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Kahnawake perd une femme « remarquable » et « indépendante »

La communauté mohawk de Kahnawake pleure le décès de Christine Katsi'tsenhawítha Zachary Deom, défenseure de la culture et engagée autant politiquement qu’humainement.

Christine Zachary Deom

Christine Zachary Deom était une fidèle catholique : elle ne manquait que rarement la messe du dimanche célébrée dans l'église de Kahnawake. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

Les Kanien'kehá:ka se souviendront de Christine Katsi'tsenhawítha Zachary Deom comme d’une enseignante, d'une cheffe au conseil de bande et d’une avocate diplômée de l’Université McGill.

À l’âge de 77 ans, la matriarche s’est éteinte le 9 février à l'hôpital Kàteri de Kahnawake.

Son neveu Brian Goodleaf ne manque pas d’éloges vis-à-vis de celle qui était aussi sa marraine. Elle n’a jamais oublié d’où elle venait, dit-il en entrevue avec Espaces autochtones.

Brian Goodleaf fait référence au fait que Christine Zachary était une fervente catholique. Espaces autochtones l’avait d’ailleurs rencontrée à l’été 2022 pour parler de sa foi.

Elle ne jugeait pas les gens, ce qui était remarquable, elle qui était avocate, dit celui qui l’a recommandée pour devenir membre du conseil de bande en 2012.

Je lui ai dit qu’on avait besoin d’elle, de ses connaissances et elle a gagné, raconte M. Goodleaf. Il se souvient surtout du jour de la victoire de sa tante. Elle disait qu’elle était trop vieille, mais au moment du comptage des voix, elle était fière d’être élue. Elle a mené une vraie campagne en allant faire du porte-à-porte, elle parlait aux gens, se remémore-t-il.

Catherine Zachary Deom pose.

Christine Zachary Deom souhaitait que des dons soient faits pour le futur centre culturel de la communauté de Kahnawake.

Photo : Facebook/Christine Zacharie Deom

Très proche d’elle, Brian Goodleaf aimait lorsque Christine venait lui rendre visite. Ils s’échangeaient des conseils. Elle a toujours veillé sur moi. Ma mère est morte quand j’étais jeune… Elle était là il y a encore deux semaines, on avait gardé contact, ajoute-t-il.

C’était une femme indépendante, forte, remarquable. C'était une firecracker, ajoute-t-il pour évoquer sa personnalité dynamique et volontaire.

Bobby Patton, qui a côtoyé Mme Zachary lorsque lui-même était chef, évoque une femme travaillante, déterminée, qui n’avait pas peur lorsqu’elle avait une idée en tête.

M. Patton connaissait Christine Zachary bien avant de travailler avec elle d’ailleurs. Elle avait été sa professeure.

Un bâtiment sur lequel on lit le nom de l'école.

L'école élémentaire de Kahnawake où a enseigné Christine Zachary Deom. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

Elle était une professeure gentille. C’était quelqu’un dont on voulait suivre les pas. Elle était pleine de sagesse et aimait beaucoup sa communauté, dit-il en assurant que Mme Zachary se battait pour Kahnawake, mais aussi pour les enfants.

Elle était une mère pour tout le monde.

Une citation de Bobby Patton

Mme Zachary a aussi été impliquée dans la modification du drapeau de la Ville de Montréal, qui est désormais doté du pin blanc, symbole des peuples autochtones maintenant considérés comme faisant partie des fondateurs de la ville. Cet arbre évoque aussi la paix.

À l’époque, Christine Zachary avait lancé : Pour des gens qui ont été si longtemps oubliés, vous ne pouvez pas savoir comment ça fait du bien de se sentir soutenus comme cela.

Il n’y a pas tant de symboles de réconciliation au Canada. C’est en est qui se rend jusqu’aux racines, avait-elle ajouté.

Une photo du drapeau de la Ville de Montréal.

Le drapeau de la Ville de Montréal comporte désormais un symbole autochtone en son centre : le pin blanc. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Brian Goodleaf a encore en tête l’image de sa tante, les larmes aux yeux, lorsqu’elle lui racontait que les Autochtones allaient avoir leur place sur le drapeau de la métropole.

Elle était très engagée dans chacun de ses projets. Je suis fier de ce qu’elle a accompli, de la manière dont elle a mené sa vie.

Une citation de Brian Goodleaf

L’ancien maire de Montréal Denis Coderre s’est exprimé sur les réseaux sociaux au sujet du décès de Mme Zachary. J’apprends avec grande tristesse qu’une femme d’exception, une alliée de tout instant […] nous a quittés, écrit-il.

Elle aura joué un rôle clé dans notre leadership de la politique de réconciliation. Elle aura été présente pour notre nouveau drapeau et le changement de la rue Amherst pour la rue Atateken, ajoute-t-il.

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, a dévoilé le nouveau nom de la rue Amherst le 21 juin 2019, Journée nationale des peuples autochtones.

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, a dévoilé le nouveau nom de la rue Amherst le 21 juin 2019, Journée nationale des peuples autochtones. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Charles Contant

Du côté de la Ville de Montréal, Alia Hassan-Cournol, l'élue responsable du dossier de la réconciliation, a réagi sur le réseau social X. La conseillère municipale a rendu hommage à « une femme de tête, de coeur, une amoureuse de sa culture et une grande citoyenne d’honneur de la ville de Montréal ».

Mme Zachary a par ailleurs plaidé pour que des archéologues autochtones soient formés afin de découvrir d'anciens artéfacts. Dans l’intimité, l’ancienne avocate et politicienne était aussi une grande amoureuse de la cuisine traditionnelle. En 2018, elle avait reçu une équipe de Radio-Canada (Nouvelle fenêtre) dans sa cuisine, où elle avait préparé un repas à base de hominy, un aliment composé de maïs séché attendri.

Alors que Brian Goodleaf termine la conversation, il lâche dans un souffle : Elle va manquer à toute la communauté.

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