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Des Anishinaabeg créent un répertoire pour prendre en main leur histoire

Le projet a permis une collaboration inédite entre Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) et un organisme autochtone.

Une quinzaine de membres de Minwashin posent sur une scène.

Minwashin travaille sur le projet Nipakanatik depuis quelques années déjà. L'organisme, sans but lucratif, a pour mission de soutenir, de développer et de célébrer les arts, la langue et la culture anishinaabeg.

Photo : Gracieuseté : Minwashin / France Lemire

Après plusieurs années de travail, l'organisme Minwashin a récemment mis en ligne Nipakanatik (Nouvelle fenêtre), un répertoire numérique d'archives de la nation anishinaabe. Il contient plus de 10 000 documents de toutes sortes provenant directement des communautés, ou encore des banques de données des différents partenaires du projet.

Nipakanatik simplifiera énormément les recherches sur les Anishinaabeg, et permettra du même fait de s'assurer de la pérennité des documents. Ça répond à différents grands besoins, surtout que nous n'avons pas d'endroit qui permet de conserver adéquatement nos archives, explique l'instigateur du projet, Maurice Kistabish.

Celui qui agit comme aîné en résidence à l'organisme Minwashin veille à ce que les différents projets soient menés avec une approche conforme à la culture anishinaabe. En parallèle, il donne deux cours au Département de droit de l'Université d'Ottawa.

Portrait de Maurice Kistabish.

Maurice Kistabish est à l'origine de l'idée de créer une base de données centralisant des archives de la nation anishinaabe.

Photo : Gracieuseté : Minwashin / Annick Fluet

J'ai dû faire beaucoup de recherches pour différents projets à travers les années, et je me ramassais à chercher des documents d'une communauté à l'autre. Parfois, il n'y avait même pas de système de classement, c'était vraiment comme chercher une aiguille dans une botte de foin!, raconte-t-il.

Le projet change la donne de plusieurs façons. La numérisation des documents qui composent le répertoire permet non seulement de mieux classifier et protéger les archives en provenance des communautés, mais aussi de faire en sorte que ce soient des Anishinaabeg qui prennent en main la mise en valeur des documents présents dans des fonds d'archives situés ailleurs au Québec.

Pour M. Kistabish, Nipakanatik facilite une nécessaire décolonisation du récit.

Les Premières Nations ont été beaucoup étudiées par des universitaires ou des religieux qui arrivaient avec leur approche colonialiste et repartaient sans faire profiter les communautés de leur travail. Des milliers d'images et autres documents se sont ainsi retrouvés dans divers fonds d'archives.

Une citation de Maurice Kistabish, professeur de droit à l'Université d'Ottawa et instigateur du projet Nipakanatik

Pour l'instant, plusieurs images numériques issues des fonds de quatre partenaires principaux ont été intégrées au projet, soit celles de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), du Musée canadien de l'histoire, du Musée de la civilisation de Québec et du Musée McCord.

À la manière anishinaabe

Bien que les images numériques patrimoniales provenant des fonds de ces partenaires représentent une part importante de la base de données de Nipakanatik, l'objectif de Minwashin demeure de s'assurer que les objets les plus signifiants que recèlent les communautés soient répertoriés.

C'est dans cette optique qu'une équipe a parcouru les différentes communautés cet été à bord d'un laboratoire mobile de numérisation créé spécialement pour l'occasion.

Un camion arborant les couleurs de Minwashin est stationné.

Minwashin a adapté un véhicule récréatif pour répondre aux besoins de son équipe itinérante responsable de la numérisation dans les communautés.

Photo : Gracieuseté : Minwashin

Minwashin, dont la mission est de soutenir, de développer et de célébrer la culture anishinaabe, roule sa bosse depuis quelques années déjà. L'organisme sans but lucratif jouit donc d'une certaine reconnaissance au sein des communautés, facilitant la création de liens avec des détenteurs d'objets ou d'archives intéressants.

À travers le projet, l'organisme a tenu à autochtoniser la manière usuelle de conserver des archives. Pour ce faire, la fiche de chacun des objets numérisés est accompagnée de capsules audio, principalement réalisées en anishinaabemowin, la langue anishinaabe.

Nous sommes un peuple de tradition orale, explique Maurice Kistabish, alors cette approche est non seulement plus signifiante au niveau culturel, mais elle apporte aussi une meilleure précision sur ce qui est présent dans notre répertoire.

Mais ce n'est pas tout le monde qui était ouvert à se prêter à l'exercice. Minwashin proposait donc aux personnes réticentes à la diffusion de leurs images ou de leurs documents de limiter l'accès aux fiches numériques de leurs artéfacts à leur famille ou à leur communauté.

Évidemment, certains documents pourraient avoir une valeur au niveau politique ou juridique, pour des revendications, par exemple. Il a donc fallu s'assurer de les traiter adéquatement, explique Maurice Kistabish.

Un nouveau type de partenariat avec BAnQ

L'archiviste-coordonnateur aux Archives nationales à Rouyn-Noranda, Sébastien Tessier, raconte que les premiers contacts avec Minwashin remontent à cinq ou six ans.

Dès le début, on a rapidement constaté que nous allions devoir adapter nos manières habituelles de travailler si nous souhaitions parvenir à un accord, explique-t-il. Certaines clauses du genre d'ententes que nous prenons habituellement n'étaient pas appropriées pour une collaboration avec des communautés autochtones.

Portrait de Sébastien Tessier.

Sébastien Tessier a activement participé à la collaboration entre BAnQ et Minwashin par rapport à Nipakanatik. Il souhaite que l'entente prise en novembre 2022 puisse inspirer une plus grande collaboration entre BAnQ et les communautés autochtones du Québec.

Photo : Gracieuseté de Minwashin / Marie-Raphaëlle Leblond

Il explique que la négociation du partenariat a été longue, notamment en raison de la différence de perception des droits d'auteurs entre BAnQ et les Anishinaabeg.

Pour les Anishinaabeg, s'ils sont sur l'image, celle-ci leur revient. Pour nous, les photos appartiennent normalement à l'auteur. Ça a créé certaines incompréhensions au départ, explique-t-il. Il a aussi fallu enfoncer quelques portes lorsqu'il y a eu de la résistance dans notre organisation, mais nous sommes finalement parvenus à une entente en novembre 2022, qui est à l'avantage de tous.

Par cette entente, Nipakanatik a été enrichi de près de 1300 fichiers numériques de photos, dont la majorité ont été prises par le père Louis-Roger Lafleur, au tournant des années 1930, selon BAnQ. Plusieurs numérisations de documents textuels, de cartes et plans et de copies d'enregistrements audiovisuels s'ajouteront.

Nous avons aussi formé en numérisation l'équipe de Minwashin qui a parcouru les communautés au cours de l'été pour bonifier leur base de données, explique Sébastien Tessier.

En retour, des Anishinaabeg se sont penchés sur des fonds de BAnQ afin d'identifier, dans la mesure du possible, les personnes ou les objets représentés sur les photos prises par les missionnaires. Un apport inestimable, selon Sébastien Tessier, qui permet d'augmenter la valeur historique de ces images.

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