Gilles, le mouton noir

Petit, timide et réservé en société, mais déchaîné en piste, Gilles Villeneuve aura été pendant toutes ses années en F1 un véritable mouton noir évoluant dans un monde hyper médiatisé où les intrigues professionnelles et sentimentales sévissent quotidiennement.

À cela, Villeneuve oppose une vie de famille exemplaire et rangée, loin des projecteurs, des abus et des mondanités. Villeneuve fera même ajouter à son contrat avec Ferrari qu’il souhaite voir sa famille le suivre de course en course. Du jamais vu… La presse italienne, elle, souligne que ses enfants accompagnent très souvent le pilote de course; ce qui est peu courant dans ce monde sportif où les enfants restent au foyer et où les épouses – ou les maîtresses – se pressent pour montrer leur élégance et leur beauté.

Allergique aux mondanités

La famille Villeneuve habite à Berthierville, petite ville située à plus de 80 kilomètres au nord-est de Montréal. Le père, Séville, est accordeur de piano et ça mère, Georgette, femme au foyer. Plus tard, ils montent leur propre affaire de confection de vêtements.

Au séminaire de Joliette où Gilles est pensionnaire, il étudie aussi la musique classique, joue du piano, de la trompette et du jazz et comme beaucoup de garçons, il s’intéresse aux voitures.

Dès la fin de ses études secondaires, il obtient son permis de conduire et s’achète une vieille Skoda, une automobile de marque tchèque dont le moteur est à l’arrière du véhicule. Il la conduit souvent trop vite et reçoit des contraventions. Gilles s’éduque lui-même en mécanique, lisant et étudiant des magazines automobiles, montant et démontant les moteurs de vieilles voitures.

Arrivés en Europe, les Villeneuve loueront leur propre villa près de Placassier, un village situé entre Grasse et Cannes en France. Leur installation provoque d’emblée la curiosité locale et celle de la presse. Les habitants de Placassier et les journalistes sont surpris par la façon dont ils parlent français.

Leur mode de vie, si typiquement nord-américain, les confond aussi. Dans le sud-est de la France où le climat très agréable, les spécialités gastronomiques et les bons vins priment, le couple Villeneuve ne s’en soucie nullement. Pour Gilles, manger est une simple nécessité. Son menu favori et qui le restera toujours est à base de viande et de pommes de terres, suivis d’une tarte au sucre ou d’une crème glacée. Pour lui, manger est une perte de temps. Il n’est pas gourmet et ne le sera jamais. En 1977, pendant un voyage de retour au Canada, les agents de bord qui ont reconnu Gilles lui offrent plusieurs fois du champagne, mais il refuse. Un soda ou un jus de fruit fait l’affaire.

Quand il décrit sa maison mobile d’alors, on ne comprend pas mieux, car cela non plus n’existait pas en Europe. Des médias déclarent alors que Villeneuve vivait dans une masure qu’il pouvait déplacer et faisait des compétitions au coeur des rudes hivers de la province de Québec avec un véhicule des plus bizarres, bricolé par lui. Quel drôle d’homme ! Mais aussi, quel talent tout de même ! Par la suite, la motoneige deviendra populaire en France et sera appelée «scooter des neiges».

L’année 1978 verra aussi les journalistes rapporter que Gilles a fait venir du Québec une super caravane, construite selon ses spécifications, et également son vieux camion pour la tirer. Ce modèle de caravane est tellement inusité en Europe qu’il provoque une grande curiosité. Ce n’est pas ainsi que voyagent les coureurs automobilistes des Grands Prix. Il y a bien des caravanes le long des circuits automobiles pour que les coureurs automobiles puissent s’y reposer pendant la journée, mais personne n’aurait l’idée d’y habiter ou d’y dormir la nuit. À cette époque, en Europe, les petites caravanes sont le symbole du camping de vacances des gens qui n’ont pas de gros moyens financiers… Pourtant, Gilles gagne beaucoup d’argent maintenant.

Le couple Villeneuve fréquente davantage les mécaniciens que les pilotes, ce qui surprend beaucoup. Gilles se sent beaucoup plus près d’eux et entretiendra des relations de travail très étroites avec eux. Lorsqu’un hommage sera célébré, plusieurs années après sa mort, par Ferrari, tous les mécanos encore vivants participeront aux célébrations, ce qui émouvra sa veuve.

Les années Ferrari

Grands duels

Statistiques

Formule Atlantique