendane est d’accord, et affirme avoir déjà vu les mentalités changer dans les conseils d’administration ces dernières années. « Il y a beaucoup plus de femmes qui y siègent, et je vois ça d’un oeil très positif parce que ça a un impact concret sur les décisions qui sont prises. Les C. A. composés à 100 % d’hommes n’ont pas ces enjeux-là à l’esprit – et ce n’est pas pour mal faire, mais ça ne fait pas partie de leur réalité. »

Méthodologie

Radio-Canada a analysé les spectacles de musique de 28 festivals à travers le Québec. Les données de 2017 et 2018 ont été compilées grâce à Wayback Machine, un site web qui donne accès à des clichés instantanés de pages web enregistrées par l'organisme Internet Archive.

Les festivals sélectionnés sont ceux qui ont obtenu plus de 50 000 $ de subventions dans le cadre du programme « Aide financière aux festivals et aux événements touristiques » de Tourisme Québec ou du « Fonds du Canada pour la présentation des arts » de Patrimoine Canada.

Les festivals qui n’ont pas eu lieu lors des trois années consécutives (2017-2018-2019) ou qui avaient moins de 15 spectacles lors d’une des trois années ont été retirés. Les événements sportifs ou liés à des fêtes nationales (jour de l’An, Saint-Jean-Baptiste, fête du Canada) ont également été exclus.

Le festival Mural aurait dû faire partie de la liste, mais n’a pas partagé sa liste d’artistes pour 2017 et 2018 à temps. La programmation de POP Montréal n’est pas complète au moment de ce reportage — nous avons analysé les 217 artistes confirmés au moment de publier, alors qu’ils comptent en programmer de 250 à 300 cette année.

Les activités et spectacles pour enfants et d’arts de scène qui n’incluent pas de musique (par exemple danse, cirque, humour) ont été retirés de la liste des artistes comptabilisés.

Les artistes n’ont été comptabilisés qu’une fois par festival. Les artistes qui donnaient des premières parties ou participaient à un programme double ont été pris en compte à part entière. Les invités d’un artiste n’ont pas été pris en compte. Les artistes qui se produisaient dans le cadre d’un concours ont été exclus.

La classification mixte s’applique à tous les groupes avec au moins un membre féminin ou non binaire et un membre masculin. Lorsque le nom du groupe désigne un membre spécifique, c’est le genre du membre en question qui a été utilisé.

Le genre des artistes a été déterminé en fonction des descriptions des artistes (pronom(s) utilisé(s), personnes mentionnées), des sites Internet des artistes, puis en dernier recours des photos et vidéos du groupe sur scène.

Laurianne Croteau journaliste de données, Melanie Julien chef de pupitre, André Guimaraes développeur, Francis Lamontagne designer

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