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Trois ans après la mort de Joyce Echaquan, « les gens ont encore peur de se faire tuer »

Trois ans après la mort tragique de Joyce Echaquan, la communauté atikamekw de Manawan avance doucement, au rythme dicté par la volonté des pouvoirs publics. Si des pas ont été faits vers la réconciliation, la peur persiste dans la communauté.

La famille de Joyce Echaquan, dont sa fille Marie Wasianna Echaquan Dubé, réagit au dépôt du rapport de la coroner sur sa mort.

La communauté de Manawan est encore profondément marquée par le décès tragique de Joyce Echaquan. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Le 28 septembre 2020, le Québec découvrait en images le racisme qui peut exister dans les hôpitaux du Québec à l’encontre des Autochtones. Joyce Echaquan, une Atikamekw de 37 ans, mourait sous les insultes d’employés de l’hôpital de Joliette.

Depuis, sa communauté d’origine, Manawan, a accouché du principe de Joyce, un précepte qu’elle rêve de voir être adopté à l’échelle de la province. Elle a fondé le Bureau du principe de Joyce qui milite pour faire adopter sa feuille de route auprès de différentes institutions québécoises.

Depuis aussi, deux Atikamekw de Manawan ont été embauchés pour faire le pont entre les patients autochtones et le personnel de l’hôpital de Joliette.

Les gens se fient beaucoup à ces deux personnes, insiste Sipi Flamand, le chef de Manawan. Elles connaissent nos traditions, elles sont là pour accompagner les malades, notamment en fin de vie, elles aident aussi avec la langue.

L'auteur atikamekw Sipi Flamand.

Le chef de la communauté de Manawan, Sipi Flamand, estime qu'il y a encore des choses à faire trois ans après le décès de Joyce Echaquan. (Photo d'archives)

Photo : Éditions Hannenorak

Le décès de Joyce Echaquan

Consulter le dossier complet

Une femme tient une photo de Joyce Echaquan.

Par ailleurs, un comité de réconciliation a été mis sur place et regroupe le chef de Manawan, le vice-chef, deux membres du conseil, la direction générale de l’hôpital de Joliette et le Bureau du principe de Joyce.

Il se réunit tous les trois mois pour faire état des avancements.

L’hôpital a aussi pris l’initiative de créer un endroit spécialement pour accueillir les Atikamekw. Il s’appelle Wicakemowin, indique M. Sipi.

Mais cela ne suffit pas à rassurer la majorité des Atikamekw. Sipi Flamand estime qu’environ la moitié des membres de la communauté de Manawan ont toujours peur d’aller se faire soigner à l’hôpital de Joliette.

Une Atikamekw confiait aussi à Espaces autochtones que son père avait peur d’aller à Joliette après la mort de Joyce, car il portait le patronyme Echaquan.

Jolianne Ottawa, infirmière et actuelle directrice des services de santé de Manawan, le dit aussi : Trois ans après Joyce, la peur est encore présente.

Jennifer Petiquay-Dufresne, la directrice générale du Bureau du Principe de Joyce, partage ce constat. C’est encore particulièrement difficile. Les gens sont restés avec cette crainte. Les gens ont encore trop peur. La mort de Joyce a tellement marqué la communauté, fait-elle remarquer.

Jennifer Petiquay-Dufresne, au micro de Radio-Canada.

Jennifer Petiquay-Dufresne, directrice générale du Bureau du Principe de Joyce, raconte que beaucoup de gens ont encore peur de mourir à l'hôpital de Joliette. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Xavier Gagnon

De quelles craintes parle-t-elle?

Ils ont peur de se faire tuer, carrément. De ne pas être bien traités médicalement.

Une citation de Jennifer Petiquay-Dufresne, directrice générale du Bureau du Principe de Joyce

La directrice estime qu’il faudrait être plus proactif. Il y a une volonté organisationnelle. Le comité de réconciliation, c’est bien, mais ça ne doit pas rester que du blabla, où on se donne des tapes dans le dos, juge-t-elle.

Et les deux agents de liaison autochtones? Insuffisants aussi. Ils n’ont pas de formation médicale, donc ils peuvent offrir un soutien moral, mais pas médical, dit Mme Petiquay-Dufresne.

Jolianne Ottawa abonde dans le même sens et précise qu’il est important de ne pas tomber dans le tokénisme, cette pratique qui consiste à faire des efforts symboliques d’inclusion pour échapper aux accusations de discriminations.

C’est correct, les agents de liaison atikamekw aident, mais on est rendu à passer à une autre étape. [Les autorités] ont répondu à un besoin immédiat après la mort de Joyce. Il fallait agir dans l’urgence pour se libérer la conscience.

Une citation de Jolianne Ottawa

Sipi Flamand estime que beaucoup de choses ont été faites, mais qu’il reste encore beaucoup de travail. Sa pensée se résume en quatre mots : reconnaître le racisme systémique.

Jolianne Ottawa devant un micro.

Jolianne Ottawa pense qu'il faut désormais passer à la vitesse supérieure et mettre en place le Principe de Joyce ainsi que reconnaître le racisme systémique.

Photo : 2022 École des dirigeants des Premières Nations. Tous droits réservés. / Jean-François Hamelin

Cela semble compliqué pour les Atikamekw de vraiment avancer et de se sentir en sécurité dans les établissements de santé tant et aussi longtemps que le gouvernement n’aura pas reconnu l’existence du racisme systémique. En trois ans, le gouvernement de la Coalition avenir Québec n’a pas bougé sur ses positions à ce sujet.

C’est en reconnaissant un problème qu’on peut avancer et améliorer les choses, croit Sipi Flamand. Une analyse que partage Mme Petiquay-Dufresne.

Ian Lafrenière ne peut pas utiliser la mort [de Joyce Echaquan] dans ses discours et continuer de nier les causes de son décès.

Une citation de Jennifer Petiquay-Dufresne, directrice générale du Bureau du Principe de Joyce

On est plus fiers des Québécois que du gouvernement qui se rend ridicule avec son entêtement, poursuit Mme Petiquay-Dufresne.

Sipi Flamand critique aussi la manière dont le projet de loi sur la sécurisation culturelle a été écrit.

[Sa rédaction] s’est faite au plus haut. [Le gouvernement] aurait dû amener des organismes autochtones pour rédiger de manière collective ce projet de loi, qui, selon le chef, n'est que de la poudre aux yeux dans sa forme actuelle.

Carol Dubé devant l'hôpital de Joliette en compagnie d'une photo de sa femme Joyce.

Carol Dubé devant l'hôpital de Joliette en compagnie d'une photo de sa femme, Joyce. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Il plaide pour la tenue d’une vaste étude afin de comprendre vraiment comment la mort de Joyce Echaquan a toujours un impact sur les Autochtones.

Une autre piste préconisée est celle de l’embauche plus importante de personnel autochtone dans les établissements de santé. Mais encore là, il faudrait que le gouvernement soit plus ouvert, notamment en matière de financement des études, poursuit le chef.

Une idée que soutient Jolianne Ottawa, qui soulève également toutes les embûches que doivent traverser les Autochtones pour obtenir des diplômes supérieurs.

Espaces autochtones a envoyé une demande d'entrevue avec la présidente-directrice générale du CISSS de Lanaudière et son adjoint, Guy Niquay, le 30 août dernier. Le service des communications de ce dernier nous a répondu défavorablement deux jours avant la publication de ce texte, nous indiquant qu'un rapport complet sur les changements apportés au sein de l'établissement sera rendu public à la mi-octobre.

Une marche à la mémoire de Joyce Echaquan est prévue jeudi soir à Joliette.

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