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À quoi ressemble une formation en sécurisation culturelle?

Une professionnelle de la santé en tenue de travail, avec un masque et un stéthoscope.

La formation proposée par l'Université de Montréal est attendue par l'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec.

Photo : Radio-Canada / Ben Nelms

L’Université de Montréal (UdeM), en concertation avec des Autochtones, a mis sur pied une formation pour les professionnels de la santé, les intervenants sociaux et les gestionnaires, principalement axée sur la sécurisation culturelle.

Le concept, sur toutes les lèvres depuis la mort de Joyce Echaquan il y a trois ans, vise à reconnaître les discriminations vécues par les Autochtones dans les institutions, leur culture propre, et à changer les pratiques dans le milieu de la santé, entre autres. La formation sera offerte en novembre. En quoi consiste-t-elle, concrètement?

Pour nous la faire découvrir, l’équipe de la Faculté de l’éducation permanente de l’UdeM nous a transmis un balado d’une quinzaine de minutes qui sera diffusé à ceux qui suivront la formation. Nous n’avons pu avoir accès aux autres modules. La formation complète durera sept heures, en ligne.

Elle compte quatre modules. Le premier est consacré à la décolonisation, le second à la réconciliation des pratiques. Les deux autres traitent de l’autochtonisation des pratiques et des disciplines.

La portion consultée commence ainsi : Les traumatismes subis par les générations autochtones sont les résultats de multiples facteurs, et les pensionnats ne sont qu’une des multiples facettes des stratégies coloniales mises en place.

Une vigile s'organise en mémoire de Joyce Echaquan, décédée lundi dans un centre hospitalier de Joliette.

En 2020, Joyce Echaquan avait filmé et diffusé en direct ses appels à l'aide, tandis que des infirmières tenaient des propos racistes à son endroit. Sa mort à l'hôpital de Joliette a déclenché l'indignation et attiré l'attention publique sur les discriminations vécues par les Premières Nations dans les institutions.

Photo : Image tirée de Facebook

On peut ensuite y entendre les témoignages de deux Innus au sujet de leur chemin de vie cabossé et de leur rapport à leurs racines.

Le premier témoin évoque les pensionnats pour Autochtones. Il y a passé quatre ans, mais ne se souvient pas de grand-chose, sinon d'un seul repas, comme s’il avait tout évacué. Il se rappelle aussi les prêtres, avec leur crucifix qui ressemblait à un poignard.

Il parle ensuite de sa consommation de drogue, de la prostitution, puis de sa lente prise de conscience de ce qu’a causé son passage dans les pensionnats : une rupture avec sa culture, qu’il tente encore de panser.

La seconde témoin évoque son père alcoolique, violent, qui menaçait sa mère avec des couteaux. Elle relate aussi sa propre consommation d'alcool, qui a commencé à 15 ans. Puis le sentiment de rejet, d’abandon et, enfin, son parcours de guérison, au cours duquel elle a tendu la main à d’autres qui avaient vécu des traumatismes, jusqu’à devenir intervenante.

Si la formation traite des pensionnats et des traumatismes intergénérationnels, c’est pour proposer des façons d’intervenir en fonction de ces enjeux, explique l'université dans le communiqué.

De la bienveillance culturelle

Une personne tient une plume entre ses mains et un plat contenant de la sauge. Autour d'elle, des divans et des fauteuils. L'hôpital St-Paul de Vancouver a ouvert un espace destiné aux guérisseurs autochtones.

L'hôpital St-Paul de Vancouver a ouvert il y a plusieurs années un espace d'accueil pour des soins autochtones. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / CBC/Duncan McCue

Il a fallu près de deux ans pour mettre la formation sur pied. Une centaine de personnes y ont contribué, dont la moitié sont autochtones, d'après l'UdeM.

Elle vise à respecter le principe du double regard Etuaptmumk, défini par Murdena et Albert Marshall, deux aînés mi’kmaw, pour concilier la vision de la santé dite conventionnelle allochtone avec celle de la santé traditionnelle autochtone [...], détaille le communiqué de l’université.

Au cours de l’élaboration de la formation, seules les nations wolastoqey (malécites) et naskapies n’ont pas été représentées.

Trois personnes qui ont contribué à façonner la formation nous ont expliqué leur approche.

Chantal Levesque, responsable de programmes à la Faculté de l’éducation permanente de l’Université de Montréal, développe ainsi sa vision de la sécurisation culturelle dans le milieu de la santé : pour elle, il est important, dès l’accueil du patient, de créer des espaces culturellement bienveillants.

Par exemple, une personne autochtone à l'hôpital dit qu'elle a besoin de se ''smudger'' (se purifier en brûlant de la sauge) pour se connecter avec le créateur, pour ressentir du soutien dans un moment difficile. Des gens qui ne connaissent pas la pratique peuvent se dire : "Mais voyons, ça n’a pas de sens! Comme si la boucane pouvait changer quelque chose!" Eh bien, la formation doit permettre d’accueillir ce que l’autre fait. Dans un monde idéal, il y aurait des petits coffrets de sauge à l’entrée des hôpitaux, par exemple. Ça, pour moi, c’est reconnaître l’égalité des savoirs.

Une citation de Chantal Levesque, responsable de programmes à la Faculté de l’éducation permanente de l’UdeM

Christine Jean, Innue de Mashteuiatsh et directrice du centre de réadaptation Wapan, qui accompagne des personnes souffrant de dépendance, préfère parler de bienveillance culturelle. Elle en donne un exemple.

La semaine passée, quelqu’un est venu chez nous pour un suivi. Je lui ai proposé de faire la rencontre à l’arrière, dans le shaputuan [une tente conique traditionnelle], ça sent le sapin, le feu. J’ai conscience que ce n’est pas possible dans certains contextes, mais quand ça l’est, c’est bien de le faire.

Une citation de Christine Jean, directrice du centre de réadaptation Wapan

Par ailleurs, se sentir culturellement sûr, entendu et reconnu diffère grandement selon la relation qu’un Autochtone entretient avec sa culture. Tout le monde ne veut pas de sauge! tonne Christine Jean.

Pour Chantal Levesque, l'idée n'est pas d’enseigner comment intervenir selon les pratiques traditionnelles, puisqu’il appartient aux Autochtones de le faire, mais d’exposer les non-Autochtones au fait qu’il existe des médecines traditionnelles autochtones, afin qu'ils les respectent.

Samuel Blain, professeur de clinique à la Faculté de médecine de l’UdeM et membre du comité responsable de la formation, reconnaît qu'il peut y avoir un certain choc culturel pour ceux qui ne seraient pas sensibilisés aux pratiques autochtones.

Pour lui, il faut reconnaître et accompagner l’existence de ces deux perspectives.

La posture professionnelle à adopter est celle du conseiller. On ne pratique pas la médecine autochtone à l'hôpital, mais on doit savoir recevoir les Autochtones. On peut, par exemple, se prononcer sur le niveau de sécurité des soins traditionnels dont ils nous parlent.

Une citation de Samuel Blain, professeur de clinique à la Faculté de médecine de l’UdeM et membre du comité responsable de la formation

La formation sera lancée le 15 novembre, mais Chantal Levesque dit déjà sentir un intérêt grandissant. La formation est particulièrement attendue du côté de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec.

Une partie des profits engendrés par cette formation ira dans un fonds de soutien à la communauté étudiante autochtone de l’Université de Montréal.

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