1977

Le vieux sage et l’enfant terrible

La Scuderia Ferrari a témoigné d’un certain intérêt envers Gilles. Cela tombe bien car quand il apprend que McLaren ne va pas renouveler son contrat, Villeneuve retourne tête basse à Berthierville.

Le 29 août 1977, Villeneuve rencontre Enzo Ferrari en personne, le grand patron et fondateur de l’écurie Ferrari. C’est un moment historique. Pendant près d’une heure, le vieil homme d’affaires italien aux chevaux blancs et le jeune prodige québécois bavardent amicalement, mais aucun contrat n’est signé.

Le 26 septembre, Gilles s’envole du Québec avec son gérant, Gaston Parent, pour Londres afin d’y résilier son contrat avec McLaren qui expire le 31 octobre. Ils partent ensuite pour l’Italie. À Maranello, Parent négocie le contrat de Villeneuve avec Enzo Ferrari lui-même.

Déjà lui-même une célébrité, Villeneuve est maintenant associé au prestige de la célèbre firme italienne. C’est de mieux en mieux pour sa carrière. Gilles est le pilote de course avec le moins d’expérience à être recruté par une écurie aussi renommée, mais Enzo Ferrari a vu dans ce jeune homme quelque chose de particulier. Pendant toute leur association, jusqu’à la mort de Villeneuve, le père Ferrari continuera de protéger son poulain, même dans les moments difficiles lorsque la presse italienne réclamera sa tête à cause de certaines contre-performances.

Enzo Ferrari le surnommait avec affection « Il Piccolo Canadese », le petit Canadien, à cause de sa petite taille.

1977

Japon

Plus de 70 000 spectateurs ont répondu à l’appel et assistent au Grand Prix du Japon, le 23 octobre 1977, au pied du Mont Fuji.

Les  noms  les  plus  importants  de  la  planète  s’y affrontent:  Scheckter, Andretti, Hunt,  Laffite, Binder, Takahara, Peterson, etc.

Dans un tournant très accentué, appelé la «Courbe du diable», la Ferrari rouge qui porte le numéro 11 conduite par Gilles Villeneuve se retrouve tout juste dernière l’auto de Ronnie Peterson. En freinant, Gilles touche l’une des roues arrière de Peterson. La Ferrari s’envole littéralement. La Tyrrel de Peterson tournoie, perd une aile et se redresse. L’auto de Gilles  fait  plusieurs sauts sur elle-même. Des  morceaux de métal s’envolent dans toutes les  directions.

L’auto atteint un groupe de spectateurs regardant la course dans un endroit interdit au public. Deux personnes sont tuées sur le coup, une dizaine d’autres sont blessés, dont sept gravement.

À quelques mètres de là, par une chance incroyable, Gilles est toujours dans son siège. Il  s’en dégage et se précipite jusqu’au stand où il retrouve Peterson qui, lui aussi, n’est pas blessé. Villeneuve lui expliquera que ses freins ne fonctionnaient plus.

Ce n’est qu’un peu plus tard que Gilles sera mis au courant des conséquences mortelles de  l’accident.

Une investigation est en cours. Gilles téléphone à Gaston Parent, son agent d’affaires, qui lui recommande de ne signer aucun document en japonais. Des  traductions sont alors produites. L’enquête révélera que les deux pilotes ne sont pas responsables de l’accident.

Gilles restera longtemps perturbé par la catastrophe. Ne ressentant aucune peur pour lui-même sur les circuits, il est profondément désolé par ce qui arrivé aux spectateurs.

Après avoir été porté aux nues par la presse internationale, Gilles reçoit désormais de mauvais échos médiatiques. Mais Enzo Ferrari lui fait toujours confiance…

Quant à Ronnie Peterson, il se tuera l’année suivante à Milan au Grand Prix d’Italie lors d’un accident, en pleine course.

1978

Afrique du Sud

Le 4 mars 1978, la Ferrari T3 de Gilles fait ses débuts à Kyalami, au Grand Prix d’Afrique du Sud. Cette nouvelle monoplace roule avec des pneus Michelin. Le moteur V12 de Gilles fume en plein circuit et l’huile se répand sur la piste. Il abandonne la course.

Mais la voiture du pilote Carlos Reutemann glisse sur l’huile de la voiture de Gilles et enfonce plusieurs barrières de sécurité avant de s’arrêter. Reutemann a tout juste le temps de quitter sa T3 avant qu’elle ne s’embrase.

Les commérages vont bon train. On chuchote que Ferrari va se débarrasser de Villeneuve, mais il n’en est rien.

8 octobre 1978

La consécration à Montréal

Sur le nouveau circuit de l’île Notre-Dame à Montréal, des pilotes représentant une quinzaine de pays prennent part au Grand prix du Canada.

Venus des quatre coins de la province du Québec et d’ailleurs, près de 73 000 spectateurs attendent avec un immense enthousiasme leur héros national, à bord de sa Ferrari rouge qui porte le numéro 12.

Le premier ministre du Canada, Pierre-Elliott Trudeau, est parmi eux. Les entrevues avec les médias s’enchaînent. La presse et les caméras de télévision sont en bord de piste. Gilles ne va décevoir personne.

À une vitesse folle, moteur vrombissant, pneus fumants, ralentissant soudainement pour ensuite accélérer bruyamment, passant les vitesses avec dextérité, Gilles se donne à fond. Les tournants se succèdent où l’auto tremble, touche les limites du circuit, puis se redresse.

Villeneuve remporte sa toute première victoire en Formule 1, chez lui, au Grand Prix du Canada. La foule en délire l’acclame.

Le premier ministre Trudeau lui remet le trophée avec les compliments d’usage. Gilles arrose la foule, non pas avec un magnum de champagne, comme c’est l’habitude, mais avec une gigantesque bouteille de bière !

La saison 1978 se terminera très bien. Après avoir connu des hauts et des bas, Gilles a répondu à la confiance que lui avait témoignée Enzo Ferrari, en l’engageant comme coureur automobile.

Au classement final du championnat du monde de Formule 1 et 3, Gilles est 9e, un résultat honorable pour sa première année au sein de l’équipe Ferrari.

Photo: Archives de la Ville de Montréal

25 avril 1982

La rivalité

Le 25 avril 1982, Villeneuve est à Imola en Italie. Son coéquipier, Didier Pironi, est juste derrière lui. Du stand, on leur fait signe de ralentir, leur montrant le panneau sur lequel est inscrit «SLOW».

Villeneuve respecte le signal et ralentit. Pironi en profite pour le dépasser. Gilles le rattrape à l’avant-dernier tour. Mais au dernier tour, Pironi le double soudainement en le coupant brutalement et gagne la course.

Gilles est furieux. Pironi lui a volé la victoire et a oublié son statut de coéquipier. Villeneuve a toujours obéi aux ordres par esprit d’équipe. La foule ne sait que penser. La presse internationale s’empare de l’histoire.

Après une réunion d’Enzo Ferrari avec les deux pilotes, Ferrari déclare que Pironi n’a pas interprété correctement le signal de ralentissement et qu’il comprend fort bien le ressentiment de Villeneuve. Toutefois, il ne condamne pas publiquement la conduite de Pironi.

Cela ne calmera pas Gilles qui ne décolère pas. Il jure de ne plus jamais adresser la parole à Didier Pironi qu’il avait toujours considéré comme un ami. Lui, Gilles, n’aurait jamais joué ce mauvais tour à un autre coureur.

Toutefois, pour la Scuderia Ferrari, Pironi et Villeneuve couraient tous deux pour la firme et la représentaient. Le plus important pour l’écurie italienne était de remporter la victoire. Ce qui a été fait.

Au sein de l’équipe Ferrari, le support moral envers Gilles est si peu apparent que l’atmosphère est à couper au couteau. Les jours n’ont pas toujours été faciles pour Gilles chez Ferrari.

La veuve de Gilles affirmera même, après sa mort, que c’est cette rivalité qui l’aura tué. Toujours aussi furieux, Villeneuve a attaqué la piste à Zolder, quelques jours plus tard, la rage au cœur. C’est ce qui lui aurait fait commettre des imprudences.

8 mai 1982

Dernier tour de piste

À Zolder, le 8 mai 1982, lors des essais précédant le Grand Prix de Belgique, Villeneuve se plaint que ses pneus sont trop gonflés et que l’adhérence en souffre. Par la suite, Mauro Forguieri dira lui avoir montré le panneau «IN» quand Gilles passe devant le stand, car ses pneus sont très usés. On pense qu’il conduisait alors à 200 kilomètres/heure.

Sur la piste, le pilote Jochen Mass le voit arriver et s’attend à ce qu’il le dépasse à gauche. Mais Gilles passe à droite et touche le pneu droit de l’auto de Mass. La Ferrari de Gilles, qui porte le numéro 27, s’envole littéralement sur une distance de plus de 100 mètres. Des images d’horreur s’enchaînent…

À cause de la pulsion, la Ferrari tourne plusieurs fois dans les airs et se désagrège, laissant derrière elle des morceaux de ferraille qui volent dans tous les sens. Gilles est éjecté de l’auto avec son siège et le volant. Son casque suit. Les restes de la Ferrari rouge atteignent presque Jochen Mass qui a tout juste le temps de faire une embardée.

Des médecins se précipitent sur la piste au secours de Gilles, inconscient, et essaient de le réanimer. Un hélicoptère le transporte jusqu’à l’hôpital universitaire Saint-Raphaël à Louvain.

Un bulletin officiel annonce que le coureur automobile souffre de plusieurs blessures au cou. Des fractures de vertèbres cervicales auraient entraîné la rupture de la moelle épinière. Il est inconscient.

Au Québec, la nouvelle est annoncée en direct à la radio CKVL-AM par le journaliste de sports Christian Tortora, qui se trouve alors sur place à Zolder.

Ce jour-là, Joann n’est pas venue assister aux essais. Elle dit être restée à Monte-Carlo avec les enfants afin de préparer la première communion de Mélanie qui devait avoir lieu sous peu. Elle reçoit un coup de téléphone de Jody Scheckter l’informant de l’accident.

En compagnie de celle-ci, elle se rend immédiatement à l’hôpital en Belgique. Les médecins la préviennent qu’ils ne peuvent plus aider son mari.

Le décès de Gilles Villeneuve est annoncé peu de temps après 21h. Il n’avait que 32 ans. Ses enfants, Jacques et Mélanie, ont respectivement dix et huit ans.

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